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ANALYSE

Le secteur de la gomme arabique au Tchad, un atout pour booster le PIB


Alwihda Info | Par Kemba Didah Alain - 8 Janvier 2020


La gomme arabique. © DR/Tarig A. Eltom
La gomme arabique. © DR/Tarig A. Eltom
Deuxième exportateur dans le monde avec plus de 30 000 tonnes (environ 13% de la production mondiale) en 2013 après le Soudan, la gomme arabique (brute) est la quatrième source de revenu au Tchad après le pétrole, l’élevage et le coton. La gomme arabique couvre environ 700 milles hectares et fait vivre un nombre important de personnes. Elle représentait environ 7% du PIB (2015) et est utilisée dans la production des aliments, le textile, la construction, la peinture, etc. 

Le pays, enclavé et considéré comme un PMA (Pays moins avancé) est classé 50e sur 53 pays (Afrique - 2018) par l’indice de développement humain (IDH). L’exploitation du pétrole demeure jusqu’à présent l’activité économique principale. Entre 2007 et 2011, ce secteur a financé en moyenne le produit intérieur brut (PIB) à hauteur de 41%.  Produit naturel issu de la sève d’acacia solidifiée, la gomme arabique est l’un des produits de base exportés par le Tchad. 

La production nationale de la gomme a connu un boom  entre les années 1990 et 2003, soit une production de 2200 tonnes vers les années 1990 à 7000 tonnes en 1995 en 5 ans. La performance du secteur de la gomme arabique a amené le gouvernement à définir une politique de promotion de la culture de la gomme arabique, consacrée dans le chapitre I du Plan National de Développement 2013-2015, dont l’objet est de renforcer la compétitivité de la filière par la professionnalisation et l’organisation des acteurs de la gomme arabique à travers une dotation en équipements et matériels nécessaires, formation, sensibilisation et conseil. Cet appui du gouvernement se ressent de manière significative ces dernières années, tant au niveau de la quantité que de la qualité. La production (de la gomme arabique brute) principale du pays est exportée vers la France et les USA. Ce produit entre dans la production des médicaments, papiers, bonbons, sodas et des cosmétiques. Une quantité non négligeable de la gomme arabique tchadienne est transférée de manière informelle vers les pays voisins avant d’être réexportée et donc non prise en compte dans les statistiques du pays. L’exigence au niveau mondial en termes de qualité des marchandises avant l’exportation, la filière de la gomme n’en fait pas l’exception. Le Tchad, étant membre de l’Organisation Mondiale du Commerce respecte ses engagements relatifs à la clause de la nation la plus favorisée (article I de l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) et se met au standard international en matière de qualité pour la vente de la gomme arabique.

De manière générale, deux pays importent les trois quarts de la gomme brute mondiale, l’Inde et la France, puis la transforme en poudre et exportent les deux tiers du produit transformé gérés par les géants du négoce  Nexira et Alland & Robert. Les produits finaux issus de la gomme arabique exportés vers le Tchad à l’exemple des textiles sont sans aucune restriction conformément aux dispositions de l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, notamment l’article III relatif à l’égalité de traitement entre les producteurs ou importateurs tchadiens et étrangers.
 
Créer une chaine de valeur

Le manque d’usine de transformation de premier niveau de la gomme arabique, notamment la transformation en poudre est un handicap. Actuellement vendu au environ de 2500 dollar la tonne de la gomme brute, une fois affiné pourra couter dix fois plus. A ce niveau, la recommandation principale est celle de créer les conditions de transformation au niveau local, puis en intégrant la chaine la valeur pour permettre la production des produits alimentaires ou non afin d’augmenter son apport dans le PIB et d’impacter positivement sur le niveau de vie des populations impliquées dans la chaine de production. 

La production de la gomme arabique est une opportunité d’obtenir des devises étrangères, de promouvoir l’agriculture, d’assurer la sécurité alimentaire et de lutter contre la désertification ainsi que le changement climatique. Cependant, malgré la volonté politique affichée pour la promotion du secteur, beaucoup reste à faire, notamment l’industrialisation du produit brut. 

Kemba Didah Alain 
Expert en Politique Commerciale et Droit International de Commerce, diplômé de Lund University