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ANALYSE

Syndrome Burkinabé au Congo : la crainte d’un chaos insurrectionnel dissipée par le compromis et le dialogue permanents


Alwihda Info | Par Gès Arcy Akambo - 19 Novembre 2014

Au lendemain de la chute spectaculaire du président Blaise Compaoré au Burkina Faso, de nombreux opposants africains rêvent déjà le début d’ « un printemps noir » qui viendrait sceller le sort des présidents africains voulant entreprendre des réformes constitutionnelles. En dépit du procès d’intentions contre le président congolais, Denis Sassou N’Guesso se garde d’agir en solitaire pour ne pas prêter le flanc aux fauteurs de troubles de replonger le Congo dans le chaos institutionnel.


La chute spectaculaire du président Blaise Compaore au Burkina Faso a très rapidement fait rêver des opposants politiques dans certains pays africains. Ils y ont vu le début d’«un printemps noir » qui viendrait balayer du trône tous ceux contre qui, ils mènent leur lutte pour le pouvoir. Ils ont même dressé une liste de pays potentiellement vulnérables : le Togo, le Burundi, la RDC, le Congo, le Rwanda, la République du Congo, etc. Il s’agit là, d’une analyse caricaturée de l’histoire africaine qui est loin d’être une fusion des histoires nationales. En Afrique, comme en Europe et partout dans le monde, chaque pays a son histoire.

Cette situation du Burkina Faso, hâtivement qualifiée de « Printemps Noir », qui a scellé en quelques jours le sort du président Blaise Compaore a été vécue, mieux présentée comme le début d'un tsunami dont la trajectoire passerait, entre autres par la République du Congo, où les opposants souhaitent le départ de Denis Sassou N’Guesso même avant l’échéance, à plus forte raison s’il s'avisait à présenter un nouveau projet constitutionnel.

Mais, à y voir de très près, il n’est pas aussi évident que les choses se passent à Brazzaville comme ce fut le cas au Burkina Faso et les hommes politiques au pouvoir comme à l’opposition ne devraient pas briller par une espèce d’amnésie qui les force à mentir au peuple. En effet, ceux qui se présentent comme opposants au pouvoir de Brazzaville ne sont pas des jeunes de moins de vingt ans. Ils savent et doivent dire à ceux qui leur prêtent l’oreille que, contrairement à ce qui est toujours présenté, le Congo a déjà connu l'alternance politique. Et, c’est justement, Denis Sassou N’Guesso qui, en 1992 passa le relai, sans heurt à son successeur, Pascal Lissouba, à l'issue d'une élection démocratique au suffrage universel.

Cette élection se tint après une transition d’un an (1991 – 1992), elle-même consécutive à une conférence nationale souveraine qui dépouilla le président de la République (Denis Sassou N’Guesso) de l’essentiel des pouvoirs et dont il a assumé les conclusions sans se maugréer. Le 31 Août 1992 au terme de la passation de service avec Pascal Lissouba, son successeur, Denis Sassou N’Guesso prit un bain de foule du Palais du Peuple à sa résidence privée de Mpila, comme s’il venait de gagner l’élection.

Denis Sassou N’Guesso se préparait à reconquérir le pouvoir en 1997, quand le pouvoir d’alors, apeuré par des sondages qui lui donnaient gagnant de cette élection, déclencha contre lui, en juin de la même année, une furie guerrière dont l’issue fut, contre sa volonté, le retour de Denis Sassou N’Guesso aux affaires, en octobre 1997.Pendant ce temps, Blaise Compaore, arrivé au pouvoir en 1987, régnait sans discontinuer sur son pays. Et, contrairement au Congo, le Burkina n'a jamais connu ni d'alternance sous Compaore, ni de guerre meurtrière.De plus, au Burkina Faso, la dernière tentative de modification de la constitution n’était pas la première. Ce qui n‘est pas le cas au Congo, si jamais cette option est retenue par tous les Congolais. La passation de pouvoir par Denis Sassou N’Guesso à Pascal Lissouba, faudrait-il le rappeler, ouvrit au Congo, une parenthèse de sang dont les Congolais, n’ont plus envie de revivre.

Le dialogue permanent

Revenu au pouvoir dans des conditions difficiles, Denis Sassou N’Guesso a fait du dialogue permanent un moyen de recoudre le tissu social mis en lambeau par des années de travers politiques qui ont déçu les attentes de tous les Congolais.Dès 1998, se tient à Brazzaville, un forum de réconciliation qui a mis des Congolais autour du Congo comme des médecins autour d’un malade, pour remettre le pays sur les rails du développement. La mouture de la constitution en vigueur actuellement fut soumise aux Congolais à travers un dialogue national sans exclusif qui conduisit au référendum constitutionnel en janvier 2002.

Mais chaque fois que la machine politique se grippe, à cause des demandes parfois fantaisistes de l’opposition, le pouvoir de Brazzaville ne ferme pas la porte au dialogue : le gouvernement et les partis politiques de tous les bords se sont déjà retrouvés à Brazzaville en 2009, à Ewo en 2011 et à Dolisie en 2013 pour trouver un terrain d’entente sur les points qui divisaient.

D’ailleurs la tenue hors délai de dernières élections locales est le fruit du consensus de la concertation politique de Dolisie. Parce qu’il tient à la paix au Congo comme à la prunelle de ses yeux, Denis Sassou N’Guesso ne relègue pas le dialogue et le compromis au second plan. Il considère le dialogue comme un facteur de paix et de développement.

Le Président congolais pratique la réconciliation, en associant, au nom de l’intérêt national, tous ses anciens protagonistes à la gestion de la chose publique, même si ceux qui n’ont pas eu la chance d’être ainsi considérés prennent les autres pour des traitres.Cette même politique de dialogue a été élargie aux corps sociaux (les syndicats et autres corps intermédiaires).

Les congolais savent d'où ils viennent

L’histoire du Congo n’est pas confondre avec celle d’un autre pays. Les guerres fratricides qu’il a successivement connues, ont gravement endeuillé le Congo. Le pays ne s'en est d'ailleurs pas totalement remis, quoique des efforts colossaux aient été faits.

Aujourd'hui, le pays renait. La politique de municipalisation accélérée mise en place par le gouvernement, modernise progressivement le pays qui s'industrialise en même temps. Les indicateurs économiques sont dans le vert, en témoigne, le dernier classement de Standard & Poor’s qui lui accorde la note de B+, ce qui se traduit par un équilibre des comptes et une perspective stable à court et moyen termes.

Conscients que les mouvements sociaux débouchent très souvent au Congo par des affrontements meurtriers, les Congolais n’envisagent pas, dans ces conditions, de se laisser naïvement entraînés dans la rue par une quelconque force, au nom du changement.L'opposition politique se radicalise, mais ne mobilise pas

Un coup d'œil sur l'environnement politique congolais montre clairement l'existence d'une majorité présidentielle stable et conquérante. A contrario, l'opposition est au moins bicéphale. Une partie de cette opposition s'est radicalisée au fil des années. Elle n'a jamais su mobiliser. Il est presqu'impossible qu'aujourd'hui elle trouve une créatine rédemption à l'égard de la population, tant ses options politiques n'ont jamais été clairement comprises.

Constituée, par ailleurs, d'un regroupement de partis creux dont les différents animateurs ne peuvent se prévaloir d'une quelconque virginité politique, cette opposition dite radicale est sans motivations politiques avérées. Pour preuve, Mathias Dzon qui se veut l’une des figures de proue de cette aile a, longtemps travaillé sous le président Sassou, en qualité de ministre des finances. Sa prestation à ce poste n'a pas été des plus reluisantes.

Et, certaines indiscrétions révèlent que la rigidité de son activisme ne se justifie que par son éjection du gouvernement. Christophe Moukoueké et Jean Itadi, quant à eux, sont des reliques de l'ère Lissouba. Les Congolais ne gardent que des souvenirs de mauvais goût de cette époque. Ceux qui ont vécu cette époque aux tristes et amers souvenirs attribuent d’ailleurs, à l’extrémisme des positions des Moukouké et compagnie, la fin tragique de cet épisode lissoubien.

Le courant des partis du centre que dirige Bokamba Yangouma se montre plutôt modéré et plus conciliant. Il constitue un point d'équilibre, bien que fragile entre la majorité et l'opposition radicale. Ce courant n'entend pas laisser l’initiative à ceux qui revendiquent leur nouveau penchant pour la destruction du pays.Dans la foulée, l’opposition parlementaire incarnée par Pascal Tsaty-Mabiala s’efforce d’arrondir les angles, avec des relents contestataires permanents.

La sagesse de Sassou étonne et rassure

En dépit du procès d’intentions contre lui, Denis Sassou N’Guesso reste un sage africain qui n'affiche pas ses ambitions. Autant, il n’a pas eu l’initiative du débat actuel sur le changement ou non de la constitution, autant il n’a jamais souhaité l’écourter, en privilégiant son point de vue. Pour lui, le débat doit se poursuivre. Et le peuple devra se prononcer. Les états-majors politiques ont beau s'agiter, la presse a beau se déchaîner contre lui ou non, il est calme.

Tous ceux qui rêvent du printemps burkinabè au Congo effacent de leur mémoire le souvenir d’un passage forcé par le président Compaore qui a arrêté sans ménagement le dialogue qui avait commencé à ce sujet entre le gouvernent et l’opposition et dont l’objectif était de trouver le consensus sur la modification ou non de leur constitution ce, bien avant le Conseil des ministres qui a adopté le projet de nouvelle constitution.

Comme une espèce de défi lancé au peuple qui a manifesté dès l’adoption de ce projet, le gouvernement de Compaoré a transmis le texte à l'assemblée nationale qui a, elle aussi, ignoré la pression populaire, en programmant l’examen du texte au lendemain d’une autre manifestation populaire. La sagesse a étonnamment quitté cette cité !

Le consensus comme voie de sortie

De son côté, Denis Sassou N’Guesso n’a pas l’intention d’agir en solitaire, non seulement, parce que le dialogue permanent le caractérise, mais aussi parce qu’il n’est pas prêt à donner l’occasion aux fauteurs de troubles de replonger le Congo dans le chaos insurrectionnel. Il voudrait, très sûrement décider sous l'impulsion d'un large consensus et par voix référendaire, en laissant parler le vote des populations.

Ce tableau, comme on peut bien le constater, contraste avec les ingrédients qui ont abouti au départ précipité et inattendu de Blaise Compaore, quand bien même l’on n’ignore pas l’action invisible et nuisible des mains noires lointaines qui se saisissent toujours des mêmes opposants, obnubilés par le goût d’accéder au trône, pour assouvir leurs instincts hégémoniques sur les pays africains.

Tout porte à croire plutôt que la décision à prendre à l’issue du débat actuel sera issue d'un consensus national. Dans la mesure où, sauf hypocrisie politicienne, l’opposition reproche également des choses à cette constitution, il vaut mieux envisager un changement en douceur de la constitution pour doter le pays d'un environnement propice à son développement économique et social inclusif.

La dernière déclaration du bureau politique du PCT qui fait de ce consensus le sous bassement de la progression politique au Congo, a trouvé un écho favorable dans les différents camps. Les radicaux du CAP (nouveau parti créé par les Moukouéké) s’en sont du reste félicités.

Reste que, soufflant le chaud et froid, ces radicaux mettent leurs égos de côté, pour comprendre que les Burkinabè regrettent, aujourd’hui, d’avoir cassé et pillé, donc détruit nombre de leurs acquis de développement.





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