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INTERVIEW

Tchad : "l’absence de la morale dans la vie publique s’observe à tous les niveaux"


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 12 Juin 2019 modifié le 12 Juin 2019 - 12:19

« Nous sommes la seule famille qui touche les réels problèmes de toute l’humanité avec des solutions précises », précise Badono Daigou le président du Parti l’Union des Ecologistes Tchadiens. Il a accordé un entretien à Alwihda Info.


Badono Daigou le président du Parti l’Union des Ecologistes Tchadiens. © Alwihda Info
Badono Daigou le président du Parti l’Union des Ecologistes Tchadiens. © Alwihda Info
Alwihda Info : Monsieur le président, c’est quoi le parti vert ?

Badono Daigou : Un parti vert est un parti avant-gardiste et progressiste. Les verts ont pour idéologie l’écologie politique, ce qui est souvent confondu simplement avec la défense de l’environnement. Cela va en fait bien au-delà : les verts militent pour que la société s’achemine progressivement vers un mode de vie durable en résolvant par l’action politique ses déséquilibres sociaux et environnementaux. Pour cela, les verts ont un crédo composé de quatre grands principes : l’étique morale, la justice sociale, le développement durable et les générations futures.

Pourquoi ce parti au Tchad ?

Les raisons de l’existence d’un parti vert au Tchad se retrouvent dans tout ce qui est énoncé ci haut. Le Tchad est un pays où l’absence de la morale dans la vie publique s’observe à tous les niveaux. Les inégalités sociales sont si criardes qu’on se pose la question de savoir s’il n'y a pas des Tchadiens de première zone, de second ou de troisième zone. Tout se passe comme si certains Tchadiens n’ont pas droit à la justice, à la santé, à l’éducation, au travail, à l’accès à la terre,…bref à la vie.

L’économie Tchadienne est moribonde ; gangrenée par la corruption, le clientélisme et l’absence d’une vision économique au niveau de l’Etat. Au Tchad, les questions environnementales et écologiques se posent avec acuité : assèchement du lac Tchad et de ses affluents, avancés du désert, changements climatiques, disparition de la biodiversité. En dehors des discours faits pour endormir, rien n’est fait pour les générations futures. Au regard de tout cela, il est plus qu’important qu’il y ait un parti vert au Tchad.

Que représente la Journée mondiale de l’environnement pour votre formation politique et pour l’humanité ?

Le 5 juin est la journée mondiale de l’environnement qui a été initiée par l’Organisation des Nations Unies en 1972 à Stockholm. Cette journée met en avant un enjeu spécifique important différent chaque année concernant l’environnement.

Cette journée vient rappeler à l’humanité que nous avons une responsabilité vis-à-vis de l’environnement dans lequel nous vivons et qu’il est temps de passer aux actes. Le temps des beaux discours est fini. A l’heure actuelle, nous n’avons qu’une seule planète habitable dans le système solaire. Si elle disparait, où allons-nous vivre ? Nous avons le devoir sinon l’obligation de protéger la planète terre pour nous et pour les générations futures.

De concert avec tous les verts du monde, le parti vert du Tchad a célébré cette journée du 5 juin dans la réflexion et dans l’action.

Les concepts du parti vert sont-ils compris au Tchad ?

Ici comme ailleurs, un parti se doit de faire la pédagogie de ses principes de base, de son projet de société, à la population. Même si nous avons une grande partie de notre population qui est analphabète, nous devrons utiliser un discours accessible pour faire passer notre message. Le but est d’arriver à ce qu’une grande partie de la population se saisisse de ces questions de société et qu’on ait une citoyenneté active, ce que nous autres écologistes appelons de l’éco-citoyenneté.

Quels sont les moyens dont dispose le parti vert pour atteindre ses objectifs au Tchad ?

De quels moyens parlez-vous ? Si c’est les moyens humains, le parti dispose pour le moment d'hommes, de femmes et des jeunes dynamiques, épris de paix et justice. Les verts du Tchad à l’instar des verts mondiaux pensent qu’un autre monde est possible. Ce qu’il y a quelques années paraissaient aux autres comme une utopie, est aujourd’hui, une réalité amère : vague de chaleur, catastrophes naturelles, etc.

Le parti ne dispose pas assez de moyens matériels, ni financiers.

Les écologistes ont renversé les données en Europe cette année. Qu'en pensez-vous ?

Ce qui s’est passé en Europe cette année aux élections européennes est important pas seulement pour les verts européens, mais également pour la famille mondiale des verts et pour l’humanité. Le mouvement qui a amené à cette victoire des verts européens est parti des jeunes européens à l’initiative de la jeune suédoise GRETA, qui, de Paris, Londres, Madrid…, se sont mis à manifester chaque week-end réclamant une gouvernance écologique. Pour eux, la gouvernance mondiale actuelle n’est plus en phase avec les problèmes de l’heure. Ces jeunes sont sortis massivement voter et voilà le résultat !

Peut-on l’espérer au Tchad ?

La même chose au Tchad, pourquoi pas. Vous savez, pour nos premières élections nationales et locales, personne ne s’attendait à ce que le parti vert ait un député et trois conseillers municipaux. Si les européens ont pris conscience, je pense que nous Tchadiens avons tout intérêt à gagner en nous inscrivant dans une gouvernance écologique.

Et avec quelles possibilités ?

Pour arriver à un résultat comme celui des verts européens, les verts du Tchad ont besoin d’un environnement électoral sain, seule condition idoine pour des élections crédibles, transparentes et acceptables par tous.

Propos recueillis par Freeman Djido.