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INTERVIEW

Tchad : "Le MPS ne laissera jamais le pouvoir", Mahamat Ahmad Alhabo


Alwihda Info | Par Freeman Djiddo - 26 Décembre 2018 modifié le 26 Décembre 2018 - 17:09

2018, une année noire pour le Tchad. Du côté des opposants ou de la majorité, tous reconnaissent que le pays a traversé des moments difficiles. La classe politique estime que cette année a été un chaos total. Elle souhaite que 2019 soit une année de paix dans toute sa dimension pour les tchadiens. « 2018 a été une année excessivement pénible pour tous les tchadiens, sauf pour ceux qui nous gouvernent et qui continuent à vivre au-dessus du niveau des autres tchadiens », affirme le secrétaire général du PLD, Mahamat Ahmad Alhabo qui a accordé un entretien à Alwihda Info.


Le secrétaire général du PLD, Mahamat Ahmat Alhabo. © Alwihda Info
Le secrétaire général du PLD, Mahamat Ahmat Alhabo. © Alwihda Info
Alwihda Info : Quel bilan faites-vous de l’année 2018 ?

Mahamat Ahmad AlhaboIl faut se dire que l'année 2018 a été une année très difficile, pénible pour tous les tchadiens. Pendant cette année, on a connu des effets néfastes des 16 mesures. Ces conditions ou ces mesures néfastes ont créées des blocages sanitaires qui sont devenues malheureusement des mouroirs pour beaucoup de tchadiens. Nous avons connu également des perturbations du système éducatif et particulièrement, l'école n'a pas fonctionné. Les écoles au niveau de N’Djamena ont fonctionné pendant 3 mois et dans les provinces à peine 2 mois. C'est dans ces conditions là qu'on a organisé les examens de fin d'année. Donc c'est pratiquement une année blanche pour un système éducatif normal.

On a poussé les étudiants, les élèves à aller dans les classes supérieurs sans avoir fait correctement un programme académique ou scolaire normal. Si on a de bons économistes qui font ce calcul, surtout pour évaluer la grève au niveau de l'administration publique, le Tchad a perdu un montant colossal dû à la mauvaise gouvernance, à la mauvaise gestion de l'État et de la nation. Tout cela fait que 2018 a été une année excessivement pénible pour tous les tchadiens dans leur ensemble, sauf pour ceux qui nous gouvernent et qui continuent à vivre au-dessus du niveau des autres tchadiens.

Qu’est-ce qu’il faut faire pour résoudre cette crise ?

La solution la plus radicale, c’est que le MPS qui a gouverné le Tchad pendant 28 ans et qui a amené le Tchad dans le gouffre comme on peut le dire, tire la conclusion de son échec absolu au niveau de la gestion. C'est une simple vue de gestion, de l'esprit. Le MPS ne laissera jamais le pouvoir, le peuple tchadien doit le faire partir.

Par la force ?

On ne peut pas dire les choses comme cela, nous sommes un parti politique démocratique. Un parti démocratique conquiert le pouvoir par les urnes. Et donc on demande au gouvernement, demander c’est un vœu pieux, nous allons lutter pour que les élections qui arrivent soient libres et transparentes.

Que dites-vous de la constitution du 4 mars 2018 ?

Cette nouvelle constitution, nous la jugeons illégale parce que la constitution qui a été adoptée par la conférence nationale souveraine ne prévoit pas du tout que l'Assemblée Nationale puisse adopter une nouvelle constitution. Elle n'est pas une constituante donc elle ne peut pas adopter une nouvelle constitution. Elle peut notamment modifier la constitution, mais pas l’adopter puisque adopter une constitution ne fait pas partie de ses attributions. Cette nouvelle constitution qui a été adoptée est une constitution illégale. Les instruments de son adoption ne sont pas respectés.

S’il y a une nouvelle constitution, elle doit l'être par référendum, de mon point de vue. C'est le peuple souverain du Tchad qui adopte une nouvelle constitution. Ce n’est pas quelques bons hommes réunis sous l'ordre d'un autre individu qui décident d'adopter une nouvelle constitution. Deby nous impose une constitution qui n'a pas de légitimité populaire.

Que dites-vous de l’insécurité au Tchad ?

Le MPS est arrivé au pouvoir depuis 1990, cela fait 28 ans. Dans les pays normaux, ça fait 6 mandats de 5 ans d'un président. 6 mandats, si l’on pas pu régler ce problème, c’est que l’on n’a pas la volonté de le régler. Le conflit éleveurs-agriculteurs est un conflit simple à régler. Mais, le pouvoir ne veut pas le régler. C'est pour cette raison qu'il perdure. Pourquoi il n'y avait pas autant de conflit avant l'arrivée du MPS ? C'est dommage parce que dans ce conflit-là, il y a toujours mort d'hommes.

A ce conflit, est venu s'ajouter encore un autre type. Le pouvoir veut aller tout simplement mettre la main sur nos ressources en violation des règles que nous avions déjà adoptées. L’exploitation d'un certain nombre de ressources sans avoir sensibiliser la population pose problème. Voilà, on a voulu utilisé comme toujours la manière forte et une population a dû refuser, c’est ce qui a causé un conflit interne : c’est le cas au Tibesti actuellement.

Le PND, y’a-t-il encore matière à espérer pour les tchadiens ?

Quand ceux qui ont participé à cette conférence sont rentrés, on nous a chanté qu’on est parti les poches vides et qu'on est rentré les poches pleines. Voyez-vous à la fin de l'année 2018, il a fallu que la France vienne à la rescousse pour qu'on paye le mois de décembre. Est-ce qu'il y a plus pathétique que cela ? Vous savez qu’aujourd’hui, un opérateur privé, s'il a envie de venir investir au Tchad, il regarde les données, il regarde les indices sur le développement et sur la production qui sont publiés. Or, le Tchad est dernier dans tous les domaines de la vertu. Et premier dans le domaine du vice. Qui viendra mettre son argent dans un pays où la corruption est devenue est sport national ? Là n’est pas le fond du problème, c'est plutôt la gouvernance. Nous sommes un pays très riche, on n’a pas besoin d’aide mais plutôt d’une bonne gouvernance.

Pensez-vous que la laïcité au Tchad est préservée avec l’instauration du serment confessionnel ?

Quand on a instauré ce serment constitutionnel, il y a eu un tollé national. On ne peut pas dans un pays laïc instaurer un serment qui s'appuie sur une religion. En le faisant on crée un conflit de conscience. Un monsieur en prêchant a dit une phrase capitale : « L'éléphant a fait prêter serment aux moutons, mais lui-même il a refusé de prêter serment ». Rien ne s'est arrêté malgré le serment confessionnel prêté. Ni corruption, ni vol. Bref : les mauvaises habitudes perdurent bien au contraire. C'est le folklore. La prestation de serment religieux c'est inutile. Ceux qui l’ont instauré sont mal inspirés.

Vos vœux pour 2019…

Un vœu comme toujours, que les choses soient meilleurs. Mes vœux les plus chers, sont : la santé et la paix au pays et on souhaite aussi que la misère prenne rapidement fin.

Entretien réalisé par Freeman Djido