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ANALYSE

Tchad : disparition d’Idriss Deby, le peuple partagé entre deuil et souffrance


Alwihda Info | Par Martin Higdé Ndouba - 20 Avril 2022

Un an après la disparition du Maréchal Idriss Deby Itno, le peuple tchadien est toujours partagé entre deuil et souffrance. Arrivé au pouvoir en1990 par les armes, Idriss Deby Itno avait un mot dans sa bouche « démocratie », pour faire oublier au peuple tchadien le mot « dictature » employé par son prédécesseur.


Tchad : disparition d’Idriss Deby, le peuple partagé entre deuil et souffrance
Mais très vite, cet homme va goutter aux retombées du pouvoir avec l'exploitation du pétrole et les ressources minières du Tchad. Il va tomber dans le piège de s'éterniser au pouvoir et remporter les élections de 1996, 2001, 2006, 2011 et 2021. C'est bien connu, « il faut être bête pour organiser les élections et les perde' », aimait à dire le défunt Omar Bongo Ondimba. Il s’y est installée une démocratie de façade soutenue par la France.

Un autre mot va faire surface « émergence », à travers la construction des routes et des projets immobiliers remis entre les mains de ses enfants, ses frères, beaux -frères, amis combattants et connaissances. Chacun à son niveau a géré et s'est rempli les poches en signe de « patriotisme ».

En 2020, reprenant les armes, comme à son habitude, Deby Itno lance une offensive contre le groupe terroriste Boko Haram, il devient Maréchal du Tchad, une pièce incontestée et incontestable au sein de son parti où il apparaît aux yeux des partisans comme « sans tâches et blanc comme la neige », et à qui tout le monde voue la reconnaissance, même les élus du peuple sous la direction de Haroun Kabadi. « Un mensonge quand il est applaudi devient vérité », disais Albert Zongo.

Personne ne pouvait imaginer que quatre mois après avoir été élevé au titre de Maréchal, Idriss Deby Itno pourrait encore prendre le chemin du front. Ça sera une dernière fois, une fois de trop car il va y succomber des suites de blessures au cours d'une incursion des Fact. Seulement, des incertitudes planent sur les circonstances de sa mort et ce, jusqu'à ce jour. L'homme né sur la bonne étoile, malheureusement laisse un héritage honteux.

Le Tchad, pays pétrolier mais sans électricité, avec des routes mal bitumées, une capitale N’Djamena classée 4ème la plus sale en Afrique et 11ème au monde. A côté de cela, certaines grandes villes comme Moundou, Doba, Bongor, Abéché, Faya, Mango pour ne citer que celles-ci, manquent de tout : pas de structures sanitaires dignes de ce nom et certaines structures de l'enseignement supérieur lorsqu'elles existent, sont malheureusement transformées en repaires des chauves-souris.

Un pays agricole donc le potentiel n'est plus à démontrer, mais qui voit sa population mourir de faim. Les ménages vivotent au quotidien et la cherté de la vie bat son plein. 30 ans de misère, de corruption, de détournement sans que les coupables soient jugés, une insécurité totale marquée par la circulation des armes entre ceux qui sont proches du pouvoir. Le crime est ici considéré comme un honneur. 30 ans de souffrance pour les femmes et les enfants qui travaillent comme des robots afin d'assurer juste leur nourriture quotidienne.

En réalité, ceux qui ont applaudit Deby, ce sont ceux qui trinquaient avec lui et ont profité de son règne. C'est connu, « la bouche qui mange ne parle pas ». Mais non, Deby a voulu construire le Tchad, le problème et peut être son péché, c'est d'avoir choisi « les gourmands comme disciples ». Le régime de Deby est le Goncourt d'Hissein Habré. Entre celui qui te prive de liberté et celui qui te donne la liberté dans la souffrance qui est mieux ? Quelle différence au final, entre Deby et Habré ? Seul souhait, c'est celui d'un repos éternel paisible.



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