Tchad : un déséquilibre éducatif inquiétant au baccalauréat 2026
Le baccalauréat 2026 au Tchad révèle un déséquilibre inquiétant : 66,85 % de candidats en séries littéraires contre 31,15 % en scientifiques, posant des questions sur l'avenir éducatif et économique du pays.
Par Barra Lutter
L’Office National des Examens et Concours du Supérieur (ONECS) a publié le 1er mai les statistiques et le calendrier de la session 2026 du baccalauréat. Le directeur, Dr Abakar Hassaballah Mahamat, a présenté des chiffres révélant une réalité éducative préoccupante. Cette année, 106 231 candidats sont attendus sur l’ensemble du territoire tchadien.
Cependant, la répartition des candidats montre une nette prédominance des séries littéraires avec 71 020 candidats, soit 66,85 %. Les séries scientifiques comptent 33 084 candidats, représentant 31,15 %, tandis que les séries technologiques ne rassemblent que 2 127 candidats, soit 2 %. Ces chiffres soulèvent une question cruciale : quel type de société prépare-t-on avec un tel déséquilibre des filières ? Dans un pays qui aspire au développement, la faible présence des sciences et des techniques est préoccupante.
Les filières scientifiques et technologiques sont essentielles pour le développement durable. Elles sont le socle de l'ingénierie, des technologies, des mathématiques et des sciences appliquées, qui permettent à un État de moderniser ses infrastructures et de renforcer son autonomie industrielle. La prédominance des séries littéraires peut s'expliquer par divers facteurs : perception sociale, orientation scolaire insuffisante, manque d'équipements et déficit d'enseignants qualifiés.
Ce déséquilibre structurel freine les ambitions de transformation nationale. Peut-on espérer bâtir une économie compétitive sans ingénieurs et techniciens ? Peut-on réduire la dépendance extérieure sans investir dans les sciences appliquées ? Ces questions sont d'une urgence pratique. Dans de nombreux pays, l'investissement dans l'éducation scientifique a été un choix stratégique. Former des compétences locales permet d'adapter les solutions aux réalités nationales et de réduire les coûts d'importation de savoir-faire étrangers.
À l'inverse, la marginalisation des filières scientifiques entretient une dépendance durable et limite l'innovation locale. Il est essentiel de questionner la qualité des orientations et la pertinence des choix de formation par rapport aux besoins du pays. Le système éducatif actuel semble peu aligné avec les ambitions de développement. Tant que les sciences et techniques resteront minoritaires, le pays continuera à produire des diplômés peu connectés aux secteurs productifs. I
l est temps d'ouvrir un débat sur l'orientation scolaire, la valorisation des métiers techniques et la réforme des contenus éducatifs. Sans une révolution dans les choix de formation, les discours sur le développement risquent de rester de simples intentions. Ces chiffres du baccalauréat ne sont pas seulement des statistiques : ils reflètent un modèle éducatif à repenser d’urgence.
Le développement commence dans les salles de classe, par le choix des sciences et des techniques comme piliers de l’avenir.