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ANALYSE

La décolonisation était pour la France une stratégie fondée sur la liquidation des hypothèques qui pèsent sur la liberté d’action du pays


Alwihda Info | Par Alwihda Info - 17 Janvier 2011

Ce fut un évènement très marquant dans les rapports franco-tchadiens. Force est de constater que cette indépendance comme celle de la plupart des pays de l’Afrique francophone ne s’est pas réalisée dans le sang comme dans le cas de l’Algérie.


Par Ahmat M. Yacoub Dabio auteur du livre "Les Relations Franco-Tchadiennes"
Par Ahmat M. Yacoub Dabio auteur du livre "Les Relations Franco-Tchadiennes"

Les peuples coloniaux assistent avec surprise au désastre de 1940. Les effets sont fortement ressentis en Asie du Sud-est, ou aux défaites en Europe s’ajoutent bientôt, les victoires du Japon qui finissent de ruiner le prestige des anciens dominateurs ; Ensuite, la charte de l’Atlantique (14 Août 1941) énonce le droit « pour chaque peuple de choisir la forme de gouvernement sous laquelle il doit vivre ».

Et c’est à cette époque que les puissances coloniales ont par calcul prévu de nouvelles formes des relations avec leurs colonies. La Conférence de Brazzaville (30 Janvier-8 Février 1944), sans avoir le caractère « révolutionnaire et décolonisateur » qui lui sera prêté par la suite, remet en cause l’organisation passée en se donnant pour programme «  de déterminer sur quelles bases pratiques pourrait être progressivement fondée une communauté française engobant les territoires de l’Afrique noire ».

Pour mieux s’adapter à la nouvelle donne, la France a procédé à la réforme de sa Constitution en octobre 1946 qui institue « l’union française, fondée sur l’égalité des droits et des devoirs »1

Après cet évènement constitutionnel en France, les Tchadiens participèrent pour la première fois à des élections en désignant leurs représentants aux Assemblées constituantes (1945-1946) puis à l’Assemblée nationale française (1946). La lutte en faveur de l’indépendance eut un aspect politique, sous l’égide de Gabriel Lisette, fondateur du Parti progressiste tchadien (PPT), section du RDA, en 1946, puis sous  celle de François Tombalbaye. Les désaccords entre les deux hommes, les antagonismes religieux et régionaux, accentués par la colonisation, déchirèrent le pays. Les Tchadiens approuvèrent à 98 % le projet de Communauté française lors du référendum de 1958 Après soixante années de domination française et après tant de tractations, de consultations entre les autorités coloniales et celles du Tchad, le pays accéda à l’indépendance le 11 Août 1960. L’indépendance fut proclamée par le premier ministre de la République du Tchad M. François Tombalbaye.

Ce fut un évènement très marquant dans les rapports franco-tchadiens. Force est de constater que cette indépendance comme celle de la plupart des pays de l’Afrique francophone ne s’est pas réalisée dans le sang comme dans le cas de l’Algérie.

Mais il faut aussi reconnaître que cette transition pacifique est intervenue grâce à la nouvelle donne en France c'est-à-dire après la chute de la IVe République le 13 mai 1958 et avec l’arrivée au pouvoir de Charles de Gaulle. C’est incontestablement une rupture politique de grande ampleur qui s’opère dans l’histoire nationale et aussi coloniale de la France. Le 13 mai 1958 met fin à une histoire politique de la France organisée autour de la conception parlementaire de la République, née en 1877, et poursuivie, au-delà de la parenthèse vichyste, sous la République restaurée en 1944. Il se dresse désormais un pouvoir exécutif fort aux mains d’un Président de la République aux pouvoirs étendus1.

3/ La position de la France par rapport à la décolonisation ?

L’indépendance des pays d’Afrique francophone fait partie de la stratégie du Général de Gaulle qui a voulu mettre sur les rails une nouvelle France, en mesure de jouer un rôle mondial de premier plan. C’est une stratégie internationale pour la France fondée sur la liquidation des hypothèques qui pèsent sur la liberté d’action du pays, c’est une pratique qui consiste à se faire le porte-parole du monde international. La France de la 5ème République occupe une place importante dans le monde des années soixante et contribue à remettre en cause un ordre international que la Seconde Guerre mondiale paraissait avoir figé.

Il ne faut pas aussi perdre de vue que le 5ème Congrès panafricain de Manchester (1945) a joué un rôle important sur la décision de la décolonisation en affirmant avec force le droit à l’indépendance et la volonté de libération, même par la violence.

Même si la loi-cadre Deferre de 1956 avait préparé l’évolution de l’Afrique noire vers une certaine autonomie, le général de Gaulle était bien décidé à poursuivre dans la même voie, conscient qu’il était inéluctable le processus de décolonisation et   la France se trouvait dans l’impossibilité   d’affronter en même temps plusieurs guerres d’émancipation. Dès son arrivée au Pouvoir, ses intentions sont claires sur ce point : « En reprenant la direction de la France – écrira-t-il dans les Mémoires d’espoir – « j’étais résolu à la dégager des [contraintes] astreintes, désormais sans contrepartie, que lui imposait son Empire ».

Ce qui est sûr, dans les territoires francophones situés au sud du Sahara, les problèmes à résoudre sont, il est vrai, moins ardus!! que ceux auxquels il a fallu faire face en Indochine et dans le Maghreb. Pas de mouvements nationalistes aussi anciens, ni surtout aussi puissants que dans ces deux secteurs de l’Empire. Pas davantage de fortes minorités européennes, pesant sur les choix gouvernementaux et constituant un enjeu difficilement contournable. En revanche, les élites locales fortement francisées exercent ici une influence sur les autochtones qui favorise le maintien des liens privilégiés avec la métropole. Si bien que l’essentiel a pu se jouer entre un petit nombre d’acteurs : les cadres des partis politiques organisés, des groupes numériquement faibles de colons rarement implantés de manière durable et les représentants des instances gouvernementales françaises.

Le système mis en place par la loi-cadre Defferre fonctionnait dans l’ensemble de manière satisfaisante. Il généralisait le suffrage universel et fusionnait les deux collèges destinés à élire les assemblées territoriales, désormais autorisées à voter le budget et à légiférer sur des matières locales. Elle créait dans chaque territoire un exécutif élu par l’assemblée territoriale et présidé par le gouverneur, mais dont le vice-président, issu des rangs de l’assemblée, était en général une personnalité prestigieuse : Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire, l’Abbée Fulbert Youlou au Congo, Sékou Touré en Guinée, etc. Enfin, elle



ouvrait largement l’accès de la fonction publique aux indigènes.

Ces réformes démocratiques n’ont pas détourné les leaders africains de l’aspiration à l’indépendance. Les deux grandes formations politiques, le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) de'Houphouët Boigny et le Parti du Regroupement Africain (PRA) du Sénégalais Léopold Senghor la réclament avec insistance dès 1957, le premier concevant l'association avec la France dans un statut prévu par l'article 88 de la Constitution. Il ne faudra que deux ans pour que vole en éclats le bel édifice communautaire. Les premiers à réclamer leur indépendance sans rupture avec la Communauté seront le Sénégal et le Soudan de Modibo Keita fusionnés en janvier 1959 en une République du Mali. Sous l'influence de Michel Debré le Général De Gaule finit par accepter d'adapter la Communauté plutôt que de la voir dissoudre. Les autres Etats réclamant l'un après l'autre l'indépendance dans les mêmes conditions, la Loi constitutionnelle du 4 juin 1960 ajoute à l'article 86 un alinéa prévoyant que tout membre peut, "par voie d'accords, devenir indépendant, sans cesser de ce fait d'appartenir à la Communauté". Tous, exceptée la Guinée, vont  choisir de rester dans la Communauté, Ces Etats vont signer avec la France des accords bilatéraux de coopération et devenir membres de l'ONU. En 1961, les institutions communautaires disparaissent.

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1Jean-Louis Miège, Expansion européenne et décolonisation de 1870 à nos jours, Presse universitaire de France 1973, p.310