Tchad : l'exclusion de dix élèves du LTC de Moundou ravive le débat sur l'éducation

L'exclusion de dix élèves au Lycée Technique Commercial de Moundou provoque une polémique sur les réseaux sociaux, soulevant des questions sur la discipline scolaire et la responsabilité partagée entre école et parents.

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Tchad : l'exclusion de dix élèves du LTC de Moundou ravive le débat sur l'éducation

Par Barra Lutter

L’exclusion de dix élèves du Lycée Technique Commercial de Moundou suscite une vive polémique sur les réseaux sociaux. En cause, une vidéo largement diffusée montrant ces adolescentes tenant des propos jugés contraires aux bonnes mœurs. Ce qui, pour certains, relève d’un simple jeu d’adolescentes, est pour l’administration scolaire une faute grave incompatible avec les règles de conduite en milieu éducatif.

Dans un contexte où l’usage du téléphone portable est strictement interdit dans les établissements scolaires du pays, cette affaire relance un débat déjà ancien : celui de la discipline à l’école face à l’influence grandissante des réseaux sociaux. Mais au-delà de la sanction, une question plus profonde se pose : qui doit réellement être tenu pour responsable ?

Entre indignation et compréhension, les opinions s’opposent. D’un côté, ceux qui soutiennent la décision de l’établissement estiment qu’il est nécessaire de préserver l’image et la rigueur de l’école. Pour eux, laisser passer ce type de comportement reviendrait à banaliser des dérives susceptibles de fragiliser l’autorité éducative. De l’autre, certains appellent à la retenue et s’interrogent sur la proportionnalité de la sanction, surtout lorsqu’il s’agit de jeunes élèves encore en phase de construction.

Mais au-delà de la sanction elle-même, plusieurs interrogations émergent. Comment des élèves de classe de seconde se retrouvent-elles avec des comptes actifs sur des plateformes comme TikTok ? Qui encadre réellement leur usage du téléphone portable ? Et surtout, quel est le rôle de l’établissement scolaire face à l’éducation globale des apprenants, une mission souvent perçue comme partagée avec les parents ?

Il est évident que l’école ne peut pas porter seule le poids de toute l’éducation. Elle assure l’instruction, transmet des savoirs, encadre des comportements, mais ne peut remplacer totalement le rôle fondamental de la famille dans la formation morale et sociale de l’enfant. Pourtant, dans la réalité actuelle, cette frontière devient de plus en plus floue.

Les réseaux sociaux, eux, ajoutent une nouvelle complexité. Ils exposent les jeunes à des contenus variés, parfois inadaptés, souvent sans filtre ni accompagnement. Mais faut-il pour autant en faire le seul responsable ? L’outil n’est ni bon ni mauvais en soi ; tout dépend de l’usage qui en est fait et de l’encadrement qui l’accompagne.

Ainsi, jeter la pierre uniquement à l’école serait réducteur. Accuser uniquement les parents, le serait tout autant. L’affaire du LTC de Moundou révèle plutôt une responsabilité partagée, où chaque acteur, parents, enseignants, administration et même société numérique a un rôle à jouer.

Au fond, cette situation invite à une réflexion collective : comment mieux accompagner la jeunesse dans un monde hyper-connecté, sans perdre de vue les valeurs essentielles de respect, de discipline et de responsabilité ? La réponse ne se trouve peut-être pas dans la sanction seule, mais dans un dialogue éducatif renouvelé entre toutes les parties prenantes.