Tchad : N’Djamena abrite le lancement du PIRSA/EJ Sahel pour stimuler l’agriculture et l’emploi des jeunes
Réuni à N'Djamena, le Sahel prépare le lancement du PIRSA/EJ Sahel, un vaste programme soutenu par la BAD pour stimuler l'agriculture, restaurer les terres et créer des emplois.
Par Khadidja Oumar Abdoulaye
Le ministre de l’Environnement, de la Pêche et du Développement durable, Hassan Bakhit Djamous, a officiellement lancé, le 20 octobre 2026 à N’Djamena, l’atelier régional de préparation du Programme intégré de renforcement de la résilience des systèmes alimentaires et de l’emploi des jeunes au Sahel (PIRSA/EJ Sahel), prévu du 19 au 21 octobre. Soutenue par la Banque africaine de développement (BAD), avec l’appui du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l’Agence panafricaine de la Grande Muraille Verte (APGMV), cette initiative réunit les cinq pays du Sahel central autour des enjeux de sécurité alimentaire, de restauration des terres dégradées et de création d’emplois pour les jeunes et les femmes.
Cet événement s’est déroulé dans les locaux de l’hôtel Radisson Blu.
Au cours de son intervention, le ministre de l’Environnement, de la Pêche et du Développement durable a rappelé que sécheresses récurrentes, pluies irrégulières, désertification et dégradation des terres font peser de lourdes menaces sur les moyens de subsistance des populations. À ces difficultés s’ajoutent les crises sécuritaires et humanitaires, qui perturbent les activités économiques, accentuent les déplacements de populations et aggravent l’insécurité alimentaire.
Le ministre Hassan Bakhit Djamous a ainsi souligné l’urgence d’apporter des réponses concrètes à ces défis. Le développement de systèmes agricoles plus résistants aux changements climatiques et la création d’opportunités économiques pour les jeunes figurent parmi les priorités de cette initiative régionale.
Il a rappelé que le Sahel compte environ 50 millions de jeunes de moins de 30 ans, dont une grande partie est confrontée au sous-emploi et aux difficultés d’accès à un travail décent. Pour les pays concernés, cette situation constitue à la fois un défi socioéconomique et un enjeu majeur de stabilité. L’agriculture, qui occupe une place importante dans les économies sahéliennes, représente un secteur stratégique pour favoriser l’insertion professionnelle et améliorer les conditions de vie.
Prenant la parole, Almoustapha Garba, secrétaire exécutif de l’Agence panafricaine de la Grande Muraille Verte (APGMV), a présenté le PIRSA/EJ Sahel comme un levier de transformation qui dépasse la simple plantation d’arbres. L’ambition est de renforcer durablement la résilience environnementale et socioéconomique des communautés en associant restauration des terres, développement agricole et création d’activités génératrices de revenus.
Le programme affiche plusieurs objectifs majeurs : atteindre deux millions de bénéficiaires directs, avec au moins 50 % de femmes et 40 % de jeunes, restaurer un million d’hectares de terres dégradées, créer 100 000 emplois et renforcer 5 000 entreprises dirigées par des jeunes et des femmes.
Il a également insisté sur le fait que la sécurisation des couloirs de transhumance transfrontaliers figure parmi les priorités. Cette mesure vise notamment à favoriser une meilleure cohabitation entre agriculteurs et éleveurs, dans un contexte où la pression sur les terres et les ressources naturelles peut exacerber les tensions.
Pour atteindre ces objectifs, le PIRSA/EJ Sahel entend soutenir l’augmentation de la production agricole, développer les chaînes de valeur agro-sylvo-pastorales, encourager l’entrepreneuriat et promouvoir une gestion durable des ressources naturelles partagées.
Bénéficiant du soutien de la Banque africaine de développement, de l’accompagnement du Programme alimentaire mondial et de l’APGMV, le programme s’inscrit dans une approche régionale destinée à mieux coordonner les interventions des pays concernés et à renforcer leur capacité à répondre aux crises alimentaires et climatiques.
Francis Dogo, responsable pays du bureau de la BAD au Tchad, a rappelé l’importance de renforcer la résilience des populations et des systèmes alimentaires face aux vulnérabilités économiques, climatiques et sécuritaires. L’intervention met également en avant le rôle de l’agriculture dans la création d’emplois, l’amélioration des revenus et la réduction de l’insécurité alimentaire.
Quatre orientations principales structurent le programme : accroître la production agricole, développer la transformation et la commercialisation des produits locaux, promouvoir l’emploi des jeunes et des femmes, et renforcer les échanges régionaux ainsi que la gestion des espaces pastoraux transfrontaliers.
Au-delà de la production, l’objectif est de faire de l’agriculture un moteur d’activités économiques durables, en facilitant l’accès des jeunes et des femmes aux opportunités entrepreneuriales et en améliorant leur participation aux chaînes de valeur.
Pour assurer la coordination du programme, l’APGMV doit accueillir l’Unité régionale de coordination. Selon Almoustapha Garba, l’Agence entend également renforcer ses mécanismes institutionnels afin de garantir la transparence, l’efficacité administrative et la redevabilité dans la mise en œuvre des activités.
L’atelier de N’Djamena doit ainsi permettre de clarifier les responsabilités des différents acteurs, de renforcer la complémentarité entre les niveaux régional et national et de définir des modalités opérationnelles réalistes. Les travaux doivent être finalisés dans un délai de trois jours, en vue de l’échéance du 15 novembre annoncée pour le second appel à projets du Fonds africain de développement dans le cadre du FAD-17.
Cette étape préparatoire est déterminante pour préciser les interventions, coordonner les partenaires et veiller à ce que les objectifs annoncés se traduisent en résultats mesurables sur le terrain.
Pays hôte de l’atelier, le Tchad entend contribuer activement à cette dynamique régionale. La restauration des terres dégradées, la lutte contre la désertification et la protection de l’environnement constituent des enjeux cruciaux pour le pays, particulièrement dans les zones rurales exposées aux effets des changements climatiques.
La rencontre rassemble des représentants du Tchad, du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie et du Niger, ainsi que des experts et des partenaires techniques et financiers. Elle offre un cadre d’échanges pour partager les expériences, harmoniser les approches et renforcer la coopération face à des défis qui dépassent les frontières nationales.
Au-delà des annonces, la réussite du PIRSA/EJ Sahel dépendra de sa capacité à produire des changements tangibles dans la vie des populations. La création d’emplois, le développement des entreprises agricoles, la restauration des terres et la sécurisation des espaces pastoraux constituent des enjeux essentiels pour les communautés sahéliennes.
L’ambition est de faire du Sahel non plus seulement une région confrontée aux crises, mais un espace d’opportunités économiques et de solutions durables. Pour y parvenir, les engagements institutionnels devront se traduire par des financements mobilisés, des projets opérationnels et un accompagnement effectif des bénéficiaires.
L’atelier régional de N’Djamena marque ainsi une étape importante dans la préparation du PIRSA/EJ Sahel. Reste désormais à transformer les objectifs annoncés en actions concrètes, capables de renforcer la sécurité alimentaire, de restaurer les écosystèmes et d’offrir aux jeunes et aux femmes de véritables perspectives d’avenir.