CEMAC : six pays, une monnaie, mais des échanges qui ne décollent pas

La Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale existe depuis 1994. Trente ans plus tard, le commerce intra-régional reste anémique. Le rapport tchadien de 2025 en livre une illustration chiffrée et sans détour.

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CEMAC : six pays, une monnaie, mais des échanges qui ne décollent pas

L'idée était séduisante : réunir six pays d'Afrique centrale — Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine et Tchad — sous une même monnaie (le franc CFA), avec un tarif extérieur commun et la libre circulation des marchandises. Trente ans après la création de la CEMAC, le bilan commercial reste décevant.

Le rapport de l'INSEED consacre plusieurs tableaux détaillés au commerce du Tchad avec ses partenaires de la zone. La lecture est instructive : si le Cameroun se distingue comme deuxième fournisseur global du Tchad, c'est en grande partie grâce à son rôle de transit — pas à sa production propre. Les autres membres de la CEMAC ne figurent qu'en bout de classement.

Un commerce régional qui transite plutôt qu'il ne produit

Parmi les principaux produits importés depuis la zone CEMAC, on retrouve essentiellement des marchandises qui ont transité par les ports côtiers (Douala, Pointe-Noire, Libreville) avant d'être réacheminées vers N'Djamena. La valeur ajoutée régionale réelle — c'est-à-dire les produits fabriqués ou transformés dans un pays CEMAC et vendus à un autre — reste marginale.

Cette réalité illustre le paradoxe de nombreuses zones d'intégration africaines : les pays membres sont davantage en compétition qu'en complémentarité. Ils produisent souvent les mêmes matières premières (pétrole, cacao, bois, coton selon les pays), et s'appuient sur les mêmes partenaires extérieurs pour leurs importations. L'union douanière a réduit les barrières tarifaires, mais n'a pas créé les chaînes de valeur régionales qui feraient le ciment d'un vrai marché commun.

Les obstacles structurels à l'intégration

Plusieurs facteurs expliquent cet échec relatif. D'abord, l'enclavement du Tchad lui-même : sans accès à la mer, le pays dépend des corridors terrestres traversant le Cameroun, ce qui renchérit le coût de tout échange régional. Les infrastructures routières entre les capitales de la zone restent insuffisantes, les délais de transit excessifs, les contrôles aux frontières nombreux et coûteux.