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ANALYSE

Tchad : comme dans une jungle !


Alwihda Info | Par Steve Djénonkar - 7 Août 2021

"La vie humaine est chère ?". Non, elle est plutôt gratuite au Tchad. Ça se fusille pour quelques billets de banque, pour une simple empoignade, ou même dans les classes, pour une simple ironie.


Le véhicule criblé de balles de l'ex-directeur des douanes Abdelkérim Ahmat Charfadine. © DR
Le véhicule criblé de balles de l'ex-directeur des douanes Abdelkérim Ahmat Charfadine. © DR
"La vie humaine est chère ?". Non, elle est plutôt gratuite au Tchad. Ça se fusille pour quelques billets de banque, pour une simple empoignade, ou même dans les classes, pour une simple ironie. Les gorges se tranchent, les tripes s'arrachent pour un téléphone Android, pour une moto, pour se venger de l'infidélité de sa partenaire.

L'ex-directeur des douanes Abdelkérim Ahmat Charfadine a échappé de justesse à une fusillade en pleine journée du 4 août. De multiples sources évoquent un règlement de comptes. Avant lui, il y a trois semaines, un jeune à bord d'une moto a été canardé sur la fourmillante Avenue Maldom Bada Abbas par deux jeunes à bord d'une Toyota vitre sombre sans immatriculation.

Deux mois environ, deux cadres des fameuses douanes ont offert un spectacle défiant la faible justice tchadienne. En effet, un chef hiérarchique a fusillé au pas des murs du parquet de N'Djamena son subordonné. Motif, le chef est monté sur ses grands chevaux parce que le subordonné lui a refusé trois millions qu'il a exigé de lui. Le comble de la défiance est l'assassinat du procureur d'Oum-hadjer en juin, contraignant les magistrats à observer une grève et exiger collectivement une autorisation de port d'arme.

Dans les recoins de la capitale, les assassinats au couteau ne surprennent plus la population tellement elle en est habituée. A Chagoua, il y a quelques semaines, une dame sortie de prison après avoir purgé totalement sa peine est mortellement poignardée. Le meurtre est vraisemblablement une vengeance car la victime avait assommé son époux de coups de pilon. Une autre dame dans le même quartier a subi un sort identique  car son époux l'accusait d'infidélité.

État faible, police inefficace

Le mode opérationnel de ces criminels est le même. Ils se dissimulent dans des véhicules non immatriculés à vitres fumées alors que le gouvernement enfume par des décrets d'interdiction de circuler de ces voitures. Le menu fretin au volant d'une voiture à vitres fumées n'échappe aux mailles des filets de la commission mixte. Laquelle commission se lasse progressivement de ses attributions. D'ailleurs, juste un mois après le contrôle, les propriétaires de ces voitures ne sont plus inquiétés. 

Les rares patrouilles nocturnes de police s'effectuent dans les grands artères. Les policiers, mal équipés et lâches, craignent pour leur vie. "Nous n'avons pas de carburant", répond la police en cas de sollicitation pour cacher sa couardise. Elle dispose curieusement de plusieurs barils de carburant pour réprimer violemment les manifestations. Les milices d'autodéfense étant prohibées, seul Allah continuera à protéger les Tchadiens.