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ANALYSE

Que peut-on retenir de la colonisation française au Tchad ? Est-elle un mal nécessaire ?


Alwihda Info | Par Abdelkerim Ali Issa Mbodou – Penseur Tchadien - 18 Mai 2015 modifié le 18 Mai 2015 - 14:47


Dès leur arrivée en 1900, la France a commencé à mettre en place le système de gouvernance d’Etat unitaire fortement centralisé, une copie de leur propre système. Pour arriver à cet objectif, ils ont d'abord procédé à la création de canton pour contrôler les groupements villageois. Ces cantons sont groupés dans des sous-préfectures qui sont à leur tour groupées sous des préfectures. Ces dernières sont sous le commandement d’un préfet qui est généralement un colon militaire.

Au sommet du système d’interface entre les indigènes et les colons, la colonisation a désigné de chefs de cantons et d’interprètes qui sont choisis essentiellement sur le critère de leur docilité et leur servitude. Ceux-ci sont traités essentiellement de la manière décrite dans le livre de l’écrivain camerounais, Ferdinand Léopold Oyon, intitulé « Le Vieux nègre et la médaille ». En général, les collaborateurs de colons ont été en charge de collecter d’impôts, d’organiser la corvée, d’enlever des vaches laitières d’éleveurs pour mettre à la disposition des colons, d’enlever des récoltes des paysans pour nourrir les tirailleurs, les prisonniers et les manouvres de la corvée, etc. Certains de ces chefs indigènes ont été choisis parmi les anciens captifs affranchis, des cuisiniers et aussi des aventuriers non autochtones ou voire d’étrangers tels que les tirailleurs de l’Afrique de l’Ouest. A Fort Archambault (actuel Sarh), un cousiner d’origine nigérienne a été désigné par les colons comme un chef canton, mais il a été demis et remplacé par un autochtone après l’indépendance. Aussi, d’après les traditions orales d’une autre région, une concubine d’un chef colon français a fait nommer son frère comme le chef de canton d’une communauté autre que la sienne. En plus, les colons ont choisi des collaborateurs «Rabistes», d’origine étrangère, comme des chefs de canton dans certaines régions avant d’être évincés.

Au BET et au Nord Kanem, la colonisation a fait face à une résistance farouche jusqu’en 1913 par les occupants antérieurs sénousites venus de l’Afrique Nord en fuite de la colonisation chez eux. Il a fallu l’enrôlement de chameliers locaux par la colonisation pour pouvoir les vaincre et les chassés de leurs campements (Zaouia) installés dans plusieurs localités; Ounianga, Zouar, Yebibou, Ain Galaka, Kirdimi, Bir Allali, etc. D’après des versions orales locales de l’histoire et des témoignages de l’armée coloniale, les sénousites et les Touaregs se livraient à l’invasion, au razzia, au brigandage, au viol, à l'esclavage, bref aux crimes similaires à ceux commis actuellement par les organisations terroristes au Moyen-Orient. C'est des vrais crimes contre l'humanité qui ont été commis dans un large territoire qui va du Fezzan jusqu’à la région de Dagana. Ils ont même enlevé un sultan du Kanem (Alifa Djourab) qui est porté disparu sans trace jusqu’à aujourd’hui. Pendant cette période, la seule entité qui a pu résister aux envahisseurs dans cette région jusqu’à l’arrivée de la colonisation a été le groupement de défense de Ngouri au sud Kanem qui a été très redouté pour les flèches empoisonnées de ses archers. Cette version de l’histoire a été décrite par le livre de M. Ed. Leroux, "La région du Tchad et du Ouaddaï" et confirmée par les traditions orales locales. Aussi, cette occupation sénousite a été couplée avec une brève occupation turque qui a duré quatre à cinq ans. En ce temps, les français ont essayé même d’abandonner ces régions désertiques difficiles à contrôler, sans enjeu économique important, nul n’était l’effort exceptionnel du commandant Largeau. Ainsi, la colonisation n’a pas eu assez de temps pour mettre en place l’administration coloniale comme dans les autres régions du Tchad.

Comme l’intention initiale de la colonisation a été de rester définitivement en Afrique, les neuf commandements coloniaux prônaient la restriction de l’accès d’indigènes à l’instruction, limitant à un très bas niveau. Pour les colons, l’éducation est une arme dangereuse qui pourrait devenir un obstacle à leur occupation qui a pour principal objectif d’appliquer le triple C, signifiant « la Christianité, la Civilisation, le Commerce ». Chacun de trois Cs a représenté une institution qui a joué son rôle dans la colonisation; L’armée a eu pour mission d’occuper les territoires par force ; les missionnaires ont eu pour rôle de pacifier les indigènes et en même temps leur inculquer les valeurs culturelles occidentales ; en fin, les hommes d’affaires ont été en charge d’exploiter les ressources naturelles avec l’aide d’armées pour délivrer des mains d’œuvres gratuites travers la corvée. L’objectif a été d’approvisionner leurs industries en Occident en matières premières.

Il est du devoir de tout un chacun de nous de bien apprendre l’histoire de notre pays pour éviter les erreurs du passé. Devons-nous arrêter de faire la confusion entre le chef de canton et la chefferie traditionnelle ? Etant donné que le premier est un subalterne de l’administration publique, inventé par la colonisation et déjà supprimé dans plusieurs anciennes colonies françaises.



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