POINT DE VUE

Tchad: 'Les nouveaux chantiers de l’espérance'


Alwihda Info | Par - ҖЭBIЯ - - 29 Aout 2008


C’est bien l’Afrique mystérieuse des nouveaux chantiers de l’espérance. Et cette Afrique là est une Afrique debout qui marche, certes, aux pas de caméléon mais à son rythme et tout de même debout sur ses pieds. Cette Afrique là existe belle et bien aujourd’hui. Et elle marche, silencieusement, l’échine dorsale courbée, certes, sous le poids du passé, aux pas rythmés de sanglots et de gémissements centenaires, mais inéluctablement sur le chemin de son avenir, vers son devenir en suivant sa destinée, à son rythme! C’est une « Autre Afrique ». Celle qui s’affirmera au cours de ce premier quart de ce troisième millénaire. Cette Afrique là s’emparera un jour du pouvoir en France et donc en Europe. Et elle a besoin de nous tous, africaines et africains de la nouvelle génération.


Le billet du vendredi: une chronique de Michelot Yogogombaye

Les nouveaux chantiers de l’espérance

Barack Obama a été « intronisé » candidat officiel du Parti Démocrate Américain pour l’élection présidentielle américaine du 4 novembre 2008. « J’accepte votre nomination » dit-il lors de son discours d’investiture. Si tout se passe comme nous le souhaitons, Obama, ce fils de l’Afrique noire devenu américain, prendra possession de la valise atomique de la première puissance nucléaire mondiale le 20 janvier 2009. Du coup, il deviendra, à partir de cette date, l’homme le plus puissant du monde et ce pour 4 ans au mois. Actualités obligent, je me vois contraint de dévier ce vendredi le fil de notre billet pour se pencher sur ce que j’appelle « les nouveaux chantiers de l’espérance » pour l’Afrique.

Eh oui, beaucoup a été dit sur l’Afrique. Et tout semble même être dit sur la destinée de « l’Homme » noir ; sur le destin de ce continent « misérable », de cette terre de « malédiction ». Selon des observateurs avertis, pour la plupart des occidentaux européens, analystes chevronnés des tragédies du monde, l’Afrique est un continent perdu. C’est un monde de lente désespérance, de sauvagerie absolue, de perdition irrévocable et de haine tribale intime! Le décor est ainsi planté. Fixe, sans appel, par nos « maîtres à penser», avec malheureusement la complicité honteuse et mortelle de certains de nos dirigeants moulés ; des fils égarés, des traîtres renégats de l’Afrique. La boucle est ainsi bouclée depuis l’aube de la loi Gaston Defferre!

Des preuves? Des coups d’État sanglants à répétition ; des génocides planifiés, des guerres civils orchestrées, des maladies de toutes sortes etc., qui poussent l’Afrique dans une longue et lente agonie, au retranchement ‘une partie importante de son chapitre. A qui la Faute ?

Les contres performances économiques, conséquences directes des choix irrationnels de nos dirigeants, ont pour effet de toujours classer nos États africains au dernier rang, loin derrière les autres nations de notre globe. Et comme s’il fallait donner le coût de grâce définitif, le SIDA vient frapper de plein fouet les forces vives de l’Afrique, berceau de l’humanité : des villes et campagnes entières agonissent, meurent et se meurent dans l’indifférence générale du reste de la communauté des humains.

Les médias occidentaux, encore et toujours eux, en quête du sensationnel, ressassent sans cesse, à longueur d’émissions, des images de « ces africains » qui feraient mieux de ne point naître. Et comme pour donner raison aux détracteurs de l’Afrique, les filles et les fils de l’Afrique, eux-mêmes, victimes de ce matraquage, se sont laissés emportés, hélas, par le décrochage affectif et le désespoir collectif. Tant l’horizon de l’espérance semble s’éloigné avec et au fil des siècles. Les jours, les semaines, les mois, les hommes et les femmes passent mais le drame de l’Afrique, lui, reste ; demeure inchangé, toujours là, effroyable et effrayant!

Mais au delà de ces écumes, n’y a-t-il vraiment point d’espérance portée par les vagues souterraines de notre Afrique? Certes ces écumes annoncent des sanglots si audibles et si touchants. Mais ces sanglots ne sont-ils pas des sanglots de la résistance de tout un peuple dans sa longue, pénible et silencieuse marche vers la victoire finale de l’espérance sur la désespérance ? Cette espérance, n’est-elle pas là devant nous, à nos portes avec l’investiture de Barack Hussein Obama pour les présidentielles américaines de 2008? Denver 2008 n’est-il pas le point d’impact du départ d’un nouvel chantier de l’espérance pour l’Afrique ? Je dis oui. Oui parce que cette espérance existe et avait même commencé à germer depuis maintenant une vingtaine d’années déjà. Elle ne fait que se confirmer avec l’avènement d’Obama, 45 ans après le fameux « I have a Dream » de Martin Luter King. Car, au fait, les prémisses de cet espoir ont déjà été portées par la nouvelle génération d’hommes et de femmes d’Afrique! De nouvelles perspectives historiques et un nouvel état d’esprit sont nés un peu partout en Afrique, avec l’arrivée au pouvoir de jeunes têtes comme au Congo Démocratique, au Rwanda, en Ethiopie, au Mali, en Gambie, au Togo, au Maroc etc.

N’est-ce pas là l’espoir qui renaît quand, ici et là en Afrique, des femmes qui, hier encore porteuses dociles de tant de souffrances, s’éveillent aux délices de la liberté et de la créativité?

N’est-ce pas là l’espoir qui renaît quand ici et là en Afrique, des femmes organisent à l’indifférence suspect de la communauté internationale, des chaînes de survie et de solidarité; inventent de nouveaux espaces de civilisation où elles sont désormais sujets actifs de leur propre histoire?

N’est-ce pas là l’espoir qui fleurit quand les jeunes des villes et des campagnes investissent le champ politique, réclament avec force et détermination une nouvelle éthique du pouvoir, et par la magie de leurs mains affamées, créent à longueur des journées des outils utiles et inutiles dans une perspective réinventée de la modernité?

N’est-ce pas là l’espoir qui éclate quand les nouvelles générations d’entrepreneurs, d’artistes et autres travaillent sans relâche à produire des richesses et tentent vaille que vaille de les distribuer sur place?

Et que dire des nouvelles libertés politiques et syndicales acquises au prix de tant de luttes et de tant de sacrifices?

C’est bien l’Afrique mystérieuse des nouveaux chantiers de l’espérance. Et cette Afrique là est une Afrique debout qui marche, certes, aux pas de caméléon mais à son rythme et tout de même debout sur ses pieds. Cette Afrique là existe belle et bien aujourd’hui. Et elle marche, silencieusement, l’échine dorsale courbée, certes, sous le poids du passé, aux pas rythmés de sanglots et de gémissements centenaires, mais inéluctablement sur le chemin de son avenir, vers son devenir en suivant sa destinée, à son rythme! C’est une « Autre Afrique ». Celle qui s’affirmera au cours de ce premier quart de ce troisième millénaire. Cette Afrique là s’emparera un jour du pouvoir en France et donc en Europe. Et elle a besoin de nous tous, africaines et africains de la nouvelle génération.

Aujourd’hui, cet autre Afrique là existe belle et bien. Elle est celle de l’espoir ; l’espoir en l’avenir. Il n’appartient qu’à nous, la nouvelle génération d’africaines et d’africains, de l’enflammer. Les ressorts de cette nouvelle espérance sont invisibles aux cohortes des pleureuses et aux analyses des experts du FMI(Fonds Monétaire International) et de la BM (Banque Mondiale) incapables de s’affranchir de la tyrannie de l’instant médiatique. Mais ces ressorts existent et solidement. Il n’appartient qu’à nous d’en faire un bon usage.

À ceux qui, nombreux en occident, savent encore écouter les pouls intimes des peuples africains, nous disons sans haine et sans honte qu’un nouvel état d’esprit est né en Afrique d’aujourd’hui et est à la base d’un réel progrès dans cet autre Afrique qu’on ignore en Occident. Cette Afrique-là ne réclame ni la pitié, ni la commisération, ni l’indifférence. Elle réclame qu’on la regarde enfin, non pas à travers les reportages des médias tendancieux ni au travers des actions humanitaires suspectes, mais en face, les yeux dans les yeux, poitrines contre poitrines. Ne serait-ce pas là la preuve de la maturation des relations (Nord-Sud) par trop déséquilibrées dont l’Afrique est victime depuis des siècles?

Aux ami(e)s de l’Afrique encore nombreux, fort heureusement, en Europe et partout ailleurs dans le monde; aux femmes et à la jeunesse occidentales je dis ceci : il vous appartient de commencer à comprendre cette nouvelle Afrique qui s’éveille ! Parlez-en autour de vous, avec vos concitoyennes et concitoyens ; changez de mentalité, votre mentalité vis-à-vis de l’Afrique. Car l’idée de solidarité n’est pas morte en l’être humain. Mais débarrassez-vous, pour cela, de vos vieux complexes de supériorité qui sortaient souvent de leur gong, dès lors qu’il s’agisse de l’Afrique. Débarrassez-vous de cette certaine idée de charité et de solidarité, enfouie et nourrie en vous par le vivier des malheurs et de la mauvaise conscience.

L’Afrique ne demande pas de la charité! D’autant plus qu’à cette ère de la mondialisation avec son corollaire de chaos économiques planétaires, la misère, elle aussi, s’est mondialisée. Elle est partout, sous différente forme. Elle crie déjà plusieurs de ses cris lugubres aux portes des paradis d’hier. Cris de détresse du chômage, de la récession, de la solitude des mères célibataires, du désespoir des jeunes, ravagés et pris au piège de la toxicomanie, de la pédophilie, du désenchantement. Ces malheurs que la conscience occidentale s’évertue à cacher sont là. Le désenchantement d’une jeunesse occidentale sans repères et frappée de plein fouet par le phénomène de « suicide des jeunes » ; acte ultime du désespoir d’une civilisation qui n’a de civilisation que son nom.

Aujourd’hui, l’Afrique est là. Debout malgré tout ! Et c’est une chance pour toi, l’occident déboussolé. Car la vigueur, la créativité et la convivialité africaines pourraient t’apporter, modestement un nouveau souffle de sens à ta civilisation aujourd’hui déboussolée ; à ta société en perpétuelle décadence. Et cela en partant de l’idée qu’en matière de relations à l’Autre, le geste de secours pur n’existe pas. Quelles que soient la hauteur et la noblesse du geste, il s’inscrit toujours dans l’humaine attente de l’autre. Eh oui, l’occident, tu n’as jamais aidé l’Afrique pour rien.

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