Tchad : Violences inouïes dans le Mayo Kebbi Est, le silence des autorités dénoncé

Des violences inouïes secouent le Mayo Kebbi Est au Tchad. Le silence des autorités face aux attaques armées suscite l'indignation et la colère des habitants.

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Tchad : Violences inouïes dans le Mayo Kebbi Est, le silence des autorités dénoncé

Par Ahmad Youssouf Ali

Le porte-parole de la communauté Marba à N’Djamena, Aleva Zlama Josué, a tenu ce mardi 9 juin 2026 un point de presse pour dénoncer des violences inouïes dans la sous-préfecture de Kim.

Dans un communiqué diffusé ce mardi, des habitants de la sous-préfecture de Kim, dans le Mayo Kebbi Est, dénoncent une vague d’attaques d’une rare violence. Depuis le 4 juin 2026, les localités de Sel, Kroup et leurs environs seraient la cible d’individus armés se présentant comme des éleveurs, semant la terreur, la mort et la désolation. En cause : l’inaction présumée des autorités centrales et une gestion jugée « partisane » du conflit.

Des violences ciblées et des armes de guerre

Selon le communiqué, des hommes armés – « des bouviers, des éleveurs » – utilisent des « armes à feu, armes de guerre » pour s’en prendre aux populations civiles. Le bilan humain et matériel est lourd : maisons incendiées, champs agricoles détruits, économies locales ruinées, et des personnes « tuées sans pitié ». Les auteurs ne se contenteraient pas des violences physiques : ils profaneraient la mémoire des victimes, traiteraient les habitants de « mécréants » et clameraient « la gloire » de leurs actes.

Le communiqué parle d’une « cruauté, une barbarie sans précédent au Tchad au 21ᵉ siècle », et d’une action « hautement provocatoire ».

L’indignation est d’autant plus vive que les signataires dénoncent un « silence total du pouvoir central ». Le texte établit une comparaison saisissante : « Si c’était dans les zones septentrionales, des ministres, des autorités de toutes marques auraient déjà effectué des déplacements avec des milliards pour calmer la situation. Comme c’est dans la zone méridionale, c’est un non-événement. »

Ce sentiment d’abandon nourrit, selon le communiqué, « la haine, la frustration, la méfiance envers ce pouvoir », et sape gravement la cohésion sociale.

Les autorités locales déconcentrées sont également pointées du doigt pour une « gestion partisane » du conflit, sans autre précision sur leur implication.

Un appel à l’État : « qu’il le dise clairement »

La charge contre l’État est frontale. Le communiqué rappelle la définition classique de l’État comme « personne morale qui revendique avec succès le monopole du pouvoir des contraintes ». Or, ajoutent les signataires, « cette notion a perdu sa saveur au Tchad ».

Les habitants réclament simplement « la tranquillité, la faisabilité et la quiétude pour vaquer à leurs travaux champêtres ». Mais face au vide sécuritaire, une mise en garde affleure :

« Si les pauvres sont voués à eux-mêmes, que l’État le dise clairement pour que ces pauvres s’organisent pour se défendre eux-mêmes. »

Une demande de précédent : Pont Karol

En guise de solution immédiate, les signataires demandent aux autorités déconcentrées de gérer cette crise « comme il a été géré précédemment dans le Mayo Kebbi Est, précisément à Pont Karol ». Une référence à une intervention passée qu’ils jugent efficace, et dont ils attendent la stricte réplication.

Silence officiel pour l’instant

À l’heure où ces lignes sont écrites, ni le ministère de l’Administration du territoire, ni le gouverneur du Mayo Kebbi Est, ni la sous-préfecture de Kim n’ont réagi officiellement à ces allégations. La justice, seule qualifiée selon le pouvoir central, n’a pas non plus communiqué sur d’éventuelles enquêtes en cours.