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ANALYSE

La gestion de l'après Djotodia : Les erreurs à ne plus commettre


Alwihda Info | Par Clément Anicet Guiyama-Massogo - 13 Janvier 2014


Clément Anicet GUIYAMA-MASSOGO, Enseignant-chercheur, Doyen de la FLSH, Université de Bangui.
Clément Anicet GUIYAMA-MASSOGO, Enseignant-chercheur, Doyen de la FLSH, Université de Bangui.

Par Clément Anicet GUIYAMA-MASSOGO, Enseignant-chercheur, Doyen de la FLSH, Université de Bangui

A juste titre, tous les Centrafricains ont été invités à s’investir dans la gestion de l’étape actuelle de leur histoire, après qu’une page sombre, que dis-je, très sombre, de leur histoire ait été tournée avec la démission vendredi 10 janvier 2014 d’une partie du triumvirat qui était à la direction du pays. De manière légitime, toute la population s’est réjouie de cette décision obtenue au forceps à l’issue du constat amer de l’échec de la transition lors du sommet des Chefs d’Etat de la CEEAC à Ndjamena. Car, le pays n’avait jamais connu une telle tragédie et en attendant qu’une évaluation exhaustive des dégâts sur tous les plans causés par cette gestion calamiteuse de la R.C.A sous Djotodia soit faite, il est manifeste que tous les Centrafricains sans exception ont, directement ou indirectement, souffert dans leur chair de cette situation dont il fallait sortir de toute urgence.

Dans la mesure où pour obtenir cette démission il a fallu une forte implication des amis de la R.C.A, il est aussi convenable d’exprimer à toutes les personnalités et institutions ayant œuvré pour cela notre sincère gratitude : naturellement le gouvernement français en tant que maître d’œuvre de l’opération, le Président et le gouvernement du Tchad, la CEEAC, la CEMAC, le commandement de la MISCA, les Nations Unies, l’Union Européenne, les USA et les ONG internationales. Il est surtout important d’adresser une motion spéciale aux Conseillers Nationaux de Transition qui ont fait le déplacement de Ndjamena et qui ont eu l’intelligence et le courage de sauver in extrémis ce qui restait encore de l’orgueil et de l’honneur d’être Centrafricains dans cette circonstance exceptionnelle.

Cela étant fait et dit, il ne faut pas se voiler la face et reconnaître tout de suite que le plus dur reste à entreprendre et c’est là que nous sommes davantage attendus. Des propos qui sonnent encore dans mes oreilles sont là pour le rappeler avec force : ‘’jusqu’à quand les Centrafricains vont-ils continuer à nous perdre notre temps et à se complaire dans l’interventionnisme extérieur ?‘’ (SG de la CEEAC traduit par moi sans trahir l’essentiel). Et si une fois dans notre histoire nous ne devons pas nous offusquer des vérités qui blessent mais considérer que c’est une manière amicale sinon fraternelle (ne dit-on pas : ‘’qui aime bien châtie bien’’ !) de nous rappeler à nos responsabilités que nous ne prenons toujours pas comme il faut au moment qu’il faut à cause de notre propension aux querelles intestines et surtout à nous détourner volontairement des voies auxquelles tout le monde recourt ailleurs, je crois que nous aurons fait un pas de géant. Quand on fait appel à notre génie propre de nous en sortir, c’est sans doute à cela qu’on fait allusion.

En effet, au-delà de la désignation en toute responsabilité des personnalités qui doivent diriger à nouveau la transition, il est évident que c’est à notre capacité à trouver les solutions idoines aux nombreux défis auxquels notre pays est confronté aujourd’hui qu’il est fait référence. Car, c’est vrai que ce n’était pas fondamentalement une question d’hommes mais davantage d’hommes capables d’être à la hauteur de la tâche et des responsabilités. Et sans verser dans le providentialisme, de tels hommes à la tête d’un pays sont le gage de la réussite puisqu’il leur revient d’impulser le processus du changement par le haut à partir d’une vision claire et de choix raisonnés. Autrement dit, pour ma part je suis convaincu qu’au centre des difficultés de notre pays, il y a plutôt une question de leadership d’où devait découler tout le reste. Ceux qui indexent la mauvaise gouvernance ne disent pas autre chose que ce que je dis.

Il n’est pas superflu de rappeler que dans le contexte actuel d’aggravation de la situation du pays sur tous les plans, les principales difficultés auxquelles nous devons faire face sont les suivantes :
  • Réussir la reconstitution du vivre-ensemble inter-communautaire dans le cadre d’un processus d’évaluation des préjudices, de réparation des dits préjudices, de réconciliation sincère et de paix durable mais aussi de définition claire des fondements juridiques du vivre-ensemble dans l’avenir de manière à aller dans le sens véritable d’une culture de la paix comme soupape de sécurité de ce vivre-ensemble.
  • Refonder une armée nationale républicaine capable de prévenir et de faire face efficacement à tous les périls actuels et à venir du pays, en commençant par le péril de la dislocation de l’intégrité du territoire national.
  • Rétablir l’Etat démocratique dans ses fondements détruits et viabiliser les institutions affaiblies de cet Etat pour leur faire jouer effectivement leur rôle en ce qui concerne notamment la protection de la personne humaine et des biens sur toute l’étendue du territoire national, la lutte contre l’impunité, la corruption, le tribalisme et le népotisme, la promotion du travail bien fait, du civisme et du patriotisme .
  • Reconstruire l’administration sur toute l’étendue du territoire national et assurer son fonctionnement minimum, surtout dans les secteurs sociaux clés que sont l’éducation, la santé et l’emploi des jeunes mais aussi des secteurs productifs des infrastructures, de l’agriculture, de l’élevage, des Eaux et Forêts et de l’exploitation des ressources du sous sol.
  • Relancer l’économie nationale et rechercher les financements nécessaires aux différentes opérations de rétablissement de l’Etat et de reconstruction de l’administration
  • Mettre en œuvre une politique agissante de coopération et de relations internationales au service des intérêts du pays.
  • Élaborer un nouveau plan stratégique de développement et de stabilisation du pays à partir des atouts réels et potentiels qui existent mais surtout d’un nouveau diagnostic de la situation du pays.
La liste n’est pas exhaustive mais les points critiques évoqués ci-dessus permettent sans doute d’accréditer l’idée selon laquelle il faut des dirigeants capables pour exercer les hautes fonctions de la direction du pays dans la conjoncture actuelle. Il ne peut en être autrement quand on sait que la réussite dans les autres pays qui force souvent notre admiration procède essentiellement de cette logique. A contrario, pour avoir feint de l’ignorer ou d’avoir singé avec cette logique, il nous est arrivé ce que nous déplorons tous et qui fait de nous la risée des autres.

Ce postulat étant posé, j’aborde mon sujet proprement dit en défendant l’idée selon laquelle la première erreur que nous devons absolument éviter dans la phase actuelle est de faire encore le choix d’hommes incapables. Dans le communiqué final de Ndjamena et dans la presse, on a mis en cause la passivité des autorités de la transition qui ont été débarquées. En réalité c’est de l’euphémisme sinon un langage diplomatique que de parler de passivité puisqu’il s’agissait ni plus ni moins d’incapacité. Le Président de Transition, le Premier Ministre et le Président du CNT étaient déjà incapables de s’entendre malgré les subterfuges destinés à la communication publique, ce qui est un handicap majeur pour un pays qui était en transition et qui avait besoin d’un minimum de compromis dynamique pour avancer. Plus profondément, le Président de la Transition qui avait peut-être des qualités intrinsèques ne s’est pas moins révélé un incapable à gérer les affaires de la Cité. Arrivé sans vision de son action à la tête du pays et sans préparation suffisante ( il avouera d’ailleurs avoir reçu le pouvoir comme une fortune de la divinité malgré tout le temps qu’il a passé dans la lutte pour la conquête du dit pouvoir), son action se résumera à l’organisation des audiences publiques à l’issue desquelles des billets de banque devraient être distribués. Il excédera aussi dans la démagogie en croyant endormir le peuple par les promesses mirobolantes du déchaînement d’un flux d’argent sur le pays au lieu de se pencher résolument sur la sécurisation et la relance du secteur de production de la richesse nationale qui devraient lui permettre d’atténuer les effets néfastes à long terme de la politique de la main tendue aux pays voisins pour assurer les dépenses de souveraineté. Au final, sa seule ligne de défense consistera dans les anathèmes à l’encontre de l’ancien régime qu’il avait renversé et dont il a malheureusement reconduit toutes les tares comme le népotisme, le tribalisme, le régionalisme et la gestion opaque pour les amplifier. Un bilan de cette période devrait être fait et au-delà, on devait écrire sur l’épisode Djotodia pour ne pas que tout ce qu’il a fait reste dans les oubliettes de l’histoire de notre pays.

Quant au Premier Ministre de Transition qui a bénéficié au départ d’un préjugé très favorable, il s’est vite révélé aussi un incapable à conduire les destinées du pays. Evidemment je n’ai pas l’intention ici de lui dénier sa qualité de brillant avocat reconnue unanimement en Centrafrique et ailleurs mais ce qui est mis en cause ici, c’est plutôt sa capacité à assumer la lourde responsabilité qui lui a été confiée dans la phase particulière de l’histoire de notre pays. En plus de la propension à entretenir le conflit avec le Président de Transition qui était contre productif au regard des enjeux en présence, il semble que le Premier Ministre a eu l’handicap de l’impréparation politique. Il venait certes de créer un parti politique mais je suis persuadé que la non maîtrise des arcanes de la scène politique sinon sa confusion avec le prétoire n’étaient pas de nature à l’aider dans cette fonction qui, avec celle d’un Chef d’Etat, sont d’abord des fonctions politiques sinon éminemment politiques.

A l’appui de ma thèse, je rappelle simplement que dans les pays avancés voire non loin de chez nous, on ne s’improvise pas dans ce genre de rôle auquel une longue formation sinon initiation est toujours nécessaire. C’est d’ailleurs ce qui penche certains politistes ou politologues à définir la politique non comme un art mais comme une science, celle de tisser les passions et gérer avantageusement les contradictions. Et on le voit bien dans les pays cités en exemple, les contradictions ne font pas défaut mais le génie des hommes politiques réside dans leur capacité à les juguler, toujours dans l’intérêt supérieur du pays.

Cela suggère clairement que liée à la première, la seconde erreur qu’il faut absolument éviter est de conjurer l’impréparation. Je suis conscient que nous n’avons pas eu notre Sciences Po, notre ENA, notre Oxford, notre Cambridge ou notre Harvard qui auraient assuré une telle préparation, encore qu’il aurait fallu y penser et il y a sans doute urgence de combler un tel vide dans le cadre d’une reformulation en profondeur de notre système d’éducation et de formation en fonction des besoins réels du pays dans ce domaine. A cela s’ajoute l’inexistence d’écoles au sein des partis politiques de notre pays qui auraient supplée valablement à ce vide, si bien qu’en réalité le champ est largement ouvert à l’amateurisme au détriment du professionnalisme.

Dès lors, il n’est pas étonnant de constater, malgré certaines protestations et des exceptions qui assoient la règle, que la classe politique ait brillé par son inaction pendant ces moments difficiles. Au-delà du Chef de l’Etat de la Transition et du Premier Ministre, les exemples d’incapacité étaient d’ailleurs légion dans le gouvernement à un moment où il aurait fallu des gens capables de défendre les intérêts du pays et faire avancer les choses. On devrait aussi évaluer, à mon humble avis, l’impact positif ou négatif de la plupart des partis politiques de notre pays sur l’advenue des difficultés auxquelles nous sommes confrontés afin de déterminer si on devait ou non continuer sur le chemin que nous avons emprunté jusque là consistant à fonctionner avec une pléthore de partis politiques qui sont comme des fonds de commerce de leur leader et qui ne sont pas loin d’être des coquilles vides.

La question se pose déjà avec insistance dans la presse de savoir où dénicher la perle rare qui viendra sauver le pays. C’est une vraie question qui sollicite toute notre attention et surtout tout notre sérieux. D’autant plus qu’en relation avec cela, il y a des voix qui s’élèvent déjà pour dire qu’il faut aussi rompre absolument avec l’illusion dans laquelle nous avons baigné jusque là et qui consistait à s’imaginer qu’on peut faire du neuf avec du vieux. Si on élimine tous ceux qui se sont compromis de quelque manière que ce soit dans le passé, tous ceux qui devraient prendre leur retraite politique ou leur retraite tout court comme certains journalistes en ont évoqué la perspective avec justesse, du coup la liste des candidats va se réduire considérablement. Mais la perle rare devait satisfaire à quelles conditions pour faire l’affaire dans le cas Centrafricain présent?

L’histoire a montré que les gens bardés de diplômes n’étaient pas toujours aptes à faire mieux en matière de gestion de la chose publique tandis que les moins diplômes y réussissaient parfois mieux. Ces faits historiques vécus en Centrafrique même devraient ne pas être perdus de vue. Ils signifient qu’il n’y a pas un déterminisme absolu concernant le profil de l’homme capable de conduire la destinée d’un peuple puisque la fortune y intervient aussi comme le théorisait déjà Machiavel. Il n’en demeure pas moins qu’en accréditant l’idée de ‘’fonctionnements politiques reconnus ‘’ (d’aucuns parlent de politiquement correct ou de fonctionnement politique normal qui font l’objet d’évaluation par les pairs entre autres), les théoriciens de la politique moderne et contemporaine infèrent qu’il y a bel et bien des critères voire des indicateurs à partir desquels il est possible de juger cette normalité sinon ce caractère correct. De la même manière, si on ne peut pas s’attendre qu’un homme politique réunisse toutes les conditions pour être jugé capable, au moins il y a un minimum de qualités dont il doit être nanti pour mieux réussir sa mission de service public. J’ai la faiblesse de penser à celles qui suivent mais qui n’engagent que moi bien sûr. Il s’agit de :
  • Connaître l’essence de la politique, ses finalités, ses formes d’action et ses enjeux. Evidemment, cela ne veut pas dire qu’il faut avoir ingurgiter tous les traités de philosophie politique, de sciences politiques ou de sociologie politique des auteurs éminents que sont Platon, Aristote, Machiavel, Bodin, Max Weber, Robert Dahl etc., encore que l’avoir fait est incontestablement un plus ! Mais avoir au moins fait sa classe politique au sens d’une connaissance de base du métier d’homme politique ou d’une culture politique élémentaire. Pour la bonne raison qu’il en est de la politique comme il en est de tous les métiers, il faut un minimum de savoir préalable pour ne pas être à la merci des seuls conseillers. Ce savoir préalable a l’avantage de disposer l’individu à ne pas confondre la politique avec ce qu’elle n’est pas (les affaires privées par exemple) et à se préparer à affronter les dangers de la politique qui est un champ de combat sinon d’affrontement des intérêts. En outre, l’homme étant au cœur de l’action politique, la connaissance de la politique favorise une connaissance de l’homme.
  • Avoir une vocation pour la politique dans la mesure où il est ici question de don de soi, de sacrifice pour une cause supérieure, à l’instar du chef religieux qui se donne pour racheter les âmes. Il y a une passion politique qui engage les hommes à ne pas rester indifférent, à agir et quand on n’a pas cet engagement, il n’est pas évident qu’on y réussisse. La passion politique dispose à persévérer dans les moments difficiles et à toujours poursuivre son idéal du bonheur collectif.
  • Etre davantage un meneur de groupe et un manageur. Comme mentionné ci-dessus, il s’agit d’organiser le vivre-ensemble et tout seul on ne peut y arriver. L’homme politique capable est celui qui sait s’entourer de bons experts et qui sait déléguer en ayant cependant la main sur les principaux leviers.
  • Avoir une ouverture d’esprit, une grande capacité d’écoute et un sens du discernement pour éviter les pièges des courtisans zélés. Car, il devra souvent arbitrer, trancher dans des situations limites et il n’y parviendra qu’en ayant une aptitude à cerner rapidement les vrais problèmes et les solutions pertinentes afin que ses décisions soient toujours éclairées et efficaces.
  • Avoir un sens de la rigueur mais également des compromis dynamiques.
  • Avoir un comportement éthique exemplaire, une force de caractère et être capable de transcender les particularismes pour ne s’attacher qu’à l’intérêt général.
  • Par-dessus tout, aimer son pays et avoir administré la preuve d’une volonté de le servir du mieux possible.
Ces quelques éléments de définition de l’homme politique capable ne sont peut-être pas une panacée, ils n’en représentent pas moins les caractéristiques communes à ce genre de personnages qui rentrent dans l’histoire de leur pays ou au-delà comme Léopold Sédar Senghor au Sénégal, Thomas Sankara au Burkina Faso et Nelson Mandela en Afrique du Sud. C’est dire que c’est ce genre de personnages que la République Centrafricaine attend depuis et qu’il doit se donner au tournant actuel de son histoire. Pour moi, c’est loin d’être un rêve puisque dans le contexte actuel il me semble que nous n’avons pas d’autre choix si nous voulons absolument nous en sortir définitivement.

Des manifestants appelant à la démission de l'ex président de la Centrafrique, Michel Djotodia, le 10 janvier près de l'aéroport de Mpoko, à Bangui. | AFP/ERIC FEFERBERG
Des manifestants appelant à la démission de l'ex président de la Centrafrique, Michel Djotodia, le 10 janvier près de l'aéroport de Mpoko, à Bangui. | AFP/ERIC FEFERBERG
Sur la base d’un tel argument, il est clair qu’il nous faut ne pas suivre du tout ceux qui, comme cet expert de Crisis Group sur RFI vendredi soir, ont proposé que la gestion du pays soit confiée à un tandem de religieux. C’est aussi une des erreurs qu’il faut absolument éviter. Pour la bonne raison que même si les dignitaires religieux de Centrafrique ont joué un rôle remarquable dans les moments difficiles vécus par le peuple, il faut considérer qu’ils n’étaient que dans leur rôle et qu’ils n’ont pas besoin d’être récompensés par un pouvoir qui leur serait offert sur un plateau alors qu’ils ne sont nullement préparés à l’exercer. Non pas que je leur dénie aussi toute culture politique basique, mais que fondamentalement il ne faut pas perdre de vue que la politique est du domaine public alors que le religieux relève de la sphère privée. Cette distinction qui a fondé ce qu’on appelle la laïcité de l’Etat et qui a enclenché le processus de modernisation de la politique dans les pays avancés ne devait plus être ignorée chez nous depuis que la religion est devenue une source de conflits inter-communautaires.

Dans mes anticipations des situations que nous vivons actuellement et dans lesquelles je n’étais malheureusement pas suivi, j’avais insisté en 2009 lors du Dialogue Politique Inclusif pour que les contours de la laïcité inscrite dans notre constitution soient bien clarifiés pour éviter les incursions du religieux dans le politique auxquelles nous assistions régulièrement sous les différents régimes de Kolingba (journée de jeûne), de Patassé et de Bozizé (journée de prière).

Sans doute que l’apport de la religion à la moralisation de la société est indéniable mais si nous voulons absolument aller à la modernité politique, il me semble que nous n’avons pas un autre choix que de cantonner le religieux dans la sphère privée qui est la sienne. Il en est de même pour nos relations difficultueuses avec nos frères venus du Tchad et d’ailleurs qui auraient pu être réglées dans le cadre de la problématique de la citoyenneté ou de l’identité nationale mais dont l’ampleur avait été minimisée par les tenants du pouvoir de l’époque parce que les personnes qui posaient ces problèmes pourtant essentiels dans la recherche d’une paix durable n’étaient pas de leur bord politique pour être écoutées.
D’ailleurs, avons-nous jusque là l’inclination sinon la patience de nous écouter et de prendre en compte la force des arguments des uns et des autres ? Une autre erreur à ne plus commettre, surtout que la recherche de la perle rare ne sera pas aisée de mon point de vue.

Fondamentalement donc, se pose la question du mode de désignation de ce nouveau Chef d’Etat de Transition qui, à son tour, nommera un Premier Ministre. Qu’on se souvienne que pour être désigné par acclamation (et non élu !), M.Djotodia s’était inscrit sur la liste des Conseillers Nationaux de Transition qu’il a cumulé avec celui de Chef d’Etat de la Transition jusqu’à son départ forcé (exactement comme Bozizé qui était à la fois Député et Chef de l’Etat). Cela signifie t-il que c’est essentiellement du sein du Conseil National de Transition que devait émaner ce nouveau Président de la Transition ? Je n’ai pas la Charte de la Transition sous les yeux dans ma posture actuelle de déplacé mais sans sous-estimer les compétences dont regorge cette institution et qui malheureusement ne lui ont pas permis de jouer pleinement le rôle qui lui revenait dans cette phase de l’histoire de notre pays pour les raisons qu’on connaît, je pense que si nous voulons donner toutes les chances à notre pays de sortir grandi du choix de son nouveau Président de Transition, on devait dépasser ce cadre réduit dont la configuration actuelle ne reflète d’ailleurs plus l’évolution de la situation du pays, encore moins les rapports de force en présence.

En effet, il me semble qu’il faut absolument éviter non plus l’erreur mais la tricherie de faire de cette désignation l’affaire d’une coterie sinon d’un groupe d’intérêts puissant qui ferait tout pour placer une personnalité à sa dévotion et manipulable à souhait. Pour que la démarche ayant abouti à Ndjamena au report de la désignation de cette personnalité en dehors du pays ait tout son sens, je crois qu’il faut mettre en avant un processus participatif sinon une vaste consultation nationale autour de cette désignation ou élection. Et si c’est une élection, pourquoi ne pas susciter des candidatures autour desquelles se ferait cette consultation ? Comme cela est écrit sur la toile, des candidatures sont déjà déposées dont celle du Président du CNT mais uniquement des personnalités du CNT. Les forces vives de la Nation doivent saisir cette opportunité pour faire valoir leur point de vue sur cette importante question, surtout que dans la Charte constitutionnelle de transition, rien n’est déterminé à l’avance selon ce que j’en sais. Je crois qu’aux niveaux de toutes les catégories socioprofessionnelles (enseignants du supérieur, magistrats, avocats etc) et des organisations syndicales, les gens devaient se réunir pour se prononcer rapidement sur cette question en toute responsabilité.

Je dis rapidement parce que je suis conscient qu’il faut faire vite et je crois qu’on peut y arriver avec un peu de bonne volonté. En tout cas à l’Université de Bangui, le corps académique désormais organisé dans la cellule de réflexion qui a été mise en place la semaine dernière apportera sans doute sa contribution à la recherche des solutions durables aux problèmes qui se posent au pays. Et justement la dernière erreur qu’il ne faudra peut-être plus commettre, c’est de ne pas prendre en compte les avis de l’élite intellectuelle de ce pays dont les contributions multiformes devraient toujours être recherchées comme cela se passe dans tous les pays qui ont réellement la volonté de se développer.