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ANALYSE

Cameroun : Environnement et sécurité, les risques de la transhumance


Alwihda Info | Par - 15 Avril 2016

La rédaction d’Alwihda a reçu ce jour une analyse faite par Jean Baptiste Anda Ngoumba, expert en environnement et en développement communautaire et président de l’Association nationale des Communautés attributaires des forêts communautaires du Cameroun (Ancaf-Com). Nous vous livrons in extenso son contenu. Lecture.


Le bac sur le fleuve Sanaga  (Nationale n°15) ne fonctionne plus depuis belle lurette.
Le bac sur le fleuve Sanaga (Nationale n°15) ne fonctionne plus depuis belle lurette.
A l’occasion de la tenue du sommet des chefs d’Etats et de gouvernements sur la COP 21 à Paris en novembre 2015, le chef de l’Etat du Cameroun, Paul Biya, s’est engagé pour son pays à apporter une contribution significative dans la lutte contre le réchauffement climatique, de la même manière que quelques années auparavant et toujours à Paris, il déclarait la guerre contre le Boko Haram : deux obstacles majeurs au développement des civilisations et au bien-être de l’humanité. La coïncidence des faits portant sur la résolution de l’équation de ces deux nébuleuses ne réside pas seulement sur le lieu de la déclaration de guerre à l’une et à l’autre, elle est tout autant manifeste sur les impacts : au plan social, au plan économique, au plan environnemental et culturel. Le caractère asymétrique de l’agression généralisée et commune au Boko Haram et au changement climatique, laisse dire que les deux constituent des « menaces globales ». Ceci expliquerait la solennité du discours et la fermeté de ton observées dans les propos des engagements du président Paul Biya sur l’un et l’autre sujet à Paris. En revenant sur les nuisances caractéristiques et constitutives de l’insécurité que véhiculent aussi bien le Boko Haram que le changement climatique, l’expérience nous démontre que dans le domaine de l’insécurité transfrontalière, le Boko Haram choisit comme terrain d’opération de prédilection, les territoires dévastés par le surpâturage et progressivement transformés en désert par les méfaits du changement climatique. De ce constat, il apparait que le surpâturage, conséquence de la transhumance, est un allié du changement climatique dans le processus de création rapide des déserts favorables à la formation et à la mobilité des combattants du Boko Haram. Sur le plan de l’insécurité alimentaire et énergétique, liée aux méfaits de la transhumance et aggravés par le changement climatique, on note : la dégradation du sol, la perte des écosystèmes productifs, le recul de la forêt, la transformation des savanes en prairies stériles, la réduction des espaces cultivables, la migration de la faune, la destruction des berges, l’ensablement, l’envasement et la perte de profondeur des cours d’eau, la faillite des barrages, la migration et la disparition des espèces de poissons ainsi que d’autres espèces aquatiques, etc.
Occupation anarchique des terres
Au plan socio-économique, la facilitation des mouvements massifs et incontrôlés des populations, la contrebande et les trafics divers, très souvent émaillés par les violences, la criminalité et la perte des bonnes mœurs des populations d’accueil face à l’appât de la corruption, imposent généralement aux pouvoirs publics des pertes budgétaires considérables, et des sacrifices financiers importants liés aux efforts de riposte. Et pourtant, des activités susceptibles d’installer les risques énumérés ci-dessus sont menées allègrement sur le territoire national, à la grande indifférence des autorités investies des pouvoirs de défense de la souveraineté nationale. L’occupation anarchique des terres que l’on observe actuellement dans le département du Mbam et Kim et dans une moindre mesure la Haute Sanaga (Nkoteng), au détriment des populations locales « désautochtonisées », au profit des peuples venues d’ailleurs, suscite des questionnements sur les enjeux par rapport à l’intérêt national. Les mutations socioculturelles et écologiques qui se sont accélérées en quelques années dans les zones concernées, avec le soutien de certaines autorités administratives, tardent à dévoiler des motivations officielles qui découleraient d’une décision du gouvernement de la République sur la question. Et pourtant, les conséquences écologiques et socioculturelles, en terme de dégradation rapide dans cet espace géographique, résulteraient d’un concubinage entre des autorités et les peuples dit « autochtones Bororos » dont les activités auraient déjà affectées de moitié les capacités productrices des immenses terres de ces grands bassins de production agricole, ainsi que les mœurs et les traditions locales mises en mal par ces forces coalisées dans la création d’un contexte nouveau et des usages nouveaux, comparables à ceux de l’Adamaoua. Quel véritable enjeu de développement, dans ce projet que n’ont pas planifié les pouvoirs publics et qui est mis en œuvre en faveur du processus de désertification / dégradation du sol dans un espace géographique correspondant à la carte géostratégique du Khalifat de l’Adamaoua telle que dévoilée par les médias ? Cet état de chose ne pourrait-il pas indiquer, aux portes de Yaoundé, un cheval de Troie dissimulant l’expansionnisme socioculturel et territorial d’une civilisation conquérante, stratégiquement et opérationnellement subtile dans les approches visant l’extension de son hégémonie ? La coïncidence des faits entre l’invasion, dans ce département, des peuplades d’origines diverses : RCA, Tchad Soudan, Nigéria, Mali, et la mise hors service des cinq bacs qui permettaient d’accéder à différents points du territoire ciblé par l’occupation, laquelle couvre une superficie estimée à des milliers de kilomètres carrés le long du fleuve Sanaga, poseraient actuellement des problèmes sécuritaires aux populations locales, surtout aux femmes obligées de confiner leurs activités autour des agglomérations uniquement. L’indifférence des autorités locales, caractérisée par l’abandon d’un pan important de notre territoire national sous la jouissance « autonome » de civilisations agressives et aux idéologies incertaines, soutiendrait-elle l’hypothèse du risque zéro sur les probables écarts de comportement reconnus à ces derniers pour leurs prédispositions aux crimes les plus crapuleux.
Contournement des leaders visionnaires
Et pourtant, l’autoritarisme qu’exercerait « le Lion » dans le Mban et Kim, autant sur les populations et leurs chefs traditionnels que sur les responsables des sectorielles techniques locales, se rapprocherait davantage d’une application de la charia, totalement en marge des exigences de développement qui prescrivent la participation. Ce Lion, dit-on, serait aimanté par le haut, parce que maintenu à la verticale dans le commandement par le cercle de pouvoir dont certains membres, complices intéressés par l’accaparement d’immenses étendues foncières au détriment des premiers occupants, retarderaient sa mise à la retraite. Le comble des misères des populations dans ce contexte, c’est la vie chère qui fait son nid dans le Mbam et Kim, notamment dans les domaines tels que le transport : 60 F/km tarif voyageur sur la nationale n° 15; l’alimentation : 2800 F/kg truqué de viande de bœuf contenant 2/3 du poids en os ; consommation de viande de brousse vigoureusement réprimée , malgré l’existence des permis de chasse régulièrement délivrés par le ministère des Forêts et la Faune dans cette circonscription administrative, etc. Toutes ces réalités expliqueraient que prospère au sein de la population un pessimisme ôtant toutes perspectives d’épanouissement à une jeunesse locale déjà victime des égoïsmes pouvoiristes endogènes d’une catégorie d’élus politiques ombrageux et incapables de créer ou même de conduire des initiatives porteuses de progrès et susceptibles de garantir pour leur électorat, l’accès aux ressources par personne et à long terme. Cette carence apparente d’acteurs de valeur découlerait d’une stratégie de contournement des leaders visionnaires et charismatiques locaux par des sommités locales des plus insoupçonnées mais très agiles en tours d’adresse, qui viseraient ainsi à justifier le choix de personnes improvisées et incapables de résister à des compromissions de plus inacceptables, même pour le bien-être de leurs familles biologiques. Ce double choc à l’encontre d’une population jeune, démographiquement et intellectuellement évoluée, et qui malgré tout, reste motivée à relever le défi de son développement, à travers l’amélioration des pratiques traditionnelles intégrant la science et les technologies, dans des objectifs de création des richesses et de lutte contre le phénomène de désertification/dégradation du sol, laisse croire que le pouvoir est exercé au Cameroun majoritairement par des pyromanes.
Capitalisme occidental en Afrique
Si le combat contre le Boko Haram est soutenu par une mobilisation massive de tous les Camerounais à l’initiative du président de la République, la lutte contre le changement climatique semble paradoxalement réservée aux seuls ministères investis de cette mission et autres collectivités décentralisées qui pratiquent une même politique d’exclusion des initiatives communautaires, privées ou de la société civile, axées sur la participation, en guise de riposte. Seules les conceptions budgétivores et internes à leurs administrations, sous le prétexte d’arrimage aux exigences de la performance économique seraient crédibles, malgré des résultats souvent symboliques qui font suite aux attributions des marchés habituellement foireux. Soit, que les maîtres d’ouvrages prétendent tous exécuter lesdits « sur les hautes instructions de son excellence Paul Biya ». Exception faite d’une vision purement capitaliste ciblant les opportunités d’affaires qu’offrent les moyens de lutte contre le changement climatique, gagne-t-on une guerre de libération de tout un peuple contre l’occupation d’un territoire national en engageant exclusivement une poignée de « spécialistes » sans expérience éprouvée, mais payants pour combattre, et en excluant la masse des volontaires de toutes formes de participation à la riposte contre l’ennemi ? Le symbolisme des actions officielles de lutte et la publicité qui l’amplifie, pourront-ils, avec cette stratégie, atténuer les méfaits du changement climatique, un ennemi qui frappe chaque cm2 de notre territoire national. Les arrêtes inspirés au ministère des Forêts et de la Faune et au ministère en charge de l’Environnement via le ministère de l’Agriculture et du Développement rural par l’OHADA, qui serait une régulatrice du capitalisme occidental en Afrique, sont-ils appropriés pour gagner un front écologique ?



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