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EDITORIAL

Tchad : libération de l'otage Nassour Mahamat, une solidarité discriminatoire


Alwihda Info | Par Masrambaye Blaise - 9 Janvier 2022

La réaction instantanée de l'opinion nationale et internationale ayant abouti à la libération de l'otage Nassour Mahamat est encourageante. Cependant, elle révèle une solidarité discriminatoire.


Il n'y a que ceux qui possédent un cœur de pierre qui ne sont pas émus par la vidéo de l'otage Nassour Mahamat, diffusée par ses bourreaux. La vidéo a mis la toile bleue en effervescence au point où la libération de Nassour devait être "une affaire d'Etat". L'émotion et surtout la solidarité, étant l'attribut des Tchadiens, Fatimé Sabour a immédiatement versé les 35 millions de francs CFA exigés par les ravisseurs. Le jeune Nassour a systématiquement recouvré sa liberté au soulagement et à la joie populaires.

Mais ce qui écœure plus d'un, c'est l'indifférence de l'opinion nationale à l'égard des pauvres populations du Mayo Kebbi Ouest et du département des Monts de Lam, éternelles victimes d'enlèvement contre rançon. Le kidnapping dans ces régions est quotidien au point où posséder la moindre fortune est un péché capital. Les paysans quelque peu nantis vendent chaque jour boeufs d'attelage, charrues, cabris pour payer la rançon exigée par les ravisseurs. Le dénuement s'installe alors et devient cyclique.

L'indifférence des autorités locales ou leur révoltante complicité a contraint la population de Matta Léré à se constituer en milice d'autodéfense. Laquelle milice ayant soupçonné le chef de village d'être de mèche avec les ravisseurs l'ont assassiné nuitamment. L'ex-député Saleh Kebzabo de la localité ayant "fourré" son nez dans cette affaire en a appris à ses dépens et a mis la communauté moundang en ébullition.

Certes, payer la rançon encouragerait, enrichirait les ravisseurs et leurs complices. Mais les kidnappeurs de Nassour n'ont-ils pas encaissé "le jackpot" de 35 millions ? S'impliquer dans la lutte d'enlèvement des personnes dans le Mayo Kebbi Ouest, payer une seule fois la rançon pour la libération d'innombrables otages constituerait aussi une solidarité nationale. La population de la région des Pahimi se sentirait moins délaissée.