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REPORTAGE

Tchad : un Ramadan pas comme les autres


Alwihda Info | Par Djibrine Haïdar - 27 Avril 2020


Un citoyen pose les deux mains sur son visage à N'Djamena, au Tchad. 21 avril 2020 © Djibrine Haïdar/Alwihda Info
Un citoyen pose les deux mains sur son visage à N'Djamena, au Tchad. 21 avril 2020 © Djibrine Haïdar/Alwihda Info
Le Ramadan de cette année 2020 bouleverse les esprits au Tchad, eu égard aux lourdes conséquences de la pandémie de Covid-19 sur les ménages. Les mosquées sont fermées, les transports et rassemblements restreints, les prix sont en hausse dans les marchés, les repas en commun sont déconseillés et les déplacements et visites limités. Des mesures difficiles mais pourtant nécessaires pour protéger les tchadiens.

Des solutions d'accompagnement se mettent progressivement en place, tandis qu'un appel à la solidarité est lancé par les autorités. Toutefois, les ménages qui subissent de plein fouet la situation expriment leur détresse.

"On n'arrive pas à comprendre comment on peut jeuner avec cette situation. On se confine à cause du Covid-19 sous un climat chaud. Je suis vraiment étouffé", se désole Abdoulaye Ben Babikir.

"Le Gouvernement nous laisse sous la famine. Regardez, des vivres sont distribués mais ça ne suffit pas aux gens. Il y a même la bagarre à N'Djamena pour la distribution, donc qu'en est-il des autres villes ?", déplore ce père de famille.

Des femmes échangent entre elles à N'Djamena après avoir reçu en cadeau des savons. 21 avril 2020 © Djibrine Haïdar/Alwihda Info
Des femmes échangent entre elles à N'Djamena après avoir reçu en cadeau des savons. 21 avril 2020 © Djibrine Haïdar/Alwihda Info
Pour Am-Raouda qui essaye de garder le sourire aux lèvres malgré la situation, la génération actuelle est inquiétante compte tenu de son indifférence. "On se demande ce que nos grands-parents nous ont légué. Tout le monde pense seulement à son intérêt. Dieu est oublié par les humains, c'est pourquoi tout est compliqué pour nous depuis l'arrivée de Covid-19 au Tchad", dit-elle.

"Nous avons faim, pensez à nous. S'il vous plaît, on a des enfants à nourrir, nos maris sont privés de travail. Ça ne marche pas du tout vos décisions que vous prenez. Essayez de réfléchir comment vivent ces pauvres citoyens en brousse. Je crains vraiment que notre situation s'aggrave avec le Ramadan et que nous mourrions de faim", renchérit cette mère de famille à l'endroit des autorités.

Elle estime que le chef de l'État n'a pas vraiment conscience de la réalité. "Il appose sa signature sur des documents pour prendre des décisions mais rien ne change", peste Am-Raouda.

La circulation en plein jour à N'Djamena. 21 avril 2020 © Djibrine Haïdar/Alwihda Info
La circulation en plein jour à N'Djamena. 21 avril 2020 © Djibrine Haïdar/Alwihda Info
"Le Gouvernement envisage d'autres mesures sociales"

La semaine dernière, le président Déby a demandé une accélération de la mise en œuvre des mesures d'accompagnement.

De toute urgence, le Gouvernement compte faire des achats "sur les marchés à l'extérieur" pour renforcer les stocks de l'Office nationale de la sécurité alimentaire (ONASA), grâce à un premier décaissement de 5 milliards Francs CFA sur une enveloppe "minimale" allouée de 25 milliards Francs CFA.

"Face au déficit actuel à l'intérieur du pays, les opérations des achats pour le renouvellement du stock de l'ONASA se feront sur les marchés à l'extérieur du pays. Nous opérons à l'extérieur du pays pour ne pas créer une pénurie des denrées alimentaires au niveau de notre pays le Tchad", selon la ministre de la Production, de l'Irrigation et des Équipements agricoles, Madjidian Padja Ruth.

Dans un communiqué publié vendredi, le ministre d'État, ministre secrétaire général de la Présidence, Kalzeube Payimi Deubet, a laissé entendre que "le Gouvernement envisage d'autres mesures sociales aux fins d'alléger les souffrances des tchadiens".​ Il a également ordonné la réouverture de l'abattoir frigorifique de Farcha.

Dimanche, le ministre de la Santé publique a appelé les citoyens à s'entraider. "Aidons nos proches et voisins en leur donnant de nos subsistances. Nous ne le regretterons pas. Nous en serons récompensés", a demandé Mahamoud Youssouf Khayal. La ministre de de la Femme, de la Protection de la petite enfance et de la Solidarité nationale, Djallal Ardjoune Khalil a également lancé un appel similaire pour mieux faire face à la situation.