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MUSIQUE

Ruben Binam : « La musique est un partage sans frontières, ni cloisonnements identitaires »


Alwihda Info | Par - 23 Juin 2022

Dans une interview exclusive accordée à Alwihda Info, le musicien camerounais, producteur et promoteur d’espace culturel revient sur sa carrière et parle de ses projets avec son groupe, le Collectif Kemit 7.


Ruben Binam : « La musique est un partage sans frontières, ni cloisonnements identitaires »
Au moment où la communauté artistique nationale et mondiale vient de célébrer la fête de la musique, quel est le regard que vous jetez sur ce sous-secteur de la culture au Cameroun ?
Le secteur des arts et de la culture est en pleine mutation au Cameroun. Du point de vu des artistes eux-mêmes, la nouvelle génération montre une tendance à s’organiser, à consolider une nouvelle sorte d’autonomie qui s’avère efficace. Dans le processus de création des œuvres, les jeunes ont moins de problèmes qu’il y a 20 ans, lorsque l’accès en studio était select, car il fallait de gros budgets, ou alors le parrainage d’un producteur, voire un engagement très coûteux pour réaliser un projet artistique. Aujourd’hui, avec la technologie, il est facile pour les jeunes de réaliser leurs projets, chansons, vidéos et même si cela a toujours un coût. Cela devient de plus en plus accessible et je pense que ce n’est pas banal de le relever.

Par ailleurs, je pense que cela a une incidence aussi sur le tissu économique et structurel de ce secteur ; parce que de moins en moins, on voit des maisons de production et d’édition qui assument le travail d’accompagnement des artistes, de développement des projets artistiques. Evidemment aussi, du fait de la prépondérance digitale, on a de moins en moins de solutions pour distribuer le CD physique. Et que dire alors de l’effet d’entrainement que cela a sur le plan stratégique, administratif et même juridique. C’est un secteur qui échappe de plus en plus au suivi, on va dire aux schémas qui ont été mis en place.

Aujourd’hui, je ne suis pas sûr que nous soyons en mesure d’opérer des censures efficaces sur les œuvres qui sont créées dans cet environnement plus ou moins ouvert, marqué par la liberté d’expression certes, mais aussi par un certain libertinage. A titre d’exemple, une chanson qui a bien fonctionné, a fait le buzz avec le titre « Coller la petite » et qui a été interdit par un préfet, a continué à faire le tour du monde, et notamment sur internet. En gros, c’est un sous-secteur qui est en mutation et qui interpelle évidemment une autre mutation, celle de l’accompagnement des acteurs et des principes de travail.

Quel est le sens à donner au concert d’ouverture de la semaine de célébration de la fête de la musique, qui a été donné par votre groupe, le Kemit 7, le 15 juin dernier à l’IFC de Yaoundé ?
En effet, mon groupe, le Kemit 7 Collective a donné un concert d’ouverture à l’IFC dans le cadre du lancement de la semaine de célébration de la fête de la musique. Le sens à donner à cette initiative est que la musique est un partage qui ne connait ni frontières, ni cloisonnements identitaires, car elle est un langage universel, et c’est un outil qui est aussi en mesure de rassembler les peuples. Quelles que soient les différences, les distances, la musique a prouvé à suffisance qu’elle est capable de rassembler des personnes de différentes obédiences, politiques, religieuses, culturelles et sociales.
C’est ce pouvoir là qu’a la musique en tant que langage, démarche qui porte toujours l’action qui est la mienne, aussi bien au sein de l’Alizé Equateur, qu’au sein du Centre culturel Ubuntu, et que désormais dans mon cas, va être traduite par le Collectif Kemit 7, en tant que support orchestre, projet musical et artistique pour incarner cette harmonie entre les cultures. Cette harmonie entre les peuples, mais toujours dans le souci de dire la voix de l’Afrique, dans le rendez-vous du donner et du recevoir, au niveau international et même universel.

Parlez-nous un peu de Ruben Binam et du Collectif Kemit 7.
Le Collectif Kemit 7 est un projet sur lequel je travaille depuis une dizaine d’années, et il faut noter que ce n’est pas le premier projet sur lequel je me suis concentré. En effet, le Kemit 7 a quelque chose de particulier. Je souhaite à travers ce projet, faire revivre la grande tradition des orchestres, je dirais même les grands orchestres qui ont marqué l’Afrique, au début des indépendances et même avant. Lorsqu’on considère la musique congolaise, ghanéenne, kényane, guinéenne, notamment avec le « Mbembea Jazz », l’orchestre du Gand Kalé, l’orchestre de « African Jazz », j’en oublierai beaucoup, vous vous rendrez compte du véritable véhicule de modernisation de cette terre que le continent africain a connu, entre les années 60, 70, 80 et 90 aussi. Le principal véhicule de cette révolution musicale, de cette musique culturelle et sociale, était les grands orchestres.

Et aujourd’hui, lorsque je commence avec le projet Kemit 7 en 2011, des années plus tard, en 2022, je reviens avec quelque chose qui a déjà existé, c’est-à-dire porter un projet musical. Il faut nous laisser emporter par un grand orchestre composé de chanteurs, d’instrumentistes qui ont l’avantage d’être aujourd’hui des jeunes Africains qui ont accepté ce pari, qui ont accepté de porter cet héritage culturel, et qui ont aussi accepté de grosses responsabilités pour la musique africaine.

Il s’agit de ce que j’ai appelé le « panafrican groove » qui est en même temps une proposition qui allie les musiques souches, traditionnelles, africaines en général et camerounaises en particulier, puisque le projet prend ses racines au Cameroun avec le « bikutsi », le « bensikin », « l’assiko », et autres. Il est question d’allier tout cela avec la « soul », le « blues jazz », le « calipso », le « mambo » qui viennent tout autant d’Afrique, mais qui se sont affirmés outre-Atlantique, et associer tout cela au « maloya » qui vient de l’océan indien et qui trouve ses accointances ici curieusement en Afrique centrale, avec les « mbolobo » et le « makunai ». Et donc, pour moi, dire « panafrican groove », c’est dire une synthèse harmonieuse entre tous ces styles qui ont en commun de venir d’Afrique et d’être assumés aujourd’hui par les acteurs de la scène africaine que nous sommes, Ruben Binam et le Kemit 7 Collective.

Vous drainez derrière vous une riche carrière culturelle comme musicien, producteur et promoteur d’espace culturel. Que représente pour vous la distinction de chevalier de l'ordre du mérite camerounais ?
Ma distinction du 20 mai dernier, en tant que chevalier du mérite camerounais, représente beaucoup pour moi. Déjà, c’est une grande reconnaissance du président de la République du Cameroun, pour les efforts que j’ai personnellement fournis, pendant toutes ces années où je croyais qu’on ne me regardait pas, qu’on ne faisait pas attention à mes petits efforts. Mais me voilà surpris d’entendre à la veille de la fête nationale que j’ai été cité pour les distinctions de cette année. Cette médaille représente une énorme fierté pour moi, et je remercie le président de la République pour cette distinction. Je remercie également le peuple camerounais qui a certainement été témoin direct ou indirecte, pour tous les efforts consentis par ma modeste personne. Et je souhaite simplement dire, au nom de cette distinction, que je suis disposé à faire le mieux possible, pour mériter davantage mon pays, le peuple et la culture camerounaise et africaine en général. Donc, je n’ai qu’un mot : merci !

Quels sont vos projets immédiats avec le Kemit 7 Collective ?
Nos projets immédiats avec le Kemit 7 Collective, c’est déjà la finalisation de ce que nous appelons la Collection N3 qui renferme une trentaine d’œuvres, aussi bien originales que de musique adaptée d’autres auteurs dont nous comptons défendre la vision et l’héritage dans le cadre du « panafrican’s groove », c’est-à-dire le style que je défends à travers ce projet. Ainsi, nous avons engagé l’enregistrement de la Collection N3 à la fin de l’année 2021, et au courant de cette année, je souhaite reprendre les enregistrements à partir du mois de juillet, pour compléter le travail qui a été fait depuis six mois et finaliser le projet Collection N3 qui renfermera d’après mes calculs éditoriaux, une trentaine, voire un peu plus d’albums.

Il convient aussi de dire dans la foulée que la Collection N 2 qui a été enregistrée entre 2016 et 2019 est déjà achevée et elle va être publiée. Par ailleurs, d’ici la fin du mois de juin, on va la retrouver sur toutes les plateformes digitales en tapant simplement, soit Ruben Binam, soit par le Kemit 7 Collective, et on trouvera tous les liens d’écouter en streaming et en téléchargement. Il est aussi utile de dire que je suis en train de travailler à mettre en place, un système de distribution normale à partir de la plateforme du Centre Culturel Ubuntu vers les autres plateformes culturelles au niveau du Cameroun.

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