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Fédéralisme ethnique et présence militaires étrangères à Djibouti : se répartir sur tout le territoire


Alwihda Info | Par Anihay Assa - 9 Octobre 2019 modifié le 9 Octobre 2019 - 07:07


Illustration. © DR
Illustration. © DR
Djibouti abrite abrite en dehors de la présence militaire française plus de bases étrangères que tout autre pays dans le monde. Depuis le début du siècle, les États-Unis et divers pays d’Europe et d’Asie y ont installé des camps militaires. Selon les analystes, la situation géostratégique du pays et sa stabilité récente dans une région instable en ont fait un terrain de jeu militaire pour les puissances mondiales. Mais cette stabilité est-elle réelle ? menacé par la présence renforcée du Front pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie (FRUD-armée) depuis les conflits Afar-issa en Ethiopie financé par le gouvernement Djiboutien pour les Issas avec les mannes des retombées des bases étrangères mais aussi par une impopularité grandissante du système : « Ce commerce peut à la fois renforcer la souveraineté d’un Etat, son développement et dans le même temps assombrir son horizon géostratégique. La République de Djibouti parait ainsi engagée dans un pari risqué. Elle est d’abord confrontée à l’idée que les retombées du commerce des bases militaires sont conditionnées par le maintien de facteurs favorables. Djibouti doit aussi faire face au piège stratégique et à la malédiction qui sous-tendent le commerce des bases militaires. »

Il entraîne aussi l’inégal développement d’un pays : « Ainsi, à Djibouti la protection offerte par la présence des bases militaires semble relative, voire illusoire. Comme l’ont notamment démontré les affrontements frontaliers de 2008, elle est, en définitive, suspendue aux intérêts particuliers de chacun des Etats locataires. Pire, à certains égards, le commerce des bases militaires est susceptible de se transformer en véritable malédiction, dans la mesure où il accentue les inégalités au sein de la société et il détourne les efforts de développement vers la construction des infrastructures nécessaires à l’essor de ces bases et qui ne sont pas nécessairement utiles à l’émergence du pays. De surcroit, l’autonomie politique, diplomatique ou économique du pays est susceptible d’être fragilisée. D’accueillir un nouvel Etat locataire. Cette stratégie a pour but de rétablir une situation d’équilibre qui permette de neutraliser les prétentions hégémoniques de l’un ou l’autre des Etats présents. C’est la politique mise en œuvre par les autorités de Djibouti. Elle est périlleuse, car elle induit nécessairement une militarisation croissante du pays. »

En effet, Djibouti se trouve aux abords de la mer Rouge avec 800 km des côtes essentiellement à 90% Afar qui occupe la place géostratégique mondial. L’engouement se confirme pour Djibouti en matière de bases militaires, l’arrivée de la Chine comme 5e base montre pour les grandes puissances que ce lieu est incontournable.

La France, puissance coloniale, est certainement un des pays le plus ancien implanté à Djibouti. Même lorsqu’en 1977, l’indépendance fut accordée à ce territoire français de l’Afrique de l’est, une base militaire fut sauvegardée avec plusieurs milliers de militaires. Avec le temps le contingent français diminue pour atteindre environ 1 500 militaires.

Notons que la base française à Djibouti sert de résidence aux troupes allemandes et espagnoles présente sur le territoire djiboutien.

L’Italie présente historiquement dans cette zone dispose d’une base militaire pas très éloignée de l’Aéroport mais elle est beaucoup plus modeste que la base française.

Les USA ont une base importante avec une présence militaire d’environ 4000 personnes et d’importants matériels de surveillance tant pour la piraterie que pour les mouvements djihadistes. Cette base abritait les troupes japonaises.

Enfin, l’arrivée de la Chine comme 5e base montre pour les grandes puissances que ce lieu est incontournable. La base chinoise va devenir la plus importante à Djibouti puisqu’elle envisage d’accueillir 10 000 militaires chinois et les matériels qui vont avec.

La présence de la Chine incite les japonais à agrandir leur emplacement et les USA à ne plus diminuer leurs forces sur le sol djiboutien.

Cinq bases militaires pour 7 pays à Djibouti, une manne financière pour les autorités djiboutiennes et un intérêt économique non négligeable pour le pays. Or cette manne financière ne profite pas aux restes des régions de Djibouti qui connait un développement inégal. Djibouti ressemble à un paradis doré au milieu d’un désert de misère.

C’est pourquoi nous demandons un redéploiement équitable de toutes les bases militaires étrangères équitablement à travers tout le territoire pour un développement économique sain de notre pays : « Jusqu’à présent, les bases étrangères n’ont guère contribué à l’enrichissement des populations. Leurs retombées financières, estimées à 200 millions de dollars, ne profitent qu’aux proches du président, alors que la situation des populations rurales reste dramatique : elles vivent une quasi-famine. Les régions du nord et du sud-ouest sont les plus touchées, avec 4 000 personnes ayant fui vers l’Éthiopie à cause de la faim et la soif. Ces puissances exercent leur magistère sur un pays fragile, un État inabouti », écrit un journaliste Mohamed Youssouf dans un article intitulé Djibouti paradis des bases militaires, paru dans Mediafrique, 6 juin 2014.

Sans les mannes financières de ces puissances militaires étrangères « Djibouti serait un État « failli ». Le système en place un « groupe minoritaire est soutenu sans réserve par les puissances étrangères, qui s’arrangent très bien du minimum d’État. Le seul attribut de l’État qui reste est la reconnaissance internationale », ajoute le journaliste dans ces analyses.

« Les bases militaires font l’objet d’un véritable commerce qui mêle éléments financiers et diplomatiques. Il existe en effet un marché concurrentiel des implantations militaires permanentes. Les Etats les moins développés entrent fréquemment en compétition entre eux pour attirer les armées étrangères, qui en retour sollicitent les meilleures conditions « commerciales » pour développer leurs activités. Ainsi, l’accord bilatéral relatif à l’installation d’une base militaire scelle un véritable échange commercial entre un propriétaire et un locataire.[1]»

Or les principales bases militaires se retrouvent dans la capitale qui est devenu un état-garnison. Notre objectif est de distribuer ces bases militaires étrangères dans l’espace géographiques de la République de Djibouti.

Depuis 1977, le Sud-ouest et le Nord exclusivement habité par les Afars connaissent un blocus économique. Aucune armée n’y est autorisée à y aller.

En tant que ministre, un général français m’avait confié ce regret : « durant mon long séjour je n’ai pas pu visiter le pays Afar ». Avec le fédéralisme ethnique cette interdiction sera définitivement levée et mieux nous favoriserons une meilleure cohabitation et coexistence entre les différentes bases militaires étrangères : « La cohabitation de bases militaires appartenant à des pays aux intérêts parfois dissemblables représente potentiellement un danger pour la stabilité de la région. La Corne de l’Afrique est plus que jamais au cœur des rivalités mondiales et Djibouti est une pièce essentielle des jeux de pouvoirs dans la région. Ce petit pays de 818 000 habitants (2015) est devenu un véritable « Etat garnison » a faire du commerce des bases militaires un élément structurant de son développement et de son positionnement international. Ainsi, après quarante années d’indépendance, Djibouti, est désormais un acteur stratégique du continent. »
Nous allons mieux repartir les présences militaires étrangères afin que les retombées économiques de cette présence profitent à chaque portion du territoire et à chaque citoyen.

[1]Jean Luc Martineau, Djibouti et le commerce des bases militaires : un jeu dangereux ? Journal d’opinion