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INTERVIEW

Tchad : "les travailleurs disent unanimement non", Barka Michel


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 24 Mai 2018 modifié le 24 Mai 2018 - 05:02

Barka Michel de l'Union des Syndicats du Tchad (UST) a répondu aux questions de la presse à la sortie d'une assemblée générale tenue hier à la bourse du travail de N'Djamena.


Barka Michel de l'Union des syndicats du Tchad. Alwihda Info
Barka Michel de l'Union des syndicats du Tchad. Alwihda Info
Vous avez tenu une assemblée générale avec vos militants. Quelle est votre position ?

Notre assemblée générale fait suite aux rencontres que nous avons eu avec le président de la République, au cours desquelles il était question de donner une réponse claire au président par rapport à certaines de ses sollicitations. Il sollicite de la part des travailleurs un moratoire à partir du mois de mai jusqu'au mois de décembre pour faire face à la situation difficile sur le plan financier. Quand bien même les responsables des finances disent que les choses se sont améliorées, le président nous demande un moratoire de plusieurs mois. Si on fait un pas en arrière, nous avons signé un accord le 1er mars 2018. Vous constatez comme nous que cet accord n'a pas été respecté, du moins, pas appliqué. Passer directement au moratoire, les travailleurs disent unanimement non. Ils exigent que leur salaire intégral soit payé à partir de ce mois de mai. Voilà les deux décisions importantes qui ont été prises.

Nous avons aussi l'impression que le président qui est notre garant a pris position. Il est d'ailleurs devenu un homme politique, vous avez vu son activisme ces deniers temps, c'est qu'il prépare les élections législatives, il lui faut de l'argent. Mais il a un choix à faire entre la situation sociale qu'ils ont créés et en même temps ce qu'ils veulent faire sur le plan politique. Les travailleurs sont prêts à dire non si le gouvernement ne fait pas un pas en arrière.

Vous avez dit que l'accord signé entre la présidence et les syndicats n'a pas été appliqué. N'êtes-vous pas dos au mur ?

Non, c'est une question de bonne foi. Nous sommes attachés à la paix sociale. Ne constatez-vous pas que les travailleurs ne cherchent que la paix sociale ? La grève nous n'en voulons pas, qu'elle que soit l'interprétation. Nous sommes allés vers cet accord pour permettre au gouvernement de faire un pas en avant, pour permettre aux enfants d'étudier, aux malades de se soigner, pour le travail dans notre pays. Nous avons voulu de la paix sociale, ça n'a jamais été une faiblesse, mais aujourd'hui, le type qui a cru qu'il nous a peut être eu se trouve dos au mur. C'est le président qui dit "Je suis le garant, c'est moi qui vais faire appliquer ça".

L'argent, aujourd'hui personne ne peux dire le contraire, les agents des finances disent que ça va bien. Les gens des impôts, des douanes disent que c'est de grosses recettes, les bailleurs de fonds donnent de l'argent. Nous ne sommes pas dos au mur, nous avons fait un geste qui a permis au pays de s'enrichir et de planifier ses dépenses de telle sorte que les travailleurs puissent avoir leur salaire. Maintenant, si le gouvernement ne le fait pas, c'est lui qui doit trouver des solutions, il est dos au mur. Il pensait que les travailleurs étaient crédules en signant cet accord, mais il s'est trompé maintenant. Il a l'argent, il n'arrive pas à le payer, et il doit donner une réponse aux travailleurs maintenant. Nous on attend le gouvernement.

Si vos points de revendications ne sont pas pris en compte, allez-vous entrer en grève ?

Nous on n'aime pas la grève. Si le gouvernement paye les gens, qu'il se rend compte qu'il a mal fait, qu'il s'est laissé avoir, que maintenant il est devant ses responsabilités et qu'il doit les prendre ; nous on attend ça. Mais s'il ne prend pas ses responsabilités et qu'il nous pousse vers la grève. Nous avons toujours refusé d'aller en grève, mais nous on l'attend. S'il ne prend pas toute ses responsabilités, on ne peux effectivement pas continuer à accepter que les intérêts matériels et moraux de nos militants soient piétinés, ça c'est inacceptable, on va dire non.

Plusieurs de vos collègues ont vu leur salaire coupé. La situation a-t-elle été résolue ?

C'est plus ou moins réglé parce qu'il y a un camarade qui suit personnellement ça pour la plateforme. Nous sommes à 1831 travailleurs dont les deux salaires d'avril et mail vont être payés en ce mois de mai.

Au cas où les salaires et autres avantages ne sont pas rétablis à la fin de ce mois, que compte faire la plateforme syndicale ?

Vous voulez m'obliger à dire qu'on va aller en grève. Nous ne voulons pas de la grève, mais si on nous oblige à aller en grève, on va y aller.