Tchad : les vacances scolaires captivées par la PlayStation
Les vacances scolaires au Tchad voient un engouement pour la PlayStation, révélant des défis sociaux et énergétiques. Parents et observateurs s'interrogent sur l'impact des jeux vidéo sur la jeunesse.
Par Idriss Abdelkerim
À peine les portes des écoles refermées pour les grandes vacances, un autre rituel s'installe dans de nombreux foyers de la capitale tchadienne : les longues heures passées devant la PlayStation. Dans les quartiers populaires comme dans les zones résidentielles, les consoles de jeux occupent désormais une place centrale dans le quotidien des enfants et des adolescents.
Pour de nombreux parents, la PlayStation est devenue une solution pratique pour occuper les jeunes durant cette période de pause scolaire. Les enfants passent parfois plusieurs heures par jour devant leurs écrans, principalement sur des jeux de football comme EA Sports FC ou des jeux de combat. Certains parents y voient également un moyen de garder leurs enfants à la maison et de limiter les risques liés à l'oisiveté ou aux sorties prolongées.
Interrogés sur le sujet, plusieurs parents reconnaissent à la fois les avantages et les inconvénients de cette pratique. Du côté positif, ils estiment que les jeux vidéo permettent aux enfants de se divertir, de développer certains réflexes et de rester à l'abri des dangers de la rue. Pour certains, la console constitue également une occupation efficace pendant les longues journées de vacances.
Cependant, ces mêmes parents soulignent plusieurs aspects négatifs. Ils évoquent notamment le temps excessif passé devant les écrans, la baisse de l'activité physique, les difficultés à faire respecter les horaires, et parfois même l'apparition de comportements agressifs ou d'irritabilité lorsque les enfants sont privés de jeu ou confrontés à une défaite. D'autres s'inquiètent également d'une forme de dépendance qui éloigne les jeunes des activités familiales et sociales.
Cet engouement pour les jeux vidéo se heurte également à une réalité bien tchadienne : les fréquentes coupures d'électricité. Dans un contexte où l'accès à l'énergie demeure irrégulier, la passion pour la PlayStation met en lumière des inégalités sociales de plus en plus visibles.
Les familles les plus aisées disposent souvent de groupes électrogènes ou de systèmes d'alimentation alternatifs qui permettent aux enfants de poursuivre leurs parties malgré les délestages. À l'inverse, de nombreux jeunes sont contraints d'attendre le retour du courant fourni par la Société nationale d'électricité (SNE), parfois pendant plusieurs heures.
Cette situation a favorisé l'essor des salles de jeux vidéo dans plusieurs quartiers de N’Djamena. Très fréquentés pendant les vacances, ces espaces attirent quotidiennement des dizaines d'enfants et d'adolescents. Certaines de ces installations fonctionnent toutefois dans des conditions précaires, avec des branchements électriques improvisés qui soulèvent des préoccupations en matière de sécurité.
Au-delà de la question énergétique, plusieurs observateurs s'inquiètent également des conséquences de cette pratique intensive. Entre sédentarité, isolement et dépendance aux écrans, les longues journées passées devant les consoles réduisent progressivement le temps consacré aux activités physiques et aux interactions sociales.
Les traditionnels matchs de football dans les rues, les jeux collectifs ou encore les moments de partage autour du thé (« shaï »), semblent céder du terrain face aux loisirs numériques. Une évolution qui interroge sur les habitudes d'une génération de plus en plus connectée au monde virtuel, mais parfois éloignée des réalités de son environnement immédiat.
Si la PlayStation demeure pour beaucoup un simple moyen de divertissement, son succès grandissant durant les vacances scolaires révèle aussi les défis sociaux, éducatifs et énergétiques auxquels la jeunesse tchadienne est confrontée aujourd'hui. Entre bénéfices reconnus par certains parents et préoccupations exprimées par d'autres, le débat reste ouvert sur la place que doivent occuper les jeux vidéo dans le quotidien des enfants.