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Tchad : "nous ne faillirons pas à notre devoir", Zara Mahamat, coordinatrice de Dja FM


Alwihda Info | Par - 14 Juin 2018 modifié le 14 Juin 2018 - 07:41


La radio Dja FM a cessé d’émettre subitement mercredi dernier suite à une succession de pannes provoquées par la coupure intempestive d'électricité de la SNE. Cela a entrainé la panne des deux émetteurs de Dja FM, ainsi que du groupe électrogène. L'incident a conduit la plupart de la population à multiplier des appels pour en savoir plus sur la raison de ce silence inhabituel de Dja Fm. D’autres habitués de la radio se sont même rendus au siège de la radio pour s’enquérir des nouvelles liées à l’interruption brusque des émissions.


Les locaux de la radio DJA FM au Tchad. Photo : Alwihda Info
Les locaux de la radio DJA FM au Tchad. Photo : Alwihda Info
Certains auditeurs ont pensé que le gouvernement avait procédé à la fermeture de la radio, ce qui a été rapidement réfuté par sa responsable. Dja FM a repris hier, mardi, ses émissions après une semaine d’interruption. Selon la coordinatrice de la radio Dja Fm, Zara Mahamat Yacoub, il s’agit d’une panne technique. Celle-ci assure qu'elle essaiera de tout faire pour démarrer cette radio qu’elle a dédiée à la population tchadienne. Zara Mahamat Yacoub  s'explique sur les raisons qui ont conduit la radio à suspendre brusquement ses émissions.

Alwihda Info : Beaucoup de vos auditeurs n'ont pas compris cette brusque interruption de la radio Dja FM depuis plusieurs jours. Que s'est-il passé ?

Zara Mahamat Yacoub : Je rassure, la radio Dja Fm s’est tue par rapport à une succession de pannes. Dans un premier temps, la Société Nationale de l’Électricité a grillé l'un de nos émetteurs. Nous avons tenté de reprendre nos programmes en mettant en marche le deuxième émetteur, malheureusement il n’y avait pas d’électricité, on a utilisé le groupe. Le groupe a également grillé le second émetteur de secours. Cela étant, il s’est avéré que lors du premier incident provoqué par la Société Nationale de l’Électricité, quelques câbles ont pris aussi un coup. Maintenant, on est obligé de faire appel à des électriciens professionnels pour revoir tous nos systèmes de câblage, notre groupe électrogène s’est abimé aussi. Il nous faut un autre groupe électrogène.

Pour l’instant, on a pu réparer l’émetteur de secours et on va tenter de reprendre ce soir nos programmes. Ce que beaucoup de nos auditeurs ne comprennent pas c'est que Dja Fm est une radio associative ne bénéficiant d’aucun soutien. Je peux dire haut et fort que Dja Fm comparée aux autres radios ne reçoit aucune subvention d’une ONG ou organisme quelconque mais c’est grâce aux efforts que nous faisons par ci et par là que la radio Dja FM survit depuis 20 ans.

J’informe les gens que nous avons fait nos premiers essais le 5 mai 1998, cela veut dire qu’aujourd’hui Dja Fm a fait 20 ans. Ce n’est pas pour rien que chaque fois nous disons que Dja Fm est la première radio. C’est effectivement elle la première radio libre et nous, on est très jaloux de cette liberté qu’on tient à conserver. C’est au prix du sacrifice que nous conservons cette liberté d’expression, ce ton que nous avons à Dja FM.

Nous osons croire que Dieu nous aidera à relever cette radio qui est trop chère pour nous et pour les tchadiens parce que depuis mercredi, les gens défilent à la radio pour savoir ce qui se passe. Il y a des rumeurs qui courent selon lesquelles la radio Dja Fm aurait été fermée par le gouvernement. Je rassure nos auditeurs que nous n’avons pas été fermé par le gouvernement et nous n’avons commis aucun délit. Il s’agit d’une panne technique, nous essayerons de tout faire pour démarrer cette radio que nous avons dédiée à la population tchadienne. Nous allons continuer à exercer ce métier que nous avons choisi et nous allons continuer à être au service de la population toujours avec des informations de proximité. Nous avons choisi d’être aux côtés de la population pour lui donner une information de proximité, des informations auxquelles elle tient afin de savoir tout ce qui se passe autour d’elle. Nous ne faillirons pas à ce devoir et grâce à Dieu, InchAllah, on va commencer bientôt.

Les locaux de la radio DJA FM au Tchad. Photo : Alwihda Info
Les locaux de la radio DJA FM au Tchad. Photo : Alwihda Info
Des dispositions sont-elles prises pour que de tels incidents ne puissent plus se reproduire ?

Zara Mahamat Yacoub : Les dispositions, nous les prenons toujours. Par exemple, imaginez, nous avons un groupe de 1000 Watts que nous avons acheté très cher et un autre qui est de réserve pour toute éventualité en vue de pallier de tels incidents. Malheureusement, quand le premier groupe électrogène a pris feu, on a essayé de mettre le second qui a aussi pris un coup. Nous étions toujours prudents, c’est pour quoi on a deux groupes. Malheureusement, le plus dur pour une radio c’est toujours l’émetteur. Quand vous n’avez pas un émetteur de secours, c’est difficile pour une radio de faire face à ce genre de situation. Une radio doit toujours avoir un émetteur de secours, c’est ce que nous avons prévu. Mais on dit que l’homme propose et Dieu dispose. C’est quelque chose qui est arrivée coup sur coup. Nous nous en remettons à Dieu parce que nous sommes des croyants. Nous, on se dit que notre mission est noble. C’est un incident qui est arrivé et ça passe.

Est-ce que vous avez un message particulier à lancer...

Zara Mahamat Yacoub : Nous n’aimons pas lancer des appels comme çà. Logiquement, on se dit que la radio Dja Fm, comme la plupart de radios qui existent au Tchad, ne sont pas des radios privées dans le sens que les gens comprennent, mais ce sont des radios d’utilité publique. Nous sommes des radios complémentaires à la radio publique. Si nous avons des difficultés, le premier secours doit logiquement nous venir du gouvernement par l’entremise du Haut Conseil de la Communication qui a un fond destiné aux radios.

Malheureusement sur ce point, que peut-on dire sachant que même la subvention n’atteint pas un million (de Francs CFA, ndlr), ça fait des années que nous ne l’avons pas vue. Les choses sont claires mais les gens ne veulent pas qu’on dise tout simplement la vérité. Sous d’autres cieux, par exemple, même pour les employés des radios privées, les gouvernements contribuent au paiement de leur salaire ou bien à leur prise en charge sociale, mais ce n’est le cas chez nous. Pourtant, ce que nous faisons dans nos radios privées est destiné au peuple.

Les locaux de la radio DJA FM au Tchad. Photo : Alwihda Info
Les locaux de la radio DJA FM au Tchad. Photo : Alwihda Info
Au-delà de la compassion de vos auditeurs, avez-vous enregistré une marque de solidarité de certaines corporations, tel que l’Union de Radio Privée du Tchad (URPT) dont Dja FM fait partie ?

Zara Mahamat Yacoub : Rien de ce côté, même pas un petit coup de fil. Il y a des gens qui nous ont proposé de faire des quêtes pour aider la radio Dja Fm à se relever, nous avons bien apprécié leur proposition. On va essayer de démarrer d’abord la radio et puis on verra bien parce qu’aujourd’hui Dja FM a 20 ans. C’est l’une de rares radio qui n’a pas encore un local propre à elle en 20 ans d’existence. Presque toutes les radios ont leur local mais nous, nous continuons à louer, bien que la location coute très chère et que le staff de la radio travaille dans des conditions difficiles. C’est un sacrifice énorme que nous faisons mais ça nous fait plaisir. C’est ça qui fait notre fierté parce qu’aujourd’hui, quand la radio est fermée, c’est presque tout N’Djamena qui bouge.

Si nous, ne nous étions pas sacrifiés, je crois que les gens n’allaient pas bouger. Tout le monde défile devant la radio Dja Fm pour savoir ce qui passe. Hier, j’étais émue quand une femme a quitté Koundoul pour venir avec ses enfants demander qu'elle aimerait savoir la vérité. On lui a dit non, que la radio n’a pas été fermée mais qu'il s'agit d'une panne. Elle nous a trouvé entrain de réparer l'un des émetteurs en panne. Vous voyez, c’est ça qui fait notre fierté.

Entretien réalisé par Djimet Wiché
 
Djimet Wiche Wahili
Journaliste, directeur de publication. Tél : +(235) 66304389 E-mail : djimetwiche@gmail.com En savoir plus sur cet auteur