ANALYSE

La France face à l’auto handicap de la Centrafrique : L’impunité


Alwihda Info | Par Jean-Gualbert TOGBA - 22 Novembre 2013



Des soldats français à Bangui. Crédit photo : Reuters
Continuera t- elle à soutenir et protéger une transition dirigées par des putschistes avec du sang des centrafricains sur leurs mains? (Part 1/2)

L’histoire politique de la Centrafrique aussi mouvementée qu’une eau trouble, en 53 ans d’indépendance nous fournit un bilan assez cafardeux à suffisance pour se permettre un traitement irresponsable, source d’autres ennuis pour cette novelle République en chantier. 8 présidences dont une seule élection crédible et 4 coups d’Etat sans compter de multiples mutineries et des groupes rebelles qui s’illustrent d’une manière ostentatoire pour être parachutée en politique. A l’heure du grand nettoyage sécuritaire, nous osons croire que le coup de balais qui va être activé aura une portée assez large pour ratisser dans la classe politique, auteur du malheur centrafricain. Une trahison et une défaillance de la classe politique dans leur rôle complice dans cette boucherie humaine Centrafricaine, qui a vu un début de génocide et l’installation des groupes djihadistes installés sur le territoire centrafricain.

A événement exceptionnelle, mesure exceptionnelle

Si la France se démêle comme un diable bien que tardive car il vaut mieux tard que jamais, c’est parce que la psychose du génocide rwandais marque encore l’esprit, étant présent au moment des faits sur le territoire rwandais. Elle ne veut plus être portée en accusation sur la scène internationale. Néanmoins, sa présence en Centrafrique n’a pas aidé à éviter le coup d’Etat ni les odieux crimes et exactions de toutes sortes sous ses yeux. Refusant d’intervenir à l’appel du président déchu François Bozizé pour stopper la progression de la Séléka avec toutes sa marre d’exactions qui étaient palpables déjà dans les arrières pays, la voici aujourd’hui au premier rang pour plaider la cause centrafricaine et prendre des initiatives. Tout est à son honneur – Mais cette politique de laisser pourrir la situation et ensuite intervenir comme un héro ne tient en aucun cas de la dimension et du respect humain et crée une psychose assez dévastatrice laissant au passage des milliers d’être humain qui ne pourront jamais se relever.

Si la France a compris qu’elle doit jouer le leadership en se mouillant faute de quoi, les troupes africaines ne seront jamais impliquées comme il se le doit, face a des éléments de la Séléka qui sont complètement déshumanisés – tant mieux pour l’intervention pour abréger la souffrance de la population centrafricaine. Mais cependant, beaucoup de question reste en suspend !

Dans un précédent post en date du lundi 18 novembre 2013, intitulée le goulot d’étranglement de la Centrafrique par la communauté internationale à travers la CEEAC, la France et l’ONU, j’ai évoqué d’une part qu’elles ont aidé à la réalisation du coup d’Etat du 24 mars 2013 comme si cela n’est pas suffisant, imposent une transition décriée par la population au profit des criminels qui ont déstabilisé les institutions de la République en bafouant la démocratie, et maintenant on veut imposer les élections dans 1 an et 3 mois, chose irréalisable. Un comportement inquiétant qui nous amène à nous interroger sur les dessous de cette politique : pour quel but recherché ? Qui se cache derrière cette nébuleuse machine à tuer de la Séléka ? Bien que la résolution présentée par la France pour un déploiement urgent d’une force multinationale ait été voté au Conseil de Sécurité des Unis-Unis, l’urgence s’éteint au profit d’une tergiversation incompréhensible pendant que le pays connait une recrudescence de violence. A croire que tout est mis en œuvre pour faire durer encore le spectacle d’horreur que nous offre Michel Ndjotodia avec sa machine à tuer de la Séléka sur la population civile. D’autre part, il va de soi de dépouiller aussi de l’intérieur pour souligner l’auto handicap de la Centrafrique qui s’étouffe elle-même par le billais de l’impunité qui est devenue une normalité politique depuis l’accession à l’indépendance de la Centrafrique il y’a 53 ans maintenant.

Aucune raison valable ne peut soutenir le coup d’Etat du 24 mars 2013 moins encore, venant des hommes politiques dits démocrates, car un coup d’Etat est un coup de poignard dans les institutions démocratiques. Le déficit de vision politique à amener un bon nombre des hommes politiques centrafricains à justifier, soutenir, contribuer et favoriser la déstabilisation des institutions de la République. Quand on n’a pas de charisme politique, quand on est impatient, quand on veut être dans tous les régimes politiques et manger à toutes les sauces, quand on n’a pas les moyens moraux de ses convictions politiques, le raccourci devient le meilleur chemin, peu importe les conséquences pourvu que leur désir égotique soit satisfait. C’est la Centrafrique qui est précipitée au fond du gouffre pendant que les commanditaires comme jamais se sentent comme un coq en pate et mènent une existence confortable et douillette sur le sang des centrafricains.

L’accumulation de tout ce désordre à la gargote avait déjà rempli à satiété la marmite et heureusement pour la Centrafrique mais malheureusement pour Michel Ndjotodia, sa Séléka est de trop pour rentrer dans la marmite. Suite logique : ca déborde, ca mouille les centrafricains et ils refusent d’être mouillés. La population demande l’arrêt de l’effusion. NORMAL !

La Centrafrique n’a jamais atteint depuis son existence, un tel degré de l’incapacité au sommet de l’Etat à gouverner. De la présidence à la primature, le pays est pris en otage par trois « faux triplets » autistes, à la tête des institutions coincés dans leurs illusions éphémères politiques du pouvoir, sans état d’âme et sans scrupule.

Sous cette forme de transition actuelle imposée par la Communauté Internationale après l’élection de 2015 suivant le calendrier en cours, la Centrafrique ressemblera à du déjà vu et risquera de sombrer à jamais dans les ténèbres, signe de la fin de son existence. Les difficultés seront d’une autre importance, plus sérieuses et compliquées que les récurrents problèmes de la mauvaise gouvernance, de la corruption, de la médiocrité de ses dirigeants et j’en passe. En récompensant des délinquants institutionnels qui ont crée une organisation criminelle en association de malfaiteurs nommée la Séléka, une machine dressée pour tuer, dotée d’un instinct grégaire avec un triste bilan record dans l’histoire da la Centrafrique reconnu par l’ONU, Human Wright, les ONG œuvrant en Centrafrique, la CPI, les experts mondiaux ; la communauté Internationale se réveille mais doit avoir les dents durs pour prendre à bras le corps le problème de l’IMPUNITE qui est la cause principale de l’arrivée des aventuriers comme Michel Ndjotodia et de son prédécesseur François Bozizé dans la sphère politique centrafricaine. Autant traiter le problème à la souche afin que l’âme de la Centrafrique ait l’opportunité tant espérée de vivre en harmonie avec ses vraies valeurs et se projeter dans une espérance future au dessein prometteur. Si on veut aider la Centrafrique à sortir sa tête de l’ornière, autant faire les choses à suffisance et d’une façon sincère.

La Centrafrique ne peut pas se reconstruire, disant plutôt se construire sur un tas de ruine. Le bon sens veut que le tas de gravats composés des pestiférés qui estropient la classe politique soient déblayés afin de rendre le pays propre à la construction d’une véritable nouvelle Centrafrique. C’est une question de bon sens. Le peuple Centrafricain ne pourra pas se réconcilier avec lui-même, penser ses blessures, faire son deuil et pardonner tant que le problème de l’impunité n’est pas traité avec sévérité et fermeté dans le respect et la dignité de tous les martyrs tombés sans motifs sous la haine et le soif de pouvoir de Michel Ndjotodia et ses acolyte du FARE. Cette impunité sur laquelle les hommes politiques « swagge » depuis l’indépendance à nos jours et se croient en perpétuel armistice qu’ils s’octroient dans des accords de paix, dans des résolutions des différentes conférences Nationales confisquées au détriment du peuple. Une impunité qui est devenue une incitation à de divers crimes (tueries, détournements, corruption, coup d’Etat, assassinats, mauvaise gouvernance …).

La prétendue dissolution de la Séléka dans l’impréparation, à la va-vite et unilatéralement a fait plus de mal que du bien. En tant que mouvement fédérateur on noue fait comprendre qu’elle est dissoute, mais qu’est-ce qui en est des groupes rebelles en tant que des entités indépendantes fonctionnant d’une manière autonome avec leurs généraux et Seigneurs de guerre ?

Certes, la carapace a été cassée mais sans pour autant contenir les éléments qui étaient à l’intérieur. En un mot, le contenant, l’enveloppe, le récipient est fondu est cassé en laissant échapper le contenu qui est composé des entités groupes rebelles autonomes. C’est l’image d’un tube isolant renfermant des bactéries ou encore d’un vase clos renfermant des mouches, une fois brisée, si l’on n’a pas pris de précautions de les contenir, ca veut dire bien que volontairement l’on a voulu leur donner la liberté de s’en voler là ou elles veulent. C’est de cette façon que Michel Ndjotodia a procédé. Il a tout simplement évité de rentrer en conflit avec les généraux et chefs de guerre qui ne l’auraient sans doute pas pardonné de toucher à leur gagne pain et aurait retourné l’arme contre lui.

Il fallait faire un choix : Sauver sa peau et sacrifier les centrafricains.


Jean-Gualbert TOGBA

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