Divorces et tensions conjugales : le mal silencieux qui ronge certains ménages tchadiens
Au Tchad, et particulièrement dans la capitale, les unions conjugales font face à une crise silencieuse. Entre ruptures, manque de dialogue et impacts sur la jeunesse, cette radioscopie des ménages interroge la société.
Par Temandang Gontran
On se marie pour le meilleur et pour le pire, dit-on, mais pourquoi le mariage bat-il si souvent de l'aile de nos jours ? Dans la société tchadienne, surtout dans les grandes villes, des faits silencieux rongent les ménages, mais peu de personnes en parlent. La vie conjugale est souvent brisée par diverses raisons, alors qu'au moment des fiançailles, tout semble aller parfaitement.
Après le mariage, beaucoup de couples traversent de dures réalités : le manque de dialogue sincère au sein du couple entraîne des querelles ou des bagarres permanentes. L'éducation des enfants devient un souci majeur. Dans les familles où les parents sont en conflit permanent, les enfants se révoltent, se rangent du côté de l'un ou préfèrent abandonner le foyer. Pourtant, l'éducation nécessite la complicité des deux parents. Si ces derniers ne parlent plus le même langage, quel sera le sort de leur progéniture ? Les enfants ont besoin de l'orientation, de l'encadrement et de l'affection des deux parents. Or, il est constaté que dans la capitale tchadienne, certains couples vivent comme des ennemis sous le même toit.
Ces réalités visibles au sein de la société à N'Djamena font l'objet de nombreux témoignages. « Mon mari passe toute la journée à gronder à la maison, il est sur la défensive en permanence. Quand il commence comme ça, je ne lui réponds même pas », témoigne une mère de trois enfants, victime de conflits conjugaux au quartier Chagoua. Il est souvent difficile de comprendre la source des tensions entre l'homme et la femme, les deux partenaires se renvoyant la responsabilité. Certaines femmes, pour un oui ou pour un non, préfèrent quitter le foyer pour une vie de libertinage ou imiter des amies qui n'ont pourtant pas les mêmes projets de vie.
« Son mari fait tout pour elle, mais elle a quitté la maison. Qu'est-ce qu'elle veut concrètement ? C'est elle seule qui le sait. Nous autres aurions besoin d'un tel époux, mais certaines choisissent la débauche alors qu'elles sont déjà mariées », explique une dame dont la voisine a quitté son conjoint alors que ce dernier n'avait aucun grief contre elle.
Les ruptures matrimoniales ont des répercussions profondes sur la société. Les enfants, privés de la présence des deux géniteurs, peinent à recevoir une éducation adéquate. Souvent déscolarisés en raison de la séparation de leurs parents, certains basculent dans la misère et le banditisme, devenant ainsi un danger pour la communauté. Cette situation s'inscrit dans un contexte où le pays affiche un taux d'analphabétisme élevé, estimé entre 75 % et 77 %, soit environ sept Tchadiens sur dix incapables de lire, d'écrire ou de compter. Un foyer brisé engendre ainsi de multiples dérives sociales, telles que l'incivisme, le vol, les agressions et la délinquance.
Pourtant, lors de la célébration, les futurs mariés prononcent le serment de s'unir pour le meilleur et pour le pire. Face à ces phénomènes qui prennent de l'ampleur, notamment chez les jeunes, la question du divorce mérite une réflexion profonde et, s'il y a lieu, une redéfinition du mariage. Quand les relations se basent uniquement sur l'intérêt, le véritable amour s'envole au profit du matériel. Une société peut-elle prospérer dans ces conditions ? Alors que chaque communauté est régie par des coutumes, la tradition autorise-t-elle le divorce par simple plaisir ou par mimétisme ?