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AFRIQUE

Pr René Joly Assako Assako : « Les marécages ont leur rôle à jouer dans l’écosystème »


Alwihda Info | Par - 23 Mars 2018 modifié le 23 Mars 2018 - 12:23

L’universitaire camerounais, géographe et spécialiste des questions urbaines, apporte des éclairages sur le système hydrographique de la ville de Yaoundé.


"On a privé la capitale camerounaise de l’esthétique, du rêve et de la flânerie que procure l’eau de surface".
"On a privé la capitale camerounaise de l’esthétique, du rêve et de la flânerie que procure l’eau de surface".
Quelle est le système hydrographique de la ville de Yaoundé ?
Le système hydrographique de Yaoundé épouse harmonieusement la configuration géomorphologique du site dont il faut dire qu’elle est légèrement en forme de « Z ». En effet, les altitudes de ce site décroissent progressivement du Nord vers le Sud, puis du Nord-Ouest vers le Sud-Est. Par ailleurs, le réseau hydrographique de Yaoundé s’organise à la manière d’une main ouverte, la plupart des cours d’eau venant rejoindre le Mfoundi au niveau des pôles administratif et commercial. C’est ce qui justifie, qu’en dehors des zones encaissées au pied des collines, les inondations à Yaoundé se manifestent essentiellement dans les environs de la Poste centrale et dans la partie Sud de la ville. Mais il y a aussi et surtout des facteurs anthropiques, c’est-à-dire à l’action de l’homme ou les conséquences de celle-ci, comme par exemple l’enterrement des cours d’eau.

Il y a 38 ans, on enterrait la rivière Mfoundi, notamment dans le triangle SNI-Poste centrale-Avenue Kennedy, que pensez-vous de cette décision ?
L’enterrement du Mfoundi et d’autres rivières, à leur traversée du centre-ville, il y a 38 ans, répondait sûrement aux préoccupations urbanistiques, au niveau de développement qu’avait le Cameroun et au poids démographique qu’avait la ville de Yaoundé dans les années 70 (à peine plus de 200 000 habitants), mais aussi aux réalités de la gouvernance municipale du contexte postindépendance. Mais, ce choix d’aménagement ne semble pas tenable dans la durée. En effet, ce faisant, on a privé la capitale camerounaise de l’esthétique, du rêve et de la flânerie que procure l’eau de surface à la plupart des grandes villes du monde : Paris, le charme charrié par la Seine et ses innombrables ponts ; Venise avec ses canaux, le Lac Léman à Lausanne, le Saint-Laurent à Montréal, le fleuve Congo à Brazzaville et Kinshasa, l’Oubangui à « Bangui la coquette », etc. De même, le calibre de ces canalisations souterraines n’a pas prévu la dérive incivique des yaoundéens (résidents, commerçants ou simples passants), qui jettent toutes leurs ordures dans la partie amont des cours d’eau, les plus gros pourvoyeurs de déchets solides étant les marchés de Mokolo et de Mfoundi. Obstruant ces canaux souterrains, ces ordures sont responsables de ces inondations catastrophiques, dont l’aggravation se cumule avec le climat équatorial pluvieux qui est celui de Yaoundé. Les travaux actuels tendent à bétonner et à canaliser le cours de tous les ruisseaux qui parcourent Yaoundé et cela a entraîné la disparition des marécages et certaines personnes estiment que ces marécages servaient d’éponge pour l’écoulement des eaux.

Que pensez-vous de cette opinion ?
Je ne suis pas de cet avis. Les marécages, en tant qu’écosystèmes, ont leur rôle à jouer. Mais la canalisation des cours d’eau telle que conduite en ce moment dans les grandes villes du Cameroun, vise à résoudre des problèmes d’aménagement. Et je pense que c’est une très bonne chose.

Est-ce que les travaux engagés sur la rivière Mfoundi ont tenu compte de la croissance démographique et de l’extension de la ville ?
Les travaux actuels sur le Mfoundi et bien d’autres cours d’eau sont salutaires. Dans ce cas précis, je ne crois pas qu’il faille y chercher un lien avec la démographie. Il est surtout question du respect de la spécialisation fonctionnelle et usuelle des espaces. Que les lits de cours d’eau soient exemptés de tous autres usages et le problème sera résolu.

Pensez-vous que l’arrivée des bouteilles plastiques qui n’existaient pas il y a 40 ans déjà, soit l’une des causes des inondations qu’on vit actuellement à Yaoundé ?
Les bouteilles plastiques ne sont qu’une des causes. Je crois que la plus importante est la non application des mesures d’hygiène, l’incivisme généralisé et la gestion hasardeuse des déchets.

Quelles solutions préconisez-vous ?
J’envisage les solutions suivantes : a) l’ouverture de tous ces canaux souterrains, afin de rendre son esthétique hydrographique à la ville de Yaoundé. Cela suppose toutefois la construction des ponts et la réalisation de parkings automobiles souterrains et aériens, pour décongestionner la circulation ; b) le renforcement des mesures d’hygiène, en amenant tous les pratiquants de l’espace urbain (y compris par la force, si nécessaire) à ne plus jeter les ordures que dans les dispositifs prévus à cet effet, qui doivent dont être disponibles, accessibles et en nombre suffisant ; c) détruire tout ce qui est construit en contravention aux normes urbanistiques, en application des ordonnances de juillet 1974 et des textes subséquents, qui sont pourtant connus ; d) compléter la couverture cadastrale numérique de tout le site urbain de Yaoundé, de sorte à mieux suivre l’occupation de l’espace urbain et périurbain.
(Avec L'essentiel du Cameroun)