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INTERVIEW

Tchad : "il n'y a pas une richesse qui dépasse la terre nourricière", gouverneur Wadi Fira


Alwihda Info | Par Abba Issa - 25 Août 2020

Entretien avec Issakha Ahmat Ardja, le gouverneur de la province de Wadi Fira.


Issakha Ahmat Ardja, le gouverneur de la province de Wadi Fira. © Abba Issa/Alwihda Info
Issakha Ahmat Ardja, le gouverneur de la province de Wadi Fira. © Abba Issa/Alwihda Info
Le monde fait face ces derniers temps au coronavirus. La province du Wadi Fira a enregistré un cas. Quelles sont les dispositions prises pour empêcher la propagation de la maladie ?

Issakha Ahmat Ardja : Je vous remercie d'abord pour votre déplacement. En ce qui concerne la venue de la maladie à coronavirus dans ma province du Wadi Fira, il y a eu un cas décès du Covid-19 à N'Djamena et les parents du défunt ont quitté la capitale pour se rendre au village afin de présenter leurs condoléances à la famille éplorée. C'est ainsi que la Covid-19 a fait son entrée dans la province du Wadi Fira.

Dès l'apparition de cette pandémie dans ma zone de responsabilité, nous avons retroussé les manches avec tous les responsables à divers niveaux et les Hommes de la santé.

Nous avons pris une décision de mettre toute la famille en quatorzaine, donc pas de sortie ni d'entrée jusqu'à la fin de leur confinement. C'est l'unique cas nous avons enregistré. Par ailleurs, c'est à partir de là que la population à compris la dangerosité de cette maladie à coronavirus.

La sensibilisation à tous les niveaux sur le respect des gestes qui sauvent, afin d'empêcher la propagation de la maladie, a été le mot d'ordre pour tous les citoyens. La Covid-19 est un ennemi commun qui n'épargne personne.

Les médecins ont donné le meilleur d'eux-mêmes jour et nuit pour sauver la vie de leurs concitoyens contre cette maladie à coronavirus. Nous avons reçu des cache-nez, un don du gouvernement tchadien ainsi que de certaines personnes de bonne volonté et de la société civile. La maladie existe encore. Nous demandons à la population de respecter les règles édictées par le gouvernement afin d'éviter une nouvelle vague de contamination.

La crise a un impact sur les recettes de l'État, notamment en province. Quelles sont les stratégies que vous avez prises afin que les différents services déconcentrés de l'État puissent rehausser les recettes ?

Avec l'apparition de cette pandémie du Covid-19, il y a eu une chute drastique des recettes de l'État qui s'explique par l'arrêt des activités commerciales. Conscient de la souffrance de son peuple pendant cette période difficile de la pandémie du Covid-19 où toutes les activités sont à l'arrêt, le Maréchal du Tchad Idriss Deby Itno, chef de l'État, a fait une gratuité de l'eau pour six mois et trois mois pour l'électricité.

Nous avons installé un poste dénommé Bamina à Tiné comme c'est la voie où nous faisons entrer les recettes avec le dédouanement des véhicules des commerçants venant des pays voisins, tout en respectant les consignes barrières édictées par le gouvernement. Les gros-porteurs et bien d'autres voitures ne doivent faire leur entrée qu'avec le chauffeur et son apprenti pour limiter le contact des personnes qui pourraient faire circuler la maladie. Ils sont tous testés avant de poursuivre leur chemin de voyage.

Les agents de douane font le recouvrement des recettes avec le respect des règles édictées par le gouvernement. Ils partent dans les différents marchés hebdomadaires pour le recouvrement des recettes. De plus, les services déconcentrés de l'État dans la ville de Biltine font de leur mieux pour recouvrer également les recettes. Nous faisons la situation hebdomadaire des recettes de l'État tous les vendredis.

Ici dans ma province de Wadi Fira, en cette période de saison pluvieuse, c'est la vente des animaux qui fait entrer de l'argent dans la caisse de l'État. Surtout ce secteur avec l'arrivée des éleveurs transhumants. Nous sommes une zone d'élevage par excellence.

Issakha Ahmat Ardja, le gouverneur de la province de Wadi Fira. © Abba Issa/Alwihda Info
Issakha Ahmat Ardja, le gouverneur de la province de Wadi Fira. © Abba Issa/Alwihda Info
Votre zone de responsabilité est connue pour l'élevage et vous incitez également la population à retourner à la terre. Quelle est votre vision pour ces secteurs ?

Les États-Unis d'Amérique sont devenus la première puissance mondiale dans le secteur agricole, c'est parce qu'ils labourent la terre. Notre problème ici au Tchad, tout le monde veut accéder à la fonction publique, les activités génératrices de revenus sont laissées à côté.

Dès mon arrivée dans cette province comme gouverneur, j'ai fait un constat que les hommes ont laissé leurs épouses seulement pour s'occuper des travaux champêtres au lieu d'être à côté d'elles.

Quand vous êtes arrivé, on vous a informé que j'étais au champ. Si seulement la route était bonne, j'aurais aimé que vous visitez mes champs puisque vous êtes l'œil et l'oreille du peuple. Et c'est pour moi une manière d'inciter la population à la terre nourricière.

J'ai posé la question aux paysans d'un village s'ils savent labourer le sésame ainsi que le gombo, ils ont répondu non. J'ai donc payé cinq coros de sésame puis j'ai mélangé avec la terre. Nous avons procédé ensemble pour verser partout afin qu'ils puissent apprendre à cultiver cette variété et le faire aussi à leur tour.

Avez-vous un mot de fin ?

Pour finir, je voudrais juste que le peuple tchadien comprenne, il n'y a pas une richesse qui dépasse la terre nourricière. Si seulement au niveau de Wadi Fira, tout le monde est debout pour labourer, c'est tout le Tchad qui peut en bénéficier.

Nous demandons le Tout Puissant d'épargner le Tchad ainsi que le monde de cette pandémie du Covid-19.