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POINT DE VUE

Les incendies au Tchad : phénomène naturel ou mythique ?


Alwihda Info | Par Bahar Tidjani - 17 Mars 2022

Ces derniers temps, nul n’ignore les incendies et feux qui se déclenchent dans diverses contrées du pays. La gravité du phénomène n’a épargné ni les villes et moins encore les villages. Par le passé, les incendies sont souvent considérés comme des accidents qui peuvent se passer suite à des négligences ou par inattention de la part des victimes eux-mêmes. Cependant, si on s’aperçoit que le phénomène se répète et progresse dans l’espace, peut-on le mettre sur le dos du naturel ? c’est-à-dire en l’attribuant aux causes connues : négligences et manque d’attention. Le problème est donc plus profond qu’on ne le pense et nécessite une réflexion tant du côté des scientifiques et du citoyen lambda. Raison pour laquelle, je souhaiterai partager avec vous ma réflexion sur ce qui se passe actuellement au Tchad, en l’occurrence les incendies à répétition.


Les incendies au Tchad : phénomène naturel ou mythique ?
Les incendies de manière générale peuvent avoir dans la plupart de temps des causes anthropiques. Les activités humaines qu’ils soient industrielles ou artisanales sont à l’origine du déclenchement du feu et par la suite s’en suit une propagation pour aboutir aux incendies, qui sont néfastes tant pour la vie humaine et pour l’environnement. Ce phénomène n’a pas la même portée qu’on soit dans une ville ou village. Les causes anthropiques des incendies sont souvent classées dans le registre du naturel et cela ne fait pas débat compte tenu de la régularité du phénomène. Le Tchad ne fait pas exception à cette règle et les gens comme on l’a remarqué souvent viennent en aide aux voisins victimes et présente leurs compassions, chose tout à fait normal. Ce comportement a créé chez les Tchadiens une sorte d’acceptation de la chose et à chaque fois que cela arrive on adopte une attitude mythique vis-à-vis des incendies. Cette posture crée à la longue une sorte de lassitude préjudiciable à la gestion rationnelle du phénomène des feux et incendies. A-t-on le droit d’adopter cette posture tout le temps et en toute circonstance. Je ne pense pas que cela serait la bonne attitude à adopter car il faut s’adapter au contexte de la ville, de ses installations et rechercher les causes profondes avant d’en conclure sur une quelconque cause. De fois, il faut aller plus loin au point d’en commander une expertise de la part des spécialistes. Malheureusement au Tchad, les assurances feux et incendies n’existent que de nom sinon la conduite de cette expertise est une obligation légale avant de prétendre une quelconque dédommagement. Sur ce point, on voit bien l’intérêt du bon fonctionnement du système d’assurance car il permet d’expertiser les causes et prendre à l’avenir des mesures idoines.

Les feux et les incendies peuvent tout à fait avoir d’autres causes en dehors de ce qui est causé par l’homme lui-même. Les évènements climatiques extrêmes tel que le réchauffement climatique sont eux aussi à l’origine des feux et donc des incendies. Ce phénomène de feu causé par le climat a été observé dans beaucoup des pays. Chaque année des forets entiers brule et l’exemple le plus parlant est les forets français. Le Magreb n’en fait pas exception et à titre d’exemple l’été passé, l’Algérie a subi de plein fouet l’ampleur du phénomène des feux et au point où des origines criminelles sont recherchés. Cet état des choses justifie pleinement le lien entre réchauffement climatique et incendies. Si l’on revient au cas du Tchad, pays sahélien et de surcroît dominé par un climat chaud toute l’année, peut-on s’en passer du phénomène des feux d’origine climatique ? la réponse est évidente à mon avis, dans la mesure où au Tchad l’on enregistre les températures avoisinant les 45°C pendant la période Mars-Avril. Cette distribution de la température n’est pas homogène partout au Tchad et le Nord enregistre surtout des températures plus élevés. Avec le dérèglement climatique, cet ordre peut s’inverser. Autrement dit, on peut difficilement prévoir la météo et au Tchad vu la défaillance des services météorologiques, l’on ne peut qu’assister au phénomène mais pas le prévoir. Il est évident que ce réchauffement climatique serait à l’origine des feux et incendies observés ces derniers temps au Tchad car le pays ne fait pas exception à la règle. Dans ces conditions, il faut plus se tourner vers les modalités de gestion de cette crise climatique que d’adopter une attitude mythique ou se créer un alibi pour baisser les bras et attendre le secours du ciel. Si ces feux étaient d’origines criminelles, l’on le saura très rapidement et de plus on ne le voit pas évoluer de manière phénoménal en espace et en temps.

A mon humble avis, les origines des feux au Tchad sont claires et il s’agit bien du réchauffement climatique. Si vous l’avez remarqué les brouillards de ces derniers temps n’étaient pas observés auparavant à la même période. Y-a-t-il un lien entre ces brouillards et les feux ? les services météorologiques, « s’il en existe encore » sont bien placés pour apporter des réponses.

Je voudrai avant de terminer ma réflexion, formuler quelques pistes des solutions pour gérer au mieux les crises climatiques dans notre pays de manière générale. Ensuite, je fais un focus sur les cas des feux et incendies.

En ce qui concerne la gestion des crises climatiques :
Dans un premier temps, il faut que les services météorologiques soient équipés des moyens scientifiques de prévision. Etant donné que la prévision est l’outil de base pour gérer les crises climatiques (brouillards, feux…), il faut mettre en place des modèles de prévision en temps réel pour informer les gens de la situation météo du pays. S’il va faire chaud on le saura et de même pour les brouillards. Car actuellement les outils disponibles au Tchad sont archaïques et ne répondent à aucune norme, donc il y a urgence.

Il faut mettre en place des observatoires pour mener des études sur le climat et ses évolutions futures à l’échelle du Tchad. Qu’on ne soit pas surpris par un quelconque phénomène climatique car cela a été prédit et des mesures étaient déjà envisagées pour ces scénarios.

Pour ce qui est des incendies et feux de ces derniers temps, découlant bien évidemment de l’effet du réchauffement climatique (voir ci-dessus), il faut mettre en place les mesures suivantes :

Tout d’abord, le gouvernement doit prendre en main l’affaire en sortant du mythe et en reconsidérant les causes de ces incendies. Il s’agit de mettre en place un panel de réflexion pouvant lui formuler des recommandations compte tenu de la nouvelle donne, qui est tout à fait spécial et cela appelle à des mesures aussi spécifiques. Ensuite, ce panel « hautement qualifié » doit proposer au gouvernement une feuille de route. Dans cette feuille de route, il faut en urgence prévoir des outils d’alerte et de protection des installations sensibles tel que les raffineries, la SNE.

La population doit également jouer son rôle. Il faut impérativement que les gens soient sensibilisés aux effets des crises climatiques. Cela permettrait de sortir du mythe actuel où les gens mettent tout sur le dos du divin. Les incendies peuvent toutefois avoir d’autres causes en dehors des causes humaines !

Encore une fois, la population doit s’impliquer et aider le gouvernement par la mise en place des mesures. Il s’agit pour cette population de mettre à l’abris de la chaleur les équipements sensibles (équipements électriques de production surtout) et les aérer régulièrement.

Aux sapeurs-pompiers de jouer leurs rôles en apportant leurs aides à la population. Un service de proximité efficace est nécessaire car le feu ne connait pas des limites et il se peut, vous sapeurs-pompiers et vos proches seraient directement concernés. Le gouvernement doit bien évidemment équiper le service des sapeurs-pompiers par des moyens adéquats et ne pas attendre tout le temps les aides des partenaires pour mettre en place ce service essentiel.

Enfin, je vous demande à tous de sortir du mythe en ce qui concerne les incendies et de ne pas mettre tout sur le divin car pour la plupart cela va de soi. Aide toi et le ciel t’aidera !

Bahar Tidjani
Enseignant-Chercheur