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INTERVIEW

Sénégal : Entretien avec le directeur de la Pharmacie et du Médicament, le Lieutenant Colonel Amadou Moctar Dièye


Alwihda Info | Par Maïmouna Faye - 29 Juillet 2014 modifié le 29 Juillet 2014 - 09:26

“La garantie de la qualité des médicaments est un chantier essentiel pour nous”


La Direction de la Pharmacie et du Médicament est l’autorité nationale de réglementation pharmaceutique. Entre autres missions, elle est là pour informer sur toutes les questions relatives au médicament. Dans cet entretien, le lieutenant colonel Amadou Moctar Dièye, professeur titulaire des Universités en pharmacologie et directeur de la Pharmacie et du Médicament, aborde la question de l’existence de circuits parallèles de vente de médicaments et les initiatives prises pour contrecarrer la circulation des médicaments contrefaits et faussement étiquetés.  Il souligne par ailleurs que le secteur de la pharmacie est bien réglementé au Sénégal malgré quelques poches de marchés parallèles. 
 
Le Témoin: Que peut on retenir de votre atelier de deux jours portant validation du document de politique pharmaceutique nationale?
 
Pr Amadou Moctar Dièye: Nous avons parlé de la vision de la politique pharmaceutique, de ses objectifs et des stratégies pour sa mise en œuvre. Le document de politique pharmaceutique nationale qui a suscité cette rencontre a été validé et amendé. Nous allons d’ailleurs le soumettre pour adoption aux autorités sanitaires. Le secteur public comprend la Pharmacie nationale d’approvisionnement (PNA) avec des pharmacies régionales d’approvisionnement (PRA) comme points d’appui au niveau des régions, une pharmacie mobile d’approvisionnement qui dessert les régions ne disposant pas de PRA vient en appui de ce dispositif. Nous avons des préoccupations par rapport à la forte demande émanant des pharmaciens qui viennent juste de sortir, et à ce niveau, nous suggérons un recrutement important de ces pharmaciens dans le secteur public. Il n’y a pas assez de pharmaciens publics dans les régions, et nous souhaiterions que, dans chaque région, il y en ait, de même que dans chaque district sanitaire. Mais, cela dit, il faut saluer les efforts qui sont faits jusqu’ici. Et nous allons tout faire pour permettre au système de santé de disposer d’un pharmacien dans chaque région, et au-delà, au niveau de chaque district sanitaire. 
 
Aujourd’hui, les produits pharmaceutiques contrefaits circulent librement dans notre pays. Ne pourrait-on pas dire que les circuits parallèles inondent le marché?
 
Il faut d’emblée préciser que c’est un circuit illicite que nous combattons tous les jours. Mais nous ne pouvons pas confirmer que les circuits parallèles inondent le marché, même si nous reconnaissons leur existence. Nous avons mené, récemment, en mai 2014, une opération de grande envergure pour lutter, un peu plus, contre le marché illicite des médicaments. Cela a conduit à l’arrestation de 42 personnes qui ont été condamnées à des peines de prison ferme et la saisie de 3,9 tonnes de médicaments contrefaits. Cette opération menée sous l’égide d’Interpol a été faite dans une parfaite collaboration entre la police, la douane, la gendarmerie, la justice, le ministère de la Santé et de l’Action sociale à travers la Direction de la Pharmacie et du Médicament, l’Ordre et le Syndicat des pharmaciens du Sénégal. Nous comptons perpétuer ce genre d’opération car nous  nous inscrivons dans la démarche de tarir les sources d’approvisionnement pour le circuit illicite des médicaments. Nous avons constaté aussi qu’avec cette opération, les médicaments saisis ne provenaient pas pour plus de 99% du circuit officiel. Cela dénote, s’il était encore besoin de le rappeler, les risques encourus par les personnes qui achètent ces types de médicaments. Il n’y a aucun  contrôle sur ces médicaments illicites. La provenance est douteuse et souvent non connue. Les étiquetages peuvent être falsifiés. Les médicaments peuvent être périmés ou transformés en produits toxiques. De plus, ceux qui les commercialisent ne connaissent pratiquement rien sur les médicaments et ils s’érigent en pharmaciens, en médecins alors que certains ne savent même par lire. Je dis tout ceci pour attirer l’attention de nos compatriotes sur la nécessité d’acheter les médicaments dans les circuits officiels, c'est-à-dire les pharmacies du privé ou les pharmacies des structures sanitaires publiques.  Il est dit et cela est vérifié, ‘’les médicaments de la rue tuent’’.
 
Justement comme vous le dites, “les médicaments de la rue tuent”. Mais la peine infligée à ceux qui les vendent semble insignifiante par rapport à la gravité des choses. Les sanctions ne devraient-elles pas être plus alourdies?
 
Notre pays a un dispositif législatif et réglementaire qui lui permet de mettre à la disposition des populations des médicaments de qualité. Cela est dû au fait que les inspections et les contrôles des médicaments se font de manière régulière avec la descente sur le terrain des inspecteurs ou contrôleurs. Les agents de l’Etat mènent tous les jours un combat pour barrer la route aux trafiquants de médicaments illicites. Toutefois, nous reconnaissons que les sanctions peuvent être alourdies et nous travaillons dans ce sens. En même temps, nous pensons que les 15 jours d’emprisonnement infligés récemment aux contrevenants avec l’opération “porc épic” en mai 2014, en plus des médicaments saisis, constituent une première par rapport au nombre important de  personnes arrêtées, 42 au total. Et cela n’est qu’un avertissement, car, en cas de récidive, les peines peuvent aller jusqu’à six mois ou plus.  Avec l’opération “porc épic”, il n’est pas établi, jusqu’à présent, l’implication d’un quelconque pharmacien. Nous pensons qu’il faut persévérer dans les opérations de descente sur le terrain et sanctionner, à chaque fois. Nous disposons d’une stratégie qui, nous l’espérons, nous permettra de venir à bout de ce phénomène. Pour cela, nous comptons surtout sur les opérations de descente sur le terrain pour faire des saisies et mettre les contrevenants entre les mains de la justice.  Notre deuxième axe majeur d’intervention est de tout faire pour tarir les sources d’approvisionnement en travaillant en étroite collaboration avec la douane, la police, la gendarmerie, l’Ordre et le syndicat des pharmaciens du Sénégal. De plus, les sources d’approvisionnement doivent être taries et cela passe par une bonne maîtrise de la traçabilité des médicaments en circulation au Sénégal. Il faudrait aussi que les trafiquants soient dénoncés par la population. Car cela est un acte citoyen. De matière générale, il faut déterminer l’ampleur du problème, identifier les causes, mettre en place une stratégie de lutte et faire un suivi-évaluation de la mise en œuvre de ladite stratégie. 
 
Pouvez-vous nous retracer le circuit officiel des médicaments vendus au Sénégal ?
 
La première condition pour qu’un médicament puisse être vendu au Sénégal est qu’il dispose d’une Autorisation de Mise sur le Marché (A.m.m.).  Cela est écrit clairement dans notre règlementation, qui précise en substance ceci : ‘’Aucune spécialité pharmaceutique ne peut être débitée à titre gratuit ou onéreux si elle n’a reçu au préalable une autorisation de mise sur le marché’’. Ainsi, pour commercialiser un médicament au Sénégal, les laboratoires pharmaceutiques déposent un dossier au niveau de la Direction de la Pharmacie et du Médicament et payent une redevance au niveau du Trésor public. Ce dossier, comportant tous les éléments permettant de montrer que la demande est formulée pour un médicament de qualité, efficace et sûr, est soumis à une analyse critique par un expert désigné par le ministre de la Santé et de l’Action sociale. Cet expert est, dans la plupart des cas, un Maître de conférences agrégé ou un Professeur titulaire de la Faculté de Médecine, de Pharmacie et d’Odontologie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Le rapport de l’expert qui doit se prononcer de manière claire sur le rapport bénéfice/risque du médicament est soumis pour validation à la Commission nationale du visa  qui va en définitive proposer l’octroi ou le refus de l’AMM au ministère de la Santé et de l’Action sociale. Si l’avis de la commission est favorable, un arrêté portant octroi de l’autorisation de mise sur le marché  est pris et, dès lors, le médicament peut être vendu au Sénégal. Cette autorisation est valable pour 5 ans et est renouvelable tous les 5 ans. Si l’avis de la commission est défavorable, cela est notifié au laboratoire demandeur.  La garantie de la qualité des médicaments est un chantier essentiel pour nous et le premier élément que nous évaluons sur un médicament, c’est sa qualité. Si le problème de qualité n’est pas réglé, nous nous arrêtons à cette étape et le dossier est rejeté. Nous travaillons pour faire des contrôles, lors de la demande de l’A.M.M. et des contrôles en ‘’post marketing’’, afin de  garantir la constance de la qualité des médicaments mis sur le marché pharmaceutique sénégalais. Notre troisième défi est le développement de l’industrie pharmaceutique nationale, car nous devons arriver à une souveraineté thérapeutique avec la plupart de nos médicaments estampillés “Made in Sénégal”. Cela va créer des milliers d’emplois, permettre d’éviter des ruptures, contribuer à une meilleure formation de nos étudiants  et à la mise en œuvre du Plan Sénégal émergent (Pse). Pour cela, nous nous mettons à la disposition de tous les opérateurs économiques nationaux et étrangers, pour leur faciliter toutes les démarches administratives pour la concrétisation de leurs projets. Nous nous engageons également à lever tous les obstacles sur le plan législatif et règlementaire qui pourraient se dresser devant eux.
 
Propos recueillis par Maïmouna Faye


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