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INTERVIEW

Jean Bernard Padaré : "Il n'y a pas de rebelles au Tchad mais des narcotrafiquants"


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 8 Février 2019 modifié le 8 Février 2019 - 04:58

Le secrétaire général aux questions juridiques et politiques du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), Jean Bernard Padaré déclare dans une entretien accordé à Alwihda Info que l’intervention militaire française pour intercepter une colonne armée s’inscrit dans le cadre de la coopération militaire qui existe entre le Tchad et la France.


Le secrétaire général aux questions juridiques et politiques du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), Jean Bernard Padaré. © DR
Le secrétaire général aux questions juridiques et politiques du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), Jean Bernard Padaré. © DR
Selon lui, il n’existe pas de rebelles mais il s’agit de narcotrafiquants et de groupes terroristes qui veulent venir semer la désolation au sein de la famille tchadienne. Par ailleurs, il accuse l’opposition démocratique de pactiser avec les narcotrafiquants pour déstabiliser les institutions de la république.

Alwihda Info : Vous êtes le chargé des affaires juridiques du MPS, parti au pouvoir. La France est intervenue militairement depuis dimanche pour disperser une colonne armée que l’état-major général des armées du Tchad qualifie de groupe terroriste. Quelle est votre réaction ?

Jean Bernard Padaré : Cette intervention est en droite ligne des accords de défense qui lient la France au Tchad. Par conséquent, je trouve que cela est tout à fait normal. Il n’y a pas à dire ceci ou cela. Il ne s’agit pas, contrairement à ce que pense l’opposition, d’une affaire tchado-tchadienne. Pour nous, il n’y a pas de rébellion au Tchad. La rébellion n’existe plus puisque tout tchadien qui veut s’exprimer et qui veut conquérir le pouvoir peut le faire de manière démocratique par le biais des partis politiques qui pullulent. D’ailleurs, on a plus de 200 partis politiques. Dans le cas d'espèce, il s'agissait de narcotrafiquants, de mercenaires, de terroristes qui ont sévit en Libye.

Vous savez très bien ce qu'est devenue actuellement la Libye, c’est un refuge de tout ce que compte la bande sahélienne comme narcotrafiquants et terroristes. Ces gens pensaient que notre frontière était poreuse, ils ont tenté de s’infiltrer pour venir dépouiller nos paisibles citoyens et c’est fort logique que l’armée nationale a tenté de les disperser avec l’opération Barkane qui est actuellement au Tchad et qui combat également les terroristes et les narcotrafiquants. C’est à bon droit que cette armée française a prêté main forte à l’armée tchadienne pour combattre conjointement cette bande, cette colonne qui a tenté une fois de plus de venir semer la désolation dans des familles tchadiennes.

Cette colonne qui a été dispersée par l’armée française n'appartient-elle pas à l’UFR de Timane Erdimi ?

Je pense qu’il ne faut pas confondre les choses, il n’y a pas de rébellion au Tchad. Ceux qui s’étaient militairement opposés au gouvernement pour la plupart sont rentrés. Nous avons, à la faveur du forum national inclusif, pris une ordonnance d’amnistie qui permet à quiconque veut venir s’exprimer de façon démocratique au Tchad et qui avait pris les armes, de pouvoir rentrer tranquillement et d'exprimer son opinion.

N’est-ce pas une rébellion armée qui a des revendications politiques plutôt que des terroristes ou narcotrafiquants ?

L’opinion nationale en a assez des guerres armées. On ne peut plus après plus de 30 ans prétendre encore venir prendre le pouvoir par la force des armes. Et qui sont ces rebelles ? Il n’en existe pas. Aujourd’hui, l’amnistie est valable pour tout le monde, on peut venir ici au Tchad pour plaider sa cause et faire valoir son opinion. Je trouve sincèrement déplorable et à la fois irresponsable pour une opposition démocratique qui peine à convaincre la population d’espérer, de fonder son espoir sur des terroristes qui pourraient éventuellement venir déstabiliser les institutions de la République. On assimile l’attitude de l’opposition démocratique à la limite comme une complicité. A travers leurs déclarations, on peut qualifier cela de complicité à la déstabilisation des institutions de la République. Mais puisque on est dans un état démocratique, libre à chacun de s’exprimer et l’opinion se fera une opinion.

Le peuple tchadien saura au moment opportun sanctionner ceux qui, plutôt que de jouer le jeu démocratique, préfèrent fonder leur espoir, du moins encourager les terroristes et les narcotrafiquants qui viendraient encore semer de la désolation dans nos familles.

Que pensez-vous de ceux qui disent que l’intervention de l’armée française viole le droit international ?

Quel droit international ? Même le responsable de Survie (association française, ndlr) qui a parlé hier, vous avez suivi, a dit beaucoup plus ; que l’armée française aurait violé une loi française parce qu’elle est installée par le biais de l’opération Barkane depuis 4 mois ici au Tchad sans que l’assemblée nationale ne soit saisie ou n’ait eu à donner son avis. Puisque l’armée française est stationnée au Tchad, c’est tout à fait normal que l’armée tchadienne en cas de besoin, sollicite son appui pour combattre ou intervenir en cas de déstabilisation des institutions de la République.

Qu'attendez-vous de l'opposition ?

Je demande à l’opposition de se ressaisir, de faire son travail qui est de s’opposer à ce que nous faisons et de chercher à convaincre l’opinion nationale, au lieu de crier en disant que c’est une affaire tchado-tchadienne. Qu’est-ce-qui est tchado-tchadien ? Connaissent-ils vraiment la nature de ces trafiquants ? Qu’est-ce qu’ils veulent venir faire ? L’UFR existe où ? L’UFR a été défaite en 2008 à N’Djamena, elle n’existe plus. Qu’est-ce qu’on veut nous prouver par là ? Comment des gens qui sont démocratiques à moins qu’ils ne soient les pendants de ces trafiquants ou bien de ces terroristes. Comment peuvent-ils soutenir avec certitude que c’est une affaire tchado-tchadienne ? On doit s’interroger et chercher à savoir ce qui sous-tend cette affirmation.

Propos recueillis par Djimet Wiché.