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INTERVIEW

Tchad - BDT : "Ils veulent créer des troubles au Tchad, pour des agendas cachés"


Alwihda Info | Par Golmen Ali - 7 Juin 2020

Le député Néatobeye Le Nassenguengar s'explique sur la situation au sein des Brasseries du Tchad, dans un entretien à Alwihda Info.


Tchad - BDT : "Ils veulent créer des troubles au Tchad, pour des agendas cachés"
Alwihda Info : Depuis quelques temps, les Brasseries du Tchad (BDT), surtout l'usine de Moundou, procèdent à des fermetures. Ils ont commencé à licencier le personnel. Après une première vague, une deuxième vague. C'est aujourd'hui presque à l'arrêt. Les délégués du personnel ont écrit au Parlement. Ils ont adressé une lettre au président de l'Assemblée nationale. Vous, en tant que natif de la localité, en tant qu'élu du peuple, quelle est votre vision par rapport à la situation ?

Député Néatobeye Le NassenguengarJe n'ai pas de vision à avoir. J'ai fait le constat comme tout le monde que depuis le 1er mai, les usines de la zone sud, de Moundou, sont fermées. En plus, des employés mis en chômage le 1er février, il y a eu une deuxième vague fin avril. Et avec la fermeture des usines de Moundou, en ce moment, il n'y a plus que 10 employés qui sont là juste pour faire la maintenance en attendant la fin de l'embouteillage du reliquat des bières qui est encore dans les cuves. Et puis ça va être terminé pour l'usine de Moundou. Ça c'est le constat que j'ai fait. Ça veut dire que nous aurons sur les bras bientôt environ 130 employés jetés en pâture, au chômage. Nous aurons 110 grossistes pour toute la zone sud qui travaillent chacun avec 15 sous-grossistes.

Lorsqu'on sait que chaque grossiste emploie 30 agents et que chaque sous-grossiste emploi 15 agents, on imagine ce que ça fera. Un nombre effrayant de chômeurs qu'on aura. Cela laisse bien présager le nombre de gens qui sont sans ressources, lorsqu'on sait que du salaire d'un tchadien vit un minimum de 10 autres tchadiens. Ça nous fera un minimum de 10500 personnes qui seront sans ressources.

Député, ça fait déjà un temps, depuis décembre, que les Brasseries ont commencé à sonner l'alarme. Puisque l'État n'a pas pu renouveler la convention d'exonération de taxes, vous en tant qu'élu, comme le Parlement a reçu une note, comment entendez-vous plaider auprès des autres pour que cette situation soit améliorée ?

Plaider auprès des autres, les autres qui ? 

Le Parlement, l'État.

L'État ?

Oui.

Non. Là nous parlons de la fiscalité. Le Parlement n'a pas à se mettre à la place d'une société pour arranger une affaire de fiscalité. L'État vit des impôts. Cette société, ce groupe, le groupe Castel, lorsqu'il est venu prendre en gestion les Brasseries du Logone, c'était en 2005, de 2005 à 2019, l'État lui a concédé trois conventions d'établissement. Je ne sais pas si vous comprenez bien ce que c'est une convention d'établissement. À travers une convention d'établissement, l'État fait cadeau.

Oui, exonération de taxes.

L'État fait cadeau de ses droits à la société. Tous ces droits fiscaux. Donc pendant 15 années durant, cette société a bénéficié des exonérations de toutes sortes. En 2019, il a été réintroduit une autre demande de convention d'établissement pour sa reconduction pour la quatrième fois. Au vu de l'évaluation faite des 15 années des anciennes conventions, l'État s'est refusé de lui en donner une quatrième. C'est ça, ce n'est pas autre chose. Et le directeur général a dit, si c'est ça, je me venge. Strictement ça. La direction générale a voulu se servir du personnel.

Pour mettre pression sur l'État ?

Oui, en jetant en pâture, en mettant le personnel en chômage technique et en licenciant, il ne visait rien d'autre qu'à amener le personnel à une insurrection contre le gouvernement. Il n'y a pas d'autres mots pour dire ça. Alors qu'en matière fiscale, une société n'a pas de parole. Si c'est élevé, ce qu'il y a, à faire, c'est des négociations. La République du Tchad n'est pas différente de la République française. Et ce groupe est basé en France. Je parle pour qu'ils entendent et qu'ils sachent la pression fiscale qu'il y a en France. Aucune société n'a osé faire ce qu'ils ont entendu faire ici au Tchad. Ils veulent créer des troubles au Tchad pour des agendas cachés. C'est exactement ça, ce n’est pas autre chose.

La convention, que dit-elle ? Quelles sont les obligations des BDT vis-à-vis de l'État ?

Les BDT doivent investir, investir pour renouveler le matériel de travail, investir dans le social. Quand je parle du social, c'est des écoles, des hôpitaux. Même devant leur usine ils n'ont pas balayé. Aucune action sociale. Les cadres tchadiens qui travaillent aux BDT sont payés comme des manœuvres.

Les gens, des experts-comptables, des ingénieurs, il y en a très peu qui gagnent plus de 250.000 Fcfa. C'est de ça qu'il s'agit. Aucune action à la hauteur des engagements qu'ils ont pris vis-à-vis de l'État à travers la convention.

Monsieur le député, maintenant que les Brasseries, surtout de Moundou, sont en cours de fermeture, qu'est-ce qu'il y a lieu de faire ?

Tous les citoyens tchadiens doivent s'opposer à ça. Il y a deux alternatives.

Lesquelles ?

Nous devons protéger notre économie nationale en refusant de leur accorder ad vitam aeternam la convention. Nous devons protéger nos compatriotes qui travaillent, même s'ils sont payés comme des manœuvres. Ça c'est notre devoir. Maintenant, s'ils s'entêtent à vouloir absolument fermer l'usine de Moundou, ça veut dire qu'ils ont un agenda caché, et puisque nous ne sommes pas d'accord avec cet agenda caché, s'ils veulent, ils ferment toutes les Brasseries du Tchad et on verra bien s'il n'y aura pas d'autres investisseurs pour venir brasser la bière au Tchad.

De toute façon, c'est la concurrence qu'il nous fallait.  Ils ont bénéficié du monopole, c'est inexplicable.  C'est très mauvais pour notre économie nationale, c'est le moment de remettre ça en cause. Je plaide pour qu'on ouvre le territoire national à d'autres investisseurs.

Avez-vous un message à l'endroit des employés qui sont aujourd'hui en chômage et aussi aux responsables des BDT ?

Ils n'ont qu'à en entendre la raison de ne pas fermer les usines de Moundou parce que ce sera considéré pas autrement que comme une volonté de créer des troubles au Tchad, en cette situation de crise sanitaire due à la pandémie de coronavirus, qui donne déjà de l'insomnie aux autorités nationales, qui cadre le ciel et la terre. Qui grattent le ciel et la terre pour rechercher des solutions idoines aux personnes affectées par les effets néfastes de cette pandémie.

Vouloir absolument troubler, en ce moment, ce n’est pas bon. Aux personnels je dis courage, les choses vont s'arranger. Ils ne seront pas abandonnés par leurs compatriotes.

Propos recueillis par Golmen Ali.