Tchad : à N’Djamena, les adolescentes en quête de refuge
À N’Djamena, des adolescentes de moins de 16 ans quittent leur foyer pour la rue. Négligence parentale et manque de dialogue sont en cause. La société doit réagir pour les protéger.
Par Barra Lutter
À N’Djamena, le départ de certaines adolescentes de moins de 16 ans du domicile familial vers la rue ou des environnements précaires devient un sujet de préoccupation. Derrière ces parcours, la pauvreté n’explique pas tout. La négligence parentale, le manque de dialogue et l’absence de suivi peuvent aussi fragiliser des jeunes filles encore trop jeunes pour affronter seules les réalités de la ville.
Quand la maison ne protège plus
Elles sont encore à l’âge des cahiers, des jeux et des rêves d’avenir. Pourtant, certaines filles de moins de 16 ans se retrouvent déjà confrontées à une vie qu’elles n’ont pas les moyens de comprendre ni de maîtriser. À N’Djamena, leur présence dans les rues, les marchés ou dans certains quartiers interpelle.
Le phénomène ne saurait être réduit à une simple crise d’adolescence. Lorsqu’une fille quitte le domicile familial, il faut aussi s’interroger sur ce qui l’a poussée à franchir cette porte. Conflits répétés, manque d’écoute, violences verbales, absence d’encadrement ou indifférence des adultes peuvent progressivement transformer la maison familiale en un espace que l’enfant cherche à fuir.
La négligence parentale n’est pas toujours spectaculaire. Elle peut prendre la forme d’une absence prolongée, d’un désintérêt pour la scolarité, d’un manque de dialogue ou simplement de l’incapacité à voir les difficultés que traverse une adolescente.
Des adolescentes livrées à elles-mêmes
À cet âge, une fille a besoin de repères. Elle doit pouvoir parler de ses problèmes, poser des questions et recevoir des réponses adaptées. Or, dans certaines familles, les échanges entre parents et enfants deviennent de plus en plus rares.
Les parents travaillent, les responsabilités économiques s’accumulent et les familles sont parfois nombreuses. Mais ces difficultés ne doivent pas conduire à abandonner le suivi éducatif. Un enfant qui ne trouve pas d’écoute à la maison cherchera souvent ailleurs une oreille attentive, parfois auprès de personnes qui peuvent profiter de sa vulnérabilité.
C’est là que le danger commence. Dans la rue, l’adolescente peut être exposée à l’exploitation, aux violences, aux grossesses précoces, à la déscolarisation ou à diverses formes de manipulation. Ce qui apparaît d’abord comme une volonté de liberté peut rapidement se transformer en piège.
L’éducation ne s’arrête pas à l’école
La responsabilité ne revient évidemment pas uniquement aux parents. L’école, les services sociaux, les associations et les autorités locales ont également un rôle à jouer.
Mais la première protection reste souvent la famille. Éduquer une fille ne consiste pas seulement à payer sa scolarité, lui acheter des vêtements ou lui donner à manger. C’est aussi savoir où elle va, avec qui elle passe son temps, comprendre ses fréquentations et surtout lui permettre de parler sans craindre systématiquement la punition.
La discipline est nécessaire. Mais une discipline sans dialogue peut produire l’effet inverse de celui recherché.
À N’Djamena, le débat mérite donc d’être posé sans accusation facile. Pourquoi certaines adolescentes préfèrent-elles la rue à leur propre maison ? Que leur manque-t-il dans leur environnement familial ? Et combien de situations auraient pu être évitées si un parent avait simplement pris le temps d’écouter ?
Réparer le lien avant qu’il ne soit trop tard
La lutte contre ce phénomène passe par une mobilisation collective. Les parents doivent être davantage sensibilisés à l’éducation des adolescents, notamment des filles. Les établissements scolaires devraient disposer de mécanismes permettant de détecter rapidement les situations de décrochage ou de vulnérabilité.
Les services sociaux doivent également pouvoir intervenir auprès des familles en difficulté avant que la rupture ne devienne irréversible. Une fille de 15 ans qui quitte sa maison n’est pas seulement une adolescente qui « désobéit ». C’est parfois le symptôme d’un problème familial plus profond. À N’Djamena, la question n’est donc pas seulement de savoir comment ramener ces filles à la maison. Il faut surtout faire en sorte que la maison redevienne un lieu où elles ont envie de rester.
Car lorsqu’une enfant préfère affronter les dangers de la rue plutôt que le confort relatif de son foyer, c’est toute la société qui devrait s’interroger.