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INTERVIEW

Mahamat Ahmat Alhabo : "La constitution reconnait le droit aux tchadiens de manifester"


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 8 Février 2018 modifié le 8 Février 2018 - 10:41

Le 3 février dernier a été commémoré à travers le monde la journée des martyrs de la démocratie tchadienne. "Ce jour là, Ibni a été enlevé. Aujourd'hui, ça fait 10 ans, le 3 février 2008", se remémore Mahamat Ahmat Alhabo qui a répondu aux questions d'Alwihda Info.


Le coordinateur du Front de l'opposition pour l'Alternance et le Changement (FONAC), Mahamat Ahmat Alhabo. Photo : Alwihda Info
Le coordinateur du Front de l'opposition pour l'Alternance et le Changement (FONAC), Mahamat Ahmat Alhabo. Photo : Alwihda Info
Dix ans après la disparition d'Ibni Oumar Mahamat Saleh, pensez-vous que la vérité apparaitra un jour, ne serait-ce que sur la destination de son corps ?

Partout dans le monde les gens commémorent la disparition d'Ibni. La personne qui a fait disparaitre Ibni voulait éliminer quelqu'un qui dérange. Elle l'a certainement éliminé mais les idées qu'Ibni a promu se sont agrandies, développées après sa disparition. Ses idées ont pris de l'ampleur. Aujourd'hui, tout le monde entier parle d'Ibni, de ce qu'il a fait. Ces gens ont témoigné le 3 février pour réclamer deux choses : que lui est-il arrivé ? qui a donné l'ordre et pourquoi l'ordre a été donné ? pour que la justice soit dite.

Depuis son enlèvement jusqu'aujourd'hui, on ne sait pas encore où se trouve son corps. Aujourd'hui, sa femme attend toujours. Tant qu'elle n'a pas vu le corps de son mari, elle pense toujours qu'il est vivant. C'est une souffrance colossale. Essayez de vous mettre à la place de cette femme qui chaque matin pense que son mari va revenir à la maison. Ca fait 10 ans qu'elle vit comme ça, c'est la même chose pour ses enfants, sa famille.

Que réclamez-vous à l'issue de la commémoration de la journée des martyrs de la démocratie qui a eu lieu du 1er au 3 février dernier ?

Le 1er février, il y a eu une exposition photo au siège du PLD. Le 2 février, nous avons organisé la projection de films, suivi d'un débat. La troisième journée, à la maison de la femme, nous avons organisé une journée de témoignage de ses amis, proches et camarades. Nous demandons une fois de plus que la vérité sur Ibni soit dite et faite. Voilà ce que nous réclamons en cette triste journée du 3 février 2008, jour où Ibni a été enlevé devant ses enfants, ses voisins par les forces de défense et de sécurité du Tchad.

Cette journée des martyrs de la démocratie rend hommage à d'autres personnes. Qui sont-elles ?

Toutes les personnes qui luttaient pour la promotion et le développement de la démocratie au Tchad et qui ont été victimes du pouvoir. Par exemple, il vous souviendra qu'un type comme Maitre Beidi, lorsqu'il était président de l'association tchadienne des droits de l'homme, à cause de cela, il a été tué. Il y a d'autres chefs politiques comme Gueti Mahamat tué à Faya. Il a créé un parti et est parti faire campagne pour la présidentielle. On n'admettait pas qu'un ressortissant du BET puisse créer un parti et s'opposer à Idriss Déby. Pour ça, il a été tué.

Un type comme Youssouf Togoimi a été combattu et tué parceque lui également était contre l'injustice et il voulait que la justice soit établie. Il y a Bisso Mamadou qui a été arrêté parcequ'il était militant du RPD. Il a été tué. Il y a beaucoup de journalistes qui ont été tués, ont les a arrêtés et fait disparaitre.Au centre Al Mouna, Gadiadoum a évoqué le cas de son frère, tué à cause de son engagement politique. Il y a beaucoup des victimes enlevées, torturées et tuées.

Par exemple, quand on a organisé l'élection présidentielle, les militaires qui sont venus librement exprimer leur choix démocratique sont portés disparus. Certains ont été retrouvés, eux aussi sont victimes de la démocratie, ils sont des martyrs de la démocratie. On leur dit qu'ils peuvent librement choisir la personne qu'ils veulent, ensuite on les enlève, on les tue, et on les fait disparaitre.

Comme ceux qui ont lutté pour Zouhoura par exemple...

Oui, ce jeune (Abachou, ndlr) qui manifestait dans la rue. Aujourd'hui, au Tchad, on interdit toute forme de manifestation. La constitution reconnait le droit aux tchadiens de manifester. A chaque fois que les tchadiens sortent, on tire sur eux avec des balles réelles. On les massacre. Tous ceux là sont les victimes de la démocratie. Il ne faut pas aussi faire l'amalgame avec toute personne morte sous le régime d'Idriss Déby ou sous un autre régime pour dire qu'il est un martyr de la démocratie.

S'il y a des règlements de comptes intérieurs, on ne peut pas dire qu'ils luttaient pour la promotion de la démocratie. Tous les morts ne sont pas tous des martyrs de la démocratie. Il faut faire le distinguo de ceux qui sont engagés politiquement pour exprimer un avis, prendre position, déclarer quelque chose et à cause de l'expression démocratique, on leur en veux et on les fait disparaitre. Ceux là sont des victimes de la démocratie.