EDITORIAL

Tchad: la 'CPDC' est morte, vive le porte-parole de la CPDC


- 18 Avril 2008


Pour défendre la Constitution tchadienne comme le prétendent les membres de la « CPDC » comme des chauvins, ils n’ont pas besoin de faire leur entrée dans un gouvernement dont le Président a violé la Constitution. N’est-ce pas antinomique de crier « au voleur » et d’accepter de partager le butin avec celui qu’on traite de « voleur », voire de « violeur » de la Constitution ? Ne se retrouve-t-on pas à son tour voleur ?


Tchad : la « CPDC » est morte, vive le porte-parole de la CPDC

A l’annonce de la nomination de Monsieur Youssouf Saleh Abbas au poste de Premier ministre au Tchad, la question de la disparition de Ibni Oumar Mahamat Saleh a disparu, comme par enchantement, des préoccupations des membres de la « Coordination des Partis pour la Défense de la Constitution ». Tout semble porter à croire que cette disparition fait plutôt l’affaire d’un certain nombre de ceux qui se targuaient dans un passé encore récent à réclamer une camaraderie intime voire quasi consanguine avec le porte-parole de la CPDC. D’emblée, rien ne permet de croire que le refus velléitaire des membres de la « CPDC » de rencontrer le Président tchadien, quelques jours après l’enlèvement de Monsieur Ibni Oumar Mahamat Saleh, aurait été de gaieté de cœur. Le regret que beaucoup d’entre ses « compagnons » ont exprimé de n’avoir pas rencontré le Président a fait écho à travers les quartiers de N’Djamena. Ceux-là mêmes qui ont feint de refuser d’être reçus par le chef de l’Etat tchadien ont sollicité une rencontre avec lui peu de temps seulement après. C’est ce qui explique l’audience que le Président leur a accordée il y a trois semaines.

Il est certain que le secrétaire général du PLD s’est montré comme un adversaire politique dangereux aux yeux du régime tchadien. L’accord politique du 13 août qui a été signé entre les partis membres de la « CPDC » et la majorité présidentielle a été mené de mains de maître par le redoutable opposant. L’homme a tenu tête aux innombrables sollicitations de coulisses et à l’achat de conscience. Il est devenu à longueur d’années l’opposant le plus sérieux au régime de N’Djamena. A cet effet, toutes les pistes susceptibles de le mettre hors course à l’élection présidentielle à venir étaient à explorer. L’attaque lancée par la coalition rebelle contre N’Djamena début février a été une occasion tout indiquée pour l’appréhender. Après la commission du forfait, après qu’il y a eu de fortes pressions venant de toutes parts, il va falloir, en conséquence, trouver une astuce : rétribuer la « CPDC » qui est désormais débarrassée de son mentor pour faire baisser la surenchère.

La formation d’un nouveau gouvernement subséquent à « l’accord du 13 août » n’allait pas avoir lieu de sitôt si les rebelles n’ont pas attaqué le régime en février. Ce gouvernement n’est autre chose qu’une consolation offerte aux membres de la « CPDC » pour le préjudice qu’on a fait subir au porte-parole pour l’avoir séquestré et empêché de jouir de ses droits civiques mais surtout d’user de son devoir de leader incontesté. Rien ne permet de dire, toutefois, que jusqu’à l’heure qu’il est l’otage du palais rose ne soit pas en vie. Cependant, cette mignarde attitude qualifiable à de la politique de polichinelle nous laisse dire qu’une libération soudaine du secrétaire général du PLD ne nous surprendrait pas dès lors que le nouveau gouvernement sera mis sur pied. Car ce gouvernement aura vu le jour en l’absence du porte-parole de cette « CPDC ». Il ne fait aucun doute qu’il est le seul, en l’état actuel des choses, à pouvoir convaincre ses collaborateurs pour ne pas entrer précipitamment dans le gouvernement et perdre la face à l’avenir. Le pouvoir l’a compris. C’est pourquoi le suspens autour de la disparition de Monsieur Ibni Oumar Mahamat Saleh persiste encore, le temps de faire impliquer ses collègues dans la mascarade politicienne. Et la stratégie a fonctionné face à la naïveté des nécessiteux.

Mais où est l’honneur dans toute gabegie ? Fonder un « parti », « faire de la politique » au Tchad veut dire quoi en fait ? Se laisser manipuler à dessein pour accéder à de la promotion, n’est-ce pas un comportement ignoble ? Comment comprendre, en toute honnêteté, que la fameuse « CPDC » puisse accepter d’entrer dans un gouvernement alors qu’un de ses membres, de surcroît son porte-parole, a été enlevé et porté disparu sans aucune forme de procès ? Alors que la Commission chargée d’enquêter sur l’enlèvement et la disparition d'opposants (quid du cas du Dr Ibni Oumar) n’a pas encore rendu ses conclusions, les membres de la « Coordination des Partis pour la Défense de la Constitution », acceptent, à une majorité écrasante, de faire leur entrée au gouvernement. Que vont-ils faire si dans quelques semaines la « Commission d’enquête » déclare que « le porte-parole de la CPDC a été retrouvé mort ? »

Une chose est sûre : ils ne démissionneront pas du gouvernement pour sauver l’honneur. Parce que cette notion n’existe pas chez ceux qui disent « faire de la politique » au Tchad. Pour défendre la Constitution comme le prétendent les membres de la « CPDC » comme des chauvins, ils n’ont pas besoin de faire leur entrée dans un gouvernement dont le Président a violé la Constitution. N’est-ce pas antinomique de crier « au voleur » et d’accepter de partager le butin avec celui qu’on traite de « voleur », voire de « violeur » de la Constitution ? Ne se retrouve-t-on pas à son tour voleur ? J’ai été très modéré pour prendre pour exemple le simple substantif de « voleur ». J’aurais pu en employer un autre si je suis radical. Il faut dire que l’accord du 13 août perd toute sa substance avec l’entrée de la CPDC au gouvernement. La prétendue « CPDC » qui représentait jusque-là une opposition démocratique au Tchad est morte. Vive le porte-parole de la CPDC.

Mahamat Ahmat Kébir

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