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INTERNATIONAL

Idriss Déby : "Il y a un déficit de la gouvernance mondiale"


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 13 Novembre 2019 modifié le 13 Novembre 2019 - 10:51


Idriss Déby : "Il y a un déficit de la gouvernance mondiale". © RFI
Idriss Déby : "Il y a un déficit de la gouvernance mondiale". © RFI
Trois chefs d'Etat africains -Idriss Déby, Mahamadou Issoufou et Félix Tshisekedi- ont pris part à l'émission spéciale du débat africain diffusé ce mercredi et organisé par RFI au cours du Forum de la paix de Paris.

Le président tchadien Idriss Déby a renouvelé ses critiques contre l'intervention libyenne en 2014, évoquant un "déficit de la gouvernance mondiale" et déplorant l'absence de prise en compte de l'avis des Etats africains.

"La chute de Kadhafi a amplifié des menaces qui existaient déjà", a souligné le président du Niger, Mahamadou Issoufou, s'alignant sur la position du dirigeant tchadien.

"Comme l'a dit le président Déby, nous, nous indexons la gouvernance mondiale. Il y a des décisions qui sont prises sans nous. La décision d'intervenir en Libye, on l'a prise sans nous. On l'a appris à la radio. C'est nous qui en subissons les conséquences (...) Maintenant il faut trouver des solutions", a expliqué le président du Niger, informant que "beaucoup d'initiatives" ont été prises.

"Il ne faut pas empêcher de dire d'où vient le mal. Le mal est venu de la Libye. Avant la mort de Kadhafi, il n'y avait pas des gens qui quittaient la Libye pour aller en Europe, des immigrés. Avant cela, les trafics de drogue, d'êtres humains n'existaient pas. Nos pays étaient en paix. Avant la mort de la Libye, le terrorisme n'existait pas mais il y a une sorte de forme de menace de citoyens de tels ou tels pays mécontents, à la recherche d'une autre solution, militaire et autre, ça, ça existait. Mais la pauvreté dans ces zones là ne date pas de la mort de Kadhafi. Ce sont des régions austères, l'austérité naturelle. Le désert", a défendu le dirigeant tchadien.

Idriss Déby a reconnu une certaine part de responsabilité des dirigeants dans cette austérité, en tant que "gérants de nos pays, ça, nous on s'assume. Nous sommes conscients que la lutte contre le terrorisme avec les armes seules ne peut pas résoudre le problème".

Il s'est insurgé contre des promesses non tenues de mobilisation de fonds. "Qu'on nous accorde le bénéfice du doute. Qu'on nous donne cet argent", a-t-il indiqué.

"Quand il a été question de lutter contre le terrorisme au Moyen-Orient, là-bas y a du pétrole, il y a tout, plus de 200 avions ont été mobilisés. Quand il s'agit de l'Afrique, les grandes puissances estiment que ce n'est pas une priorité. La réalité c'est cela. Il y a une gouvernance mondiale déséquilibrée. Les gens oublient une chose, l'Afrique est un continent qui a plus de 1,2 milliards d'habitants, c'est une force. Notre continent regorge de richesses que d'autres pays n'ont pas. Si vous voulez qu'on sorte de cette situation, il faut que l'Afrique participe à la gouvernance mondiale", a rappelé le président du Tchad.

Selon lui, "quand il s'agit de l'Afrique, l'idée générale qui passe : Oh, laissez-les, on verra plus tard. C'est une question d'ignorer les africains et de laisser les africains dans la pauvreté où nous sommes".

"Cette lutte n'appartient pas seulement aux cinq pays. La lutte contre le terrorisme est une lutte planétaire. Nous avons des solutions, des solutions d'engagement propre par nous-mêmes, en attendant la solidarité. Il y a beaucoup de gens, surtout les médias, les connaisseurs de l'Afrique, qui parlent avec beaucoup de pessimisme. Il y a parmi les chefs d'Etat africains les bons élèves, les mauvais, les dictateurs comme Déby. Je vois quelqu'un mais je ne vais pas prononcer son nom ici. Tout ça, ça appartient un peu au passé. C'est des gens qui sont un peu des vestiges du colonialisme, qui continuent à masser le cerveau des jeunes africains. Cet écho là, c'est dépassé. Aucun africain ne doit croire à cela, nous devons croire à notre force", a renchéri Idriss Déby.

S'appuyant sur la "parfaite entente" avec ses homologues africains, le président Déby a. souligné qu'il a été décidé de "ne plus attendre que les solutions viennent de l'extérieur" et de mutualiser les moyens pour "aller au devant", car, selon lui, "Boko Haram a une résilience extraordinaire. La source c'est où ? C'est à partir de la Libye".

Des propos soutenus par le président congolais, Félix Tshisekedi, qui croit en la capacité africaine. "Je me rappelle de l'armée tchadienne qui s'était déplacée au Mali et qui avait fait un travail extraordinaire", a déclaré Félix Tshisekedi. Il a toutefois appelé à "une coalition solide pour combattre" le fléau du terrorisme.