Accueil
Envoyer à un ami
Imprimer
Grand
Petit
Partager
REPORTAGE

Quand un dromadaire mâle est en rut


Alwihda Info | Par Dr Djiddi Ali Sougoudi - 15 Juillet 2018 modifié le 15 Juillet 2018 - 01:26


Le dos noirci par les urines et les déjections du mâle en rut. Les glandes sur la nuque suintent d’un liquide noirâtre et odorant.
Le dos noirci par les urines et les déjections du mâle en rut. Les glandes sur la nuque suintent d’un liquide noirâtre et odorant.
Au début de l’hivernage, les dromadaires mâles entrent en rut. Pour un troupeau de dromadaires, il faut un et un seul mâle pour féconder les femelles. Il est quasi impossible de laisser deux mâles dans un troupeau, quelle que soit l'immensité du troupeau de femelles. Deux mâles dans un troupeau peuvent se battre jusqu’à la fuite ou la mort de l’un des deux.

Quand un mâle est en rut, il devient très caractéristique : il s’enduit de son urine et de ses fèces sur son dos qui devient noir. Deux paires de glandes sur la nuque s’hypertrophient et sécrètent un liquide noir et odoriférant. Il devient agressif et fait la parade, faisant sortir une sorte de ballon de baudruche à travers sa gueule. C’est un tissu de la joue, gonflable, qui surgit d’un coin de sa bouche et en y soufflant, il fait rythmer d’un son musical captivant par ce ballon rouge violacé (voir les photos de ce mâle en rut filmé non loin de Karnak dans le Chari-Baguirmi). Le bruit qui s’en échappe peut paraître très beau aux oreilles des éleveurs. Certains mâles sont célèbres par cette musique jouée au cours de toute approche. 

Le mâle en rut se nourrit peu, devient efflanqué et son abdomen se creuse. En une telle situation du mâle en chaleur, il faut éviter de s’en approcher, au risque d’être attaqué. Certains mâles ont eu à tuer des bergers trop imprudents.

Le seul mâle admis par le propriétaire parmi les femelles devient dominant et empêche tout autre mâle de s'approcher de son harem. 

Le mâle fait extruder sa joue gonflable comme signe de menace quand on s’en approche de lui.
Le mâle fait extruder sa joue gonflable comme signe de menace quand on s’en approche de lui.
Lorsqu’il rencontre un mâle en chaleur comme lui, il s’arrête, s’asperge de son urine, levé son cou dans le ciel, avance d’abord à petits pas puis se lance vers son adversaire en courant et en claquant ses dents, la tête au ras-du-sol. Une parade de dissuasion extraordinairement beau à regarder. Les deux ennemis se jaugent par les cous haut levés puis s’attaquent mutuellement à coups de dents. Un mâle expert peut blesser grièvement par ses longs crocs son rival voire le tuer après l’avoir terrassé par un contre-patte. Certains mâles sont réputés tueurs d’autres mâles, d’où la nécessité des bergers de les surveiller pour éviter tout combat mortel. 

Traditionnellement le mâle dominant est choisi selon ses qualités dans ses descendances mais aussi par sa capacité de féconder toutes les femelles du troupeau.

Dr Djiddi Ali Sougoudi 
Médecin infectiologue et paludologue 
Ancien berger



Dans la même rubrique :
< >