Tchad : rareté du poisson à Ati, un défi économique et alimentaire majeur
À Ati, la rareté du poisson, due à des facteurs climatiques et économiques, menace la sécurité alimentaire et les revenus locaux. Des solutions durables sont nécessaires pour stabiliser la situation.
Par Gloria Ronel
La ville d’Ati, chef-lieu de la province du Batha, autrefois un centre névralgique pour la commercialisation du poisson provenant du Lac Fitri, fait face à une pénurie inquiétante. Cette ressource halieutique, essentielle pour les revenus des pêcheurs, des commerçants et de nombreuses familles, se raréfie sur les marchés locaux, soulevant des préoccupations économiques, sociales et environnementales.
Une baisse visible de l’approvisionnement
Chaque jour, les familles peinent à inclure du poisson dans leur alimentation quotidienne. Les marchés d’Ati éprouvent des difficultés croissantes à s'approvisionner en poisson frais et fumé. Les commerçants rapportent une chute drastique des quantités disponibles, entraînant une flambée des prix qui érode le pouvoir d'achat des ménages, surtout les plus modestes.
Les consommateurs se voient contraints de se tourner vers la viande, plus coûteuse, en raison des prix exorbitants des rares poissons disponibles. Par exemple, le poisson autrefois vendu à 500 FCFA se vend maintenant à 1500 FCFA, et celui à 2000 FCFA atteint 4000 FCFA. Pour les ménages à faible revenu, le poisson est devenu un luxe. Malgré le potentiel du Lac Fitri, les captures semblent avoir diminué, impactant directement les marchés régionaux.
Les facteurs à l’origine de la rareté du poisson à Ati
Les variations climatiques influencent fortement les écosystèmes aquatiques du Lac Fitri. Les sécheresses prolongées, la baisse du niveau des eaux et les modifications des cycles de reproduction des poissons réduisent les stocks. À l'inverse, les crues perturbent les activités de pêche.
Selon les commerçants, l'augmentation de la population riveraine et l'intensification des activités de pêche exercent une pression accrue sur les ressources du lac. L'utilisation de techniques de pêche non réglementaires compromet le renouvellement naturel des espèces.
À ces défis s’ajoutent les problèmes de transport et de conservation. Les mauvaises conditions de transport entraînent parfois des pertes importantes avant l’arrivée sur les marchés. L'absence d'alternatives de production contribue à la rareté du poisson.
Conséquences économiques et sociales
La rareté du poisson affecte directement les revenus des pêcheurs, des mareyeurs, des commerçants et des transformateurs. Avec des captures réduites, les revenus diminuent tandis que les coûts liés à la pêche et au transport restent élevés. Les femmes commerçantes, essentielles dans la commercialisation du poisson, voient leurs activités et bénéfices réduits, impactant leur capacité à subvenir aux besoins familiaux.
Pour les populations locales, la rareté du poisson est une préoccupation majeure, car il représente une source cruciale d'alimentation et de revenus. La diminution de l'offre entraîne des difficultés d'accès à une alimentation équilibrée, augmentant le risque de malnutrition, notamment chez les enfants et les personnes vulnérables.
Une menace pour la sécurité alimentaire
Le poisson est une source essentielle de protéines pour les habitants d'Ati. Sa rareté pousse les ménages à se tourner vers d'autres aliments souvent plus coûteux ou moins nutritifs. Cette situation peut favoriser la malnutrition et affecter la sécurité alimentaire de nombreux ménages.
Quelles solutions préconisées pour l’avenir ?
Face à cette situation, des mesures de soutien à la pêche durable, à la pisciculture, à la conservation du poisson et à l'organisation des acteurs de la filière sont indispensables. Il est crucial de renforcer le contrôle des pratiques de pêche, de former les pêcheurs aux techniques durables, de lutter contre la pêche illégale et de développer la pisciculture.
Améliorer les infrastructures de transport et de conservation, installer des chambres froides, et soutenir les programmes de protection écologique du Lac Fitri sont également des solutions envisagées. Renforcer la production de poisson séché, faciliter l'accès au matériel de transformation à coût réduit, et organiser des moyens de transport réguliers sont d'autres méthodes à adopter.
Faciliter l'accès au crédit pour les acteurs de la filière, élaborer un programme de développement de la pêche et de la pisciculture, et moderniser le secteur sont des priorités pour garantir un avenir durable à la pêche dans le Batha.
Si ces mesures sont mises en œuvre, la population d'Ati pourrait bénéficier d'un approvisionnement plus régulier en poisson, de prix plus stables, d'une meilleure sécurité alimentaire et de nouvelles opportunités d'emploi.