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AFRIQUE

Soudan : des civils fuient vers le Tchad suite aux affrontements près de la frontière


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 1 Janvier 2020 modifié le 2 Janvier 2020 - 00:03


Soudan : des civils fuient vers le Tchad suite aux affrontements près de la frontière. © Alwihda Info
Soudan : des civils fuient vers le Tchad suite aux affrontements près de la frontière. © Alwihda Info
En trois jours de violences et d'affrontements tribaux dans la ville d'Al-Geneina, la capitale de l'État soudanais du Darfour occidental, au moins 41 personnes ont été tuées et 29 autres blessées selon un premier bilan.

Des médias locaux soudanais ont affirmé que les conditions se sont aggravées de manière "dangereuse" dans l'État du Darfour occidental, lundi, après l'intensification d'un conflit entre les tribus "Masalit" et "arabe", dans le contexte du meurtre d'une personnes de la tribu arabe près du camp de déplacés "Crendinge".

Dans une déclaration aux médias locaux, un responsable de la tribu Masalit, Asaad Bahr al-Din, a déclaré que les corps de certains morts à l'est d'El Geneina sont toujours à découvert et que personne ne peut s'approcher des lieux. Il n'a pas mentionné leur nombre.

Il a ajouté que le nombre de personnes tuées de sa tribu était d'au moins 35, tandis qu'environ 14 autres personnes ont été blessées dans un décompte final.

Il a souligné que des centaines de résidents des zones entourant la ville et les villages avaient fui vers les terres tchadiennes voisines, craignant pour leur vie, tandis que des milliers de personnes s'étaient réfugiées chez des parents et des proches dans les villages reculés, et d'autres avaient pris des écoles pour refuge.

Pour sa part, le chef des tribus arabes, Massar Abdul Rahman Aseel, a déclaré dans un communiqué de presse que les morts de son coté ont atteint 11 personnes et 15 blessés, mardi matin. Ce nombre a augmenté à 14 personnes, selon un nouveau décompte.

Des témoins ont indiqué à la presse soudanaise que le gouverneur militaire de l'État, le général de division Abdullah Muhammad Abdullah, et les membres du Conseil souverain, tentent maintenant de contrôler la situation en matière de sécurité avant qu'elle ne sombre dans un chaos complet.

Soudan : des civils fuient vers le Tchad suite aux affrontements près de la frontière. © DR
Soudan : des civils fuient vers le Tchad suite aux affrontements près de la frontière. © DR
Le Front révolutionnaire soudanais a appelé à la création d'une commission d'enquête indépendante pour identifier les personnes impliquées dans les incidents et les traduire en justice.

Les négociations de Juba ont été suspendues ce lundi jusqu'à ce que des mesures pratiques soient prises pour protéger les civils et traduire les coupables en justice.

Lundi soir, le Conseil souverain a annoncé, après une réunion d'urgence, que davantage de forces seraient déployées pour contrôler la situation sécuritaire dans l'État du Darfour occidental, qui connaît des affrontements tribaux.

Une délégation de haut niveau dirigée par le premier vice-président du Conseil souverain, le lieutenant-général Muhammad Hamdan Daglo, et le Premier ministre Abdullah Hamdouk, est arrivée mardi sur le terrain pour suivre les mesures prises pour garantir que le conflit ne se renouvelle pas et créer un environnement propice à la paix sociale.

Un peu plus tôt au cours de la même journée, des renforts des Forces de soutien rapide sont arrivées à Eldjinena. Selon des médias soudanais, ils ont été accusés d'avoir ouvert le feu sur des policiers Massalites suspectés d'avoir pris parti dans le conflit intercommunautaire.

La situation suivie de près par le Tchad

Le Tchad suit de près l'évolution de la situation dans cette localité toute proche de sa frontière, ayant eu lui même à faire face ces derniers mois à des violents conflits intercommunautaires dans la partie Nord-Est. Ces conflits qui ont fait plus d'une centaine de morts, ont poussé les autorités à instaurer un état d'urgence. 

Selon le Centre d'études pour le développement et la prévention de l'extrémisme violent.centrerecherche.com (CEDPE), entre juin et août 2019, les conflits intercommunautaires ont causé la mort d'au moins 134 personnes dont 23 au Sud et 111 à l'Est du pays en moins de deux semaines. "Si la situation s'est nettement améliorée à l'Est du Tchad, c'est en grande partie en raison de l'état d'urgence, et du renforcement de la sécurité à l'Est du pays", selon le CEDPE.

Ces derniers mois, le président de la République Idriss Déby a dénoncé à plusieurs reprises l'afflux d'armes acheminées notamment depuis le Soudan vers le Tchad.

"Nous allons chercher ceux qui acheminent des armes. Soit elles viennent de la Libye ou du Soudan (en transitant par Adré et Tissi)", a déclaré Idriss Déby, le 19 août dernier lors d'un déplacement à Goz Beida, dans la province de Sila.

En juillet dernier, le chef de l'Etat a procédé à une nouvelle réorganisation des officiers au sein de la Force mixte Tchad-Soudan. Au total, huit officiers ont été remplacés.

Le 16 décembre dernier, le premier ministre soudanais Abdallah Hamdok s'est rendu en visite de travail à N'Djamena. A l'issue de sa rencontre avec le président Déby, les deux hommes ont convenu de renforcer les mesures visant à sécuriser davantage la frontière commune.

Le 28 juin dernier, le président tchadien a initié une rencontre entre le vice-président du conseil militaire de transition, le lieutenant-général Mohammad Hamdan Daglo, et des chefs de mouvements rebelles présents dans la région du Darfour, le président du Mouvement pour la libération du Soudan, Minni Arko Minawi, et Tahir al-Faki, dirigeant du Mouvement pour la justice et l'égalité.

Le Tchad est fortement impliqué dans le processus de paix au Soudan, non seulement car il s'agit d'un pays frère mais N'Djamena est persuadé que sa stabilité passe également par celle de son voisin. En effet, l'instabilité au Soudan pourrait directement affecter celle du Tchad.

Soudan : des civils fuient vers le Tchad suite aux affrontements près de la frontière. © Alwihda Info
Soudan : des civils fuient vers le Tchad suite aux affrontements près de la frontière. © Alwihda Info
Au Tchad, les regards sont également tournés vers la puissante milice soudanaise "Forces de soutien rapide" qui a, à sa tête, le lieutenant-général Mohammad Hamdan Daglo. Dans l'appareil sécuritaire, on estime que certains éléments de la milice auraient pu jouer un rôle dans le trafic d'armes vers le Tchad, alimentant les conflits intercommunautaires. En trois mois d'état d'urgence, environ 10.000 armes de tous les calibres ont été récupérées dans les provinces du Sila et du Ouaddaï, au Nord-Est du Tchad.

Les Forces de soutien rapide sont également suspectées d'être soutenues par les Émirats arabes unis, en échange de l'envoi de combattants soudanais au Yémen. Des médias ont notamment évoqué de discrètes rotations d'avions en provenance des Émirats arabes unis et à destination du Soudan afin de récupérer des combattants dans le cadre de l'alliance militaire "Opération Tempête décisive" contre le Yémen.

Le 13 mai 2019, quelques jours après la visite du chef de la sécurité soudanaise, Abubakar Demblab, à N'Djamena, le lieutenant-général Mohammad Hamdan Daglo a rencontré l'ambassadeur du Tchad au Soudan. Il a assuré à l'ambassadeur Saleh Hamid Hgira que les relations étroites existant entre les deux pays ne seront pas affectées par le changement de régime au Soudan. 

"L'instabilité au Soudan affecterait tous les pays voisins", a déclaré lors de cet entretien, l'ex-ambassadeur tchadien Saleh Hamid Heguera, remplacé le 27 juin 2019 par Abdelkerim Koiboro.

Le renforcement des Forces de soutien rapide en hommes et en armes nourrit les inquiétudes du Tchad sur d'éventuelles intentions qui pourraient s'avérer déstabilisatrices. N'Djamena a rappelé le 16 décembre dernier, "la nécessité d’engager des actions fortes et conséquentes pour contenir l’immigration irrégulière et le trafic des armes", lors de la visite du chef du gouvernement soudanais. A cette occasion, le Tchad et le Soudan ont convenu de renforcer les échanges d’information et de renseignements entre les services de sécurité des deux pays ainsi que la coopération judiciaire.