Tchad : Doumta Jacob, le combat inspirant d'un malvoyant devenu entrepreneur et artiste à Sarh
Devenu malvoyant à l'adolescence, Domuta Jacob s'est forgé un destin d'entrepreneur et d'artiste à Sarh. Un parcours de résilience et de dignité qui force l'admiration.
Par Elwood Dk
À Sarh, dans le quartier Baguirmi, vit un homme dont le parcours témoigne de courage et de persévérance. Doumta Jacob, connu sous le nom d’artiste de General Litakoï, est né en 1972 à Sarh. Devenu déficient visuel à l’adolescence, il n’a pas laissé son handicap décider de son avenir. Commerce, petits métiers, apprentissage du braille et passion pour la musique : il a multiplié les activités pour subvenir aux besoins de sa famille.
Alors qu’il était en classe de CM2, à l’âge de 14 ans, Doumta Jacob commence à ressentir des problèmes de vue. En 1991, sa situation s’aggrave progressivement jusqu’à l’empêcher de poursuivre normalement ses études. « Je commençais à avoir des difficultés à voir le tableau en classe. C’est à ce moment-là que ma maladie des yeux s’est déclarée », se souvient-il.
Privé d’école, le jeune Jacob décide pourtant de ne pas rester inactif. Avec seulement 2 000 francs CFA offerts par sa grand-mère, il se lance dans la vente de cigarettes. Petit à petit, son activité prend de l’ampleur. Grâce aux bénéfices réalisés, il diversifie ses activités et se tourne notamment vers la vente de bouteilles et d’autres petits commerces. Il achète également des équipements pour permettre aux habitants du quartier de recharger leurs téléphones portables. Pour lui, chaque initiative représente une possibilité de gagner honnêtement sa vie.
« J’ai commencé avec 2 000 francs. Aujourd’hui, cette petite somme m’a permis de construire une chambre, d’investir dans différentes activités et de subvenir aux besoins de ma petite famille », explique-t-il.
Malgré son handicap visuel, il a appris à reconnaître les différentes pièces et coupures de monnaie, une capacité qu’il considère comme une forme essentielle d’adaptation.
À 53 ans, Doumta est père d’une fille aujourd’hui âgée de 23 ans. Il reste conscient des difficultés rencontrées par les jeunes, notamment ceux qui abandonnent leurs études ou attendent uniquement un emploi de l’État. Pour lui, l’entrepreneuriat constitue une alternative crédible. Il encourage la jeunesse à commencer avec ce qu’elle a, même si les moyens sont très limités.
« Il ne faut pas toujours attendre de grosses sommes d’argent pour commencer. Même une petite activité peut devenir grande avec le temps », conseille-t-il.
Son handicap ne l’a pas empêché d’apprendre. Grâce à un ancien formateur aujourd’hui décédé, Doumta Jacob a découvert l’écriture braille. Cette formation lui a permis de développer son autonomie et de poursuivre ses apprentissages malgré sa déficience visuelle. Il utilise aujourd’hui le braille pour écrire et travailler sur ses compositions musicales. Car en plus de ses activités commerciales, Doumta Jacob est artiste. La musique occupe une place centrale dans sa vie. Il compose notamment des chansons consacrées aux réalités de la société et aux comportements des jeunes — consommation excessive d’alcool, temps perdu dans les cabarets ou nécessité de s’investir dans des activités utiles.
Il regrette cependant de ne pas disposer de moyens suffisants pour enregistrer ses œuvres. « J’ai beaucoup de compositions, mais je n’arrive pas à les enregistrer faute de moyens. Je veux utiliser la musique pour sensibiliser les jeunes », précise-t-il.
Doumta Jacob adresse également un message aux personnes vivant avec un handicap. Pour lui, la déficience ne doit jamais être considérée comme un prétexte pour rester inactif ou dépendre entièrement des autres. Il les invite à prendre leur destin en main, à identifier ce qu’elles peuvent accomplir et à développer leurs capacités.
« Il faut chercher ce que l’on est capable de faire. Moi, j’ai choisi la musique parce que le micro est adapté à mes capacités. Chacun peut trouver une activité qui lui correspond », affirme-t-il.
