Advienne que pourra...

Le Congo-Kinshasa, ce géant assailli de toutes parts
« Conseil d’insécurité pour les faibles, ou syndicat des nations les plus puissantes ? » Telle est la question principale à laquelle a essayé de répondre Gaspard-Hubert Lonsi Koko dans son dernier ouvrage intitulé Mais quelle crédibilité pour les Nations Unies au Kivu ? Ainsi s’est-il épanché, tel un entomologiste, sur la dramatique situation en cours dans l’Est de la République Démocratique du Congo, plus précisément dans la région du Kivu et dans l’Ituri. Au fil de la lecture, exemples concrets en guise de soutien aux hypothèses étayées, on se rend compte que ce qui se passe dans la région des Grands Lacs africains s’apparente à une guerre économique non avouée en vue d’un pillage de minerais – de sang – mis en place par des officines internationales s’appuyant sur des complicités internes (quelques autorités congolaises) et régionales (le Rwanda, le Burundi et le Rwanda). Dans ce contexte, la force onusienne, censée rétablir la paix depuis plus de vingt années, a plutôt l’air de jouer le rôle de régisseuse qui veille à l’organisation du tournage macabre et gère une multitude de situations embarrassantes.
 
Complicités tacites
 
Le pillage de minerais n’est possible que grâce à des complicités locales, nationales, régionales et continentales, ainsi qu’à des soutiens extracontinentaux. De toute évidence, la complicité entre les différentes parties concernées par la problématique congolaise ne peut qu’être relevée, dès lors que les interventions rwandaise et ougandaise dans la région du Kivu n’ont en aucun cas incité la force militaire onusienne (la Monusco) et les forces armées congolaises (les FARDC) à sécuriser la frontière orientale. En effet, le positionnement des éléments de la Monusco très loin de la frontière rwandaise matérialise de fait une sorte de ligne de démarcation, laissant libre cours aux pays agresseurs et à leurs milices armées d’opérer dans la région du Kivu en Ituri. Cela cautionne, bien évidemment, la non-souveraineté du Congo-Kinshasa. Le laxisme de la Monusco suscite des interrogations sur la complicité, plus ou moins tacite, des Nations Unies dans le pillage des ressources naturelles et la déstabilisation de la région du Kivu en vue de la balkanisation de la République Démocratique du Congo ou de la transformation du Kivu et de l’Ituri en zone franche. Dans cette optique, en n’ayant pas non plus imposé la présence des forces armées congolaises le long de la frontière orientale congolaise, Kinshasa valide la probabilité d’un démembrement d’une portion non négligeable du territoire national au profit des agresseurs rwandais, ougandais et burundais.
 
Des zones d’ombre
 
Quelques zones d’ombre nécessiteraient toutefois d’être éclaircies. « D’où pourraient alors provenir les armes utilisées par les groupes rebelles opérant en toute impunité dans la région du Kivu ? », s’est interrogé l’auteur. Dans cet ordre d’idées, en ayant émis l’idée de faire moyennant finance d’un Rwanda déjà surpeuplé un sous-traitant des demandeurs d’asile africains, l’Union européenne et l’Union africaine ont commis une erreur monumentale qui pourrait créer d’autres tensions dans la région des Grands Lacs africains. Il est toutefois surprenant que le gouvernement rwandais, qui a toujours refusé de reprendre plusieurs milliers de ses compatriotes hutus réfugiés en République Démocratique du Congo, ait accepté d’accueillir des demandeurs d’asile libyens et à les traiter comme il conviendrait par rapport à la Convention de Genève ? D’aucuns voient, à travers cette opération, une autre stratégie en cours dans le but d’implanter dans la région des Grands Lacs des personnes de religion musulmane et susciter d’autres crises civiles. Celles-ci serviraient plus tard de prétexte à une intervention militaire des Américains et des Européens contre une menace djihadiste, inventée de toutes pièces, dans la région du Kivu et en Ituri. Ainsi la République Démocratique du Congo restera-t-elle longtemps la vache à lait des firmes internationales.
 
La stabilité nationale
 
Le véritable nœud de la stabilité de la République Démocratique du Congo réside, entre autres raisons, dans le positionnement des éléments des FARDC et ceux des forces onusiennes le long des frontières rwandaise, burundaise et ougandaise. Ne pas agir de la sorte permettra la reconfiguration frontalière des pays de la région des Grands Lacs africains et le dépeçage, conformément à ce qui s’est passé au Soudan, d’autres États d’Afrique comme le Nigeria, le Cameroun, l’Afrique...
Les populations congolaises, de par les ressources naturelles dont regorgent le sol et le sous-sol de leur pays, ont le droit d’en jouir en toute plénitude et de profiter plus que les autres de l’eldorado que leur avaient légué leurs ancêtres. Après avoir vu le soleil brûler le lac Kivu, les obus fendre la terre, le Ruwenzori se transformer en un tombeau géant, les balles faucher les vies humaines, tandis que les hordes de barbares violer les femmes et les enfants, à l’instar du chanteur Enrico Macias, les Congolais veulent enfin connaître « des nuits où les étoiles [transformeront] le ciel en cathédrale ».
Laissons le mot de la fin à l’auteur de cet ouvrage à l’analyse acérée : « Pour la région du Kivu et la Province Orientale en particulier, ainsi que la République Démocratique du Congo en général, d’aucuns osent espérer fortement que, sur les brûlis, les nouvelles pousses seront les plus fortes, les plus vertes, les plus resplendissantes, les plus fruitières possible… Puisse la fraternité unir patriotiquement les populations congolaises. Que la providence spirituelle régisse toutes les choses en République Démocratique du Congo ! »

Charlotte Mondo

© Agoravox

Le regard africain sur l'Europe
Aujourd’hui, l’Europe et l’Afrique peuvent-elles envisager une nouvelle relation sur des bases saines ? Peut-on changer leur rapport, en ayant à l’esprit l’immigration et le co-développement ? S’agissant de la France, oserait-on encourager la suppression de la cellule africaine de l’Élysée au profit de l’intervention parlementaire en amont dans certaines missions, notamment les actions militaires dans les pays du « pré carré » ? S’agissant de l’Union européenne, doit-elle systématiquement financer l’Union africaine dans le but de maintenir ses États membres dans la dépendance ? Multilatéralisme ou bilatéralisme dans les relations entre les pays africains et ceux d’Europe ? Aurait-on enfin l’intelligence, compte tenu du poids colonial, de dépasser le paternalisme et le bilatéralisme pour mettre l’être humain au cœur de la politique africaine de l’Europe ? Que faire pour que le destin commun profite réellement aux peuples ? Comment les jeunes Africains perçoivent-ils l’avenir de leur continent ? Le panafricanisme, est-ce une voie à développer à tout prix ? Transfert de techniques et de technologie, en échange des matières premières et d’autres marchés ? Assistance matérielle ou aide financière ? Exigence de la protection du bassin du Congo, en contrepartie d’une contribution à l’éducation et à la santé ? Alignement des monnaies africaines, pourquoi pas de la monnaie unique africaine, sur la valeur des ressources naturelles, et non sur le dollar américain, ni sur l’euro ? Indexation automatique du franc CFA sur les critères de la Banque de France, ou alors dépendance ou non à la Banque centrale européenne ? Retrait des troupes militaires étrangères du territoire africain ?
Voilà les questions dont les réponses permettront de sortir, en principe, des rapports dominants-dominés, d’envisager des relations responsables, respectueuses, justes, pérennes et davantage constructives entre les deux continents.
 
Titre : Le regard africain sur l’Europe
Auteur : Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Éditeur : L’Atelier de l’Égrégore
ISBN Papier : 979-10-91580-36-6
ISBN Numérique : 979-10-91580-37-3
Genre : Essai
Sortie : 1er juin 2019

Les figures marquantes de l'Afrique subsaharienne – 2

 Il est une évidence : l’histoire de l’Afrique constitue le plus gros mensonge civilisationnel des plus criminogènes qui ait existé. Elle avait été sciemment falsifiée pour des raisons économiques et culturelles, philosophiques et religieuses, dès l’exploration européenne du continent africain commencée par les Grecs anciens et les Romains.
Certes, l’histoire de l’Afrique est faite de personnalités fortes mais sanguinaires et souvent au service des puissances extracontinentales dont les actes, meurtriers et inhumains, doivent inciter à refuser de sombrer dans l’obscurantisme et dans l’asservissement. Ils doivent plutôt pousser les futures générations à souhaiter davantage une Afrique meilleure et plus éclairée sur les plans matériel, économique, social, spirituel, politique…
Mais l’histoire de l’Afrique est avant tout l’œuvre des personnalités exceptionnelles dont les actions, les convictions et les principes, ainsi que les rêves, ont respectivement façonné les différentes époques dans le but de baliser le chemin qu’emprunteraient les futures générations. Gens d’armes, guerriers, conquérants et résistants à la colonisation, messianistes, prophètes et hommes d’Église, panafricanistes et acteurs politiques en vue des indépendances, intellectuels et militants révolutionnaires…, ils ont souvent connu une mort tragique. Mais, passés à la postérité, ils représentent des modèles auxquels doivent se référer les Africains – l’objectif consistant à renouer avec les gloires étatiques de jadis afin de faire triompher un autre modèle de société.
Du point de vue culturel, l’Afrique subsaharienne ne doit en principe avoir aucun complexe au regard d’autres continents de la planète. Encore faut-il que les Africains et leurs descendants s’imprègnent davantage de la diversité de leurs philosophies et cultures, les assument et les intègrent dans les politiques relatives au développement de leurs pays.

Auteur : Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Éditeur : L’Atelier de l’Égrégore
Format : Papier, broché
Pagination : 452 pages
Editeur : L’Atelier de l’Egrégore 
Sortie : 3 février 2019
Langue : Français
Versions : numérique  et papier.


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