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POINT DE VUE

Cameroun : refinancement de l'Eurobond, entre leurre et lueur


Alwihda Info | Par Célestin Bedzigui, économiste et président du Parti de l’Alliance Libérale (PAL) - 6 Juillet 2021


Jusqu'où ce gouvernement fera-t-il vivre le pays dans le leurre des véritables réclames entretenues pour masquer les lueurs sur une dégradation tendancielle de la situation des finances publiques de l’Etat ? L'épisode de la proclamation de la réussite du refinancement de l'Eurobond contacté en 2015 n'est en réalité que la feuille de vigne qui cache une réalité inquiétante, celle du recours à la "cavalerie financière " pour masquer une incapacité de l'Etat à faire face à un engagement pris...à la légère (?) en ces temps-là. Fixons d'abord le cadre de notre conversation par un rappel de définition.

La cavalerie est un processus financier où de nouveaux emprunts servent à rembourser les emprunts antérieurs. Le système s'écroule lorsque l'emprunteur n'obtient pas le énième prêt : il sait alors qu'il ne pourra pas rembourser l'emprunt précédent. Voilà à quoi pourra nous conduire la réclame faite autour de ce qui pompeusement est appelée « refinancement de l'Eurobond » et qui dans la réalité de la finance, porte un nom que nous redisons : cavalerie, une pratique qui, comme énoncé plus haut, consiste à contacter de nouvelles dettes pour payer des dettes antérieures. En analyse financière, ce type d'engagement a un taux de rentabilité interne (on parle de TRI) inférieur à 0.
Quand on sait que la mesure de l'opportunité et de l'efficacité d'un endettement se mesure à l'accroissement du solde primaire qu'il génère, le Cameroun est sur la pire des trajectoires, celle d'un endettement sans création de richesses. On peut dès lors voir se profiler à l'horizon un risque de default...

Une réalité préoccupante
Ouvrons-nous donc les yeux et les oreilles.... Le recours au refinancement signale les difficultés de trésorerie d'un pays et est très dommageable puisqu'il se traduit par une dégradation de sa notation. A ce jour, le besoin d'argent du pays pour booster sa croissance et soutenir son développement requiert des taux d'emprunts concessionnels de l'État, c'est à dire 1 à 2 %. On voit même la FED aux USA soutenir leur croissance en pratiquant un taux d'intérêt quelque fois de 0%. Ce constat induit deux observations.

La première des observations est que ceux qui en 2015 ont accepté un taux scandaleux de 9% de l'Eurobond se révèlent aujourd'hui être de véritables criminels à col blanc. Je me souviens à l'époque avoir tiré la sonnette d'alarme sur ce taux usuraire d'emprunt. J’ai alors compris que l'on se trouvait dans une configuration de délit d'initiés combinée à un conflit d'intérêts flagrant et pernicieux dès lors qu'apparaissait une relation incestueuse entre le donneur d'ordre et l’une des institutions impliquées dans l'arrangement de cet emprunt. On parlait ici de dizaines de milliards de F...

Un tel comportement criminel se devait d'être corrigé pour le moins et pourquoi pas réprimandé. La seconde observation qui découle d'une correction du tableau présenté ci-dessus est qu'en ramenant le taux de 9 à 5%, l’actuel ministre des Finances aura incidemment mis un terme au racket mis en place avant lui. Il peut en être félicité.
Toutefois, il importe de dénoncer également le niveau élevé du nouveau taux qui reste de trois fois supérieur à un niveau de taux concessionnel, toute chose qui coûtera également des dizaines de milliards à l'emprunteur Cameroun. Il n'en demeure pas moins vrai qu'aujourd'hui, les papiers Kamer sont classés « speculative grade », ce qui rapproche notre pays de la trappe financière de l'insolvabilité. Les « usuriers internationaux » que sont les arrangeurs et les prêteurs qui travaillent sur le paiement des commissions à court terme n'en ont cure. Ils s'en réjouissent plutôt alors qu’est hypothéqué l'attractivité du pays et que sont plombées les possibilités de financement des projets ultérieurs.

Nous ne sommes évidemment pas ici dans un cas de rachat de créances comme certains pourraient le penser et qui est essentiellement différent d'une opération de refinancement... Ce qui se passe ici est je le redis de la pure cavalerie dont il faut se préparer à solder les comptes un jour car si aujourd'hui en T1 nous sommes incapables d'honorer, une créance à coupon x, de quelle assurance disposons-nous pour penser qu'en T2, on pourra honorer un remboursement à coupon xx ? Le catastrophisme est loin d'être ma tasse de thé...
En revanche, je m'impose le réalisme le plus torride pour tirer l'alarme et nous éviter un réveil douloureux. Mieux, la gravité de la situation commande de se poser des questions pour éclairer la voie qui pourrait être une alternative à la politique actuellement menée par ce gouvernement, politique dont la pertinence et l'efficacité sont, à notre plus grand regret, questionnables.

Ces questions préalables sont de savoir : - Comment en sommes nous arriver là après tant de sacrifices consentis par nos populations tout au long de l'ajustement structurel ? - Qu'a-t-il été fait de la marge d'endettement offerte par le point d'achèvement au point d'en revenir à aller « quémander » les miettes que sont « les facilités renforcées » du FMI et qui ne servent qu'à soulager le bas du bilan alors que restent prégnant les problèmes d'infrastructures et d'équipement du haut bilan qui se traite plutôt au guichet BIRD/ Banque Mondiale et où le Cameroun brille par sa tiédeur voire sa faible capacité à convaincre. Suivez mon regard...

Un plan alternatif
Ce sont les réponses à ces deux questions préalables qui nous ont mis sur le chemin d'une solution alternative à la l'option du refinancement de l'Eurobond choisie par le gouvernement et dont les retombées économiques positives sont à démontrer pour ne pas dire introuvables. Cette alternative porte sur un plan adossé sur les actions ci-après :
1/ Sachant qu’un État peut annoncer la suspension de ses engagements à ses partenaires pourvu que cette démarche soit adossée sur une proposition crédible, plutôt que d'attendre d’être en « default », que l’État informe ses créanciers du Club de Paris (créanciers publics), et du Club de Londres (créanciers privés) de la suspension de 12/18 mois de ses paiements, le temps de mettre en ordre nos finances publiques.
2/ Élaborer une stratégie financière s’inscrivant sur le moyen-long terme, toute mise en perspective dont le gouvernement actuel est incapable et qui est une des causes de l'échec de sa gouvernance...
En réalité, ce gouvernement se borne à élaborer des plans de trésorerie à court terme affichant ainsi son incapacité à élaborer une planification financière à moyen terme... Il privilégie ainsi la pure réclame plutôt que la mise en œuvre d'une politique financière de l’Etat. Le pire pouvant être qu'une telle planification n'existe même pas.
3/ Réduire drastiquement les charges de fonctionnement de cet Etat mammouth de 60 ministres en les ramenant en 5 ans à moins de 20% du budget de l'État.
4/ Utiliser le volant de trésorerie ainsi dégagé pour accroître notre capacité de service de la dette qui ne devrait pas excéder 10% des recettes propres de l’Etat au lieu des quasi 40% des recettes actuelles.
5/ Négocier, non pas un refinancement mais un re-échelonnement de la dette actuelle et veiller à ce qu'elle son service n'excède pas 10% des recettes propres tels qu'évoquées ci- dessus.
6/ S'orienter plutôt vers des emprunts sur le marché financier CEMAC pour s'éviter la pression des remboursements en devises étrangères.
7/ Mettre en place une nouvelle législation incitant les épargnants à souscrire massivement ces emprunts. En fait, le Cameroun avec son PIB annuel de 25 000 milliards de Fcfa, si on table sur un taux d'épargne de 15% seulement, ce qui représente 3750 milliards de Fcfa, un emprunt de 400-500 milliards comme le montant du refinancement de l'Eurobond ne représenterait que 10-15 % de la capacité domestique d'épargne du seul Cameroun, toute chose qui est faisable...
Voilà un plan alternatif à celui de ce gouvernement. Il est réaliste.
C'est un plan réalisable... Il ne reste qu’à se poser la question : Pourquoi pas ?








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