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POINT DE VUE

L’emballage : une nouvelle religion à Djibouti


Alwihda Info | Par Farah Abdillahi Miguil - 24 Août 2018 modifié le 24 Août 2018 - 19:18


« Dit le philosophe au balayeur :
“ Je te plains. Ta tâche est bien rude et pénible ”
Et le balayeur de lui demander :
“ Je vous remercie. Et vous donc quel est votre métier ? ”
“J’étudie le comportement de l’homme, ses caractères et ses tentations”
Alors, le balayeur sourit et, reprenant son balai, lui dit :
“Moi aussi, je vous plains”» Khalil Gibran

A n’en pas douter nous ne pouvons que plaindre aujourd’hui celle ou celui qui s’aventurerait à entreprendre une étude sur une catégorie des Djiboutiens que je qualifierais des mutants. Déjà de par ses origines et sa mentalité le Djiboutien, ce nomade-citadin « défie la raison, le savoir et la mémoire » comme l’écrit si bien Omar O. Rabeh dans son dernier livre sur la mentalité nomade. Ce citoyen-mutant constitue donc un défi à toutes les sciences humaines. En effet, il serait très difficile de faire une étude sur un être humain où la corruption de l’âme pour ne pas dire la mesquinerie cohabite avec une grandeur simulée. S’intéresser à quoi il croit, la pratique de sa foi et voilà que les pistes deviennent des labyrinthes sans fin. Que dire d’un être humain qui a extirpé de sa foi ses valeurs et son humanité ?

L’emballage est par excellence, sa nouvelle religion. Faire cohabiter dans le même cœur le tribalisme qui est la haine de l’autre et l’islam qui enseigne l’amour du prochain est un de ses numéros d’équilibriste des nouveaux adeptes de cette religion. D’ailleurs, le pays des hommes « sans mémoires » a trouvé sa nouvelle religion qui est celle de « l’emballage et du camouflage ». Durant la période du Haj et le mois ramadan, la mode est celle de revendiquer sa fréquentation et/ou son appartenance à telle ou telle mosquée ou son affinité voire sa proximité avec tel ou tel Cheick comme on revendique d’habitude lors des élections son appartenance à tel ou tel mabraze ou tel ou tel parti, une appartenance souvent conjecturelle. C’est ainsi que les mosquées sont prises d’assaut ainsi que les espaces de prières aménagés à cet effet pour le mois béni du ramadan. Pourtant, dans la vie de tous les jours on dirait que ces hommes et ces femmes vous envoient une image contraire à celle qu’ils ambitionnent dans la mosquée vue leur conduite dans leur lieu de travail où la quête de la corruption devient un « ami » de tous les instants où l’arrogance est un moyen pour se protéger des citoyens. Cette catégorie des mutants est composée de deux sous-catégories à savoir les mutants citoyens ordinaires et les mutants citoyens administrateurs.

Les mutants citoyens ordinaires entretiennent « l’art de ramper » pour soutirer quelques privilèges ou quelques avantages aux mutants administrateurs et gestionnaires des biens publics. Ces mutants ordinaires sont des schizophrènes qui vomissent à longueur des journées leur venin à l’égard des mutants administrateurs qu’ils qualifient des pilleurs, de corrompus, …mais voilà que lorsqu’ils rencontrent ceux qu’ils qualifient de voleurs c’est avec le sourire et des embrassades suivi souvent d’une demande qu’ils accueillent ces derniers. Et si par hasard il s’avère que ces pourris sont de la famille ou des amis alors là, les mots commencent à être frelatés voire biaisés et les justificatifs fusent de partout. C’est ainsi que « nous tenons au vernis, à l’emballage à tous les niveaux et sur tous les plans. Sur le plan moral, par exemple, nous sommes nombreux à vitupérer contre les détourneurs des deniers publics. Nous sommes légion à fermer nos narines au passage des tenants du pouvoir et à hurler que le régime est pourri, corrompu, voleur et népotiste. Mais au fond de l’enveloppe, en grattant le vernis, nous nous découvrons rasant les murs des couloirs, hantant les bureaux de ces pourris et de ces corrompus pour solliciter un bon d’essence ou un billet de banque ou tout simplement pour demander de couvrir un détournement ou d’enrayer une action en justice contre un parent, un ami ou un complice. Une fois satisfaits, nous revêtons l’emballage, nous ressortons, brillant de tout notre vernis, pour dénoncer les pourris et les corrompus qui pillent et tuent le “ pays”. (…) Chacun de nous présente un emballage propre, un vernis de qualité. Nous constituons une société de théâtre et de cirque » Norbert Zongo.

Par ailleurs, les mutants administrateurs ambitionnent une « virginité » et une crédibilité qu’ils veulent retrouver par leurs proximités avec tel ou tel milieu religieux. Mais ces dernières années la mode prisée par ces derniers est le tourisme dans les lieux saints comme le grand pèlerinage (Haj) ou le petit pèlerinage (Oumra). Ces parades dans les lieux saints servent peut être un rachat des consciences ou probablement un moyen de calmer « la tempête sous leur crâne » éventuellement le meilleur moyen pour retrouver un respect et une caution morale auprès de la population. Avec le temps, il s’est instauré une relation de jeu de dupes entre les deux catégories de mutants où se mêlent à la fois un sentiment de haine et de mépris.

Et pendant que les deux groupes se regardent en chiens de faïence et que la majorité se terre dans un silence criminel, les écoles deviennent de voie de garages où les parents parquent leurs enfants le matin pour les récupérer en fin de matinée dans leur état antérieur. Les hôpitaux deviennent des centres où on vient pour embrasser la mort et non des lieux pour recouvrir la santé. Les passe-droits embellissent la vie de tous les jours. Pourtant, ces mutants ne sont pas des extraterrestres mais sont soient des amis, des frères et sœurs, des proches parents,…et c’est le cas de dire il y a des amitiés dont on ne peut être fier comme « il y a des parentés qu’il vaut mieux ne jamais avoir. Elles insultent la conscience. Quelles injurieuses parentés ! »

Farah Abdillahi Miguil, Président de l'ODDH



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