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POINT DE VUE

Tchad : "l’évolution des conflits sociopolitiques met à mal la cohésion", Sidick Sougui écrit au PCMT


Alwihda Info | Par Sidick Sougui Lony - 23 Février 2022

"Actuellement, l’évolution des conflits sociopolitiques met en mal la cohésion sociale au Tchad. Si l’autorité de l’État ne décide, nous évoluons vers les crises communautaires, les guerres civiles. En bref, nous tendons vers l’interruption de la transition apaisée", affirme Sidick Sougui Lony, président de l'Union nationale des jeunes cadres pour la consultation et la cohabitation pacifique, dans une lettre ouverte.


Lettre ouverte au Président du Conseil Militaire de Transition, Président de la République, Chef de l’Etat, Chef du gouvernement, Général MAHAMAT IDRISS DEBY ITNO

Excellence Monsieur le Président du Conseil Militaire de Transition,

Nous ne saurions commencer ces lignes en nous privant des hommages mérités qui vous reviennent de droit, depuis que la responsabilité de la gestion du pays vous est revenue après la disparition tragique du Marechal du Tchad, Feu IDRISS DEBY ITNO. Recevez, en retour, nos reconnaissances pour les efforts sans faille que vous faites pour la consolidation de la paix, de la sécurité et de la continuité de l’Etat.

Excellence Monsieur le Président du Conseil Militaire de Transition,

Nous savons que vous n’êtes pas, sans doute, informé du langage non tenant de certains frères sur les réseaux sociaux pour des intérêts égoïstes. En effet, force est de constater que les gens tiennent des discours sur les réseaux sociaux non pour dénoncer les violences et tout ce qui est lié à la mauvaise gouvernance, ni à la violation des droits humains, mais juste pour rechercher une popularité à titre personnel en vue de se faire remarquer et espérer une promotion dans la sphère de l’administration publique.

À ce titre, pour atteindre cet intérêt personnel et égoïste, leurs modes opératoires sont les dénonciations sans preuves visant à atteindre la réputation des leaders et dirigeants du pays (autorités). Ce qui a pour conséquence la division et la haine tant tribale que religieuse. Voilà ce sur quoi des personnes font écouter leur voix sur les réseaux sociaux et autres canaux de communication publique.

Cependant, ces personnes ignorent ou minimisent les conséquences qui pourront avoir un impact sur la vie du pays. Ou encore, l'on se demande si ces personnes ne savent-elles pas que certaines dénonciations sans fondement touchent à l’intégrité morales des autorités du pays ?

Par ailleurs, nous nous demandons si ces dernières sont-elles conscientes de la mixité des membres composant les structures de transition à savoir le Conseil Militaire de Transition, le Gouvernement de Transition, le Comité d’Organisation du Dialogue National Inclusif, le Conseil National de Transition, etc ?

Excellence Monsieur le Président du Conseil Militaire de Transition,

Nous savons que vous saviez mieux que nous, ceux qui ont eu à bénéficier des postes dans l’administration tchadienne, ou des financements de leurs projets associatifs. Ces derniers en sont bénéficiaires non pour des raisons de mérite, mais plutôt par des manipulations pour leurs propres intérêts.

Dans notre contexte actuel, il n’est point question d’informer ou de dénoncer simplement un fait, mais aussi de proposer une solution, un plan d’action tenace pour pallier au mal à travers ses racines.

Dans l’esprit d’amener la tranquillité au pays, vous faites des grands efforts, des grandes actions pour maintenir la paix et la stabilité en n'écoutant plus les incitateurs à la haine et à la manipulation des concitoyens engagés pour une transition apaisée au Tchad. Mais après plus de 10 mois passés depuis le début de la Transition, y a-t-il des changements ? Les manifestations ont-elles pris fin malgré votre sens d’écoute ?

Il est à constater que depuis les temps de crises que le pays traverse, plusieurs organisations des jeunes, acteurs de la société civile et certains partis politiques n’ont ménagé aucun effort pour accompagner le gouvernement dans sa tâche de promotion d’une transition apaisée au Tchad. Mais, force est de constater que ces derniers sont oubliés voire ignorés par le gouvernement dans ses actions de mobilisation de masse, de confiance et de partage de pouvoir pour leur inclusion au processus d’une transition apaisée et du mieux vivre ensemble.

Et pourtant, vous comme nous, savions que rien n’est autant plus important que le dialogue communautaire, le dialogue inter-religieux, les débats publics, les réseaux communautaires; bref, toutes actions d’information et de sensibilisation, piliers du mieux vivre ensemble.

Malheureusement, ces missions ne sont vraiment pas partagées aux leaders de terrain à divers niveaux et voilà que nous vivons toujours dans le chaos. Alors, ne faisons-nous pas face aux défis primordiaux ? Nous pensons que nous avons encore le temps et qu’il est temps de se lever pour changer les situations, changer la donne et œuvrer pour la consolidation de la paix sur l’ensemble du territoire national.

Suivant la citation de Gandhi qui dit : "la différence entre le possible et l’impossible se trouve dans la détermination", et au vu de votre détermination, nous sommes aujourd’hui à la veille du dialogue national inclusif. Alors, il est temps d’écouter et d’encourager aussi les citoyens engagés pour une transition apaisée ; car ces citoyens engagés sont désespérés dans leur lutte sans accompagnement.

Les différentes manifestations dites « pacifiques » dans le pays depuis la période de transition

Excellence Monsieur le Président du Conseil Militaire de Transition,

Il est important de souligner qu certaines informations sur les réseaux sociaux visent à dénoncer les manquements sociopolitiques et aider le gouvernement à s'améliorer. C'est l'objet ultime de la loi relative à l'organisation des manifestations à caractère public. Alors, puisque le plus souvent ces manifestations servent de motifs de recherches de promotion personnelle, est-il encore important que les responsables des différentes associations, partis politiques, les activistes et autres puissent utiliser la population à de telles fins ?

Les marches non-autorisées et les incitations à la haine constituent des infractions à la loi pénale. En ce sens, les organisateurs et les incitateurs sont appelés à répondre de leurs actes conformément aux textes en vigueur. Et pourquoi ces derniers ne répondent pas de leurs actes ? Sont-ils au-dessus de la loi ? Ou qui les protège ?

Nous ne saurions encore le dire si vous ne le saviez pas. Tout ce que nous savons c'est que les différentes manifestants sont motivées par des personnes haut placées pour qu’elles puissent bénéficier à un moment ou l'autre d’une responsabilité quelconque dans l’administration tchadienne.

Les slogans utilisés par ces hauts placés sont : « Le Président du Conseil Militaire de Transition (PCMT) n’aime pas le bruit. Donc faites du bruit et vous seriez appelés pour des postes ou des financements ». C’est pourquoi, au lieu d’accompagner le Conseil militaire de Transition, les gens préfèrent les manifestations pour être appelés.

Excellence Monsieur le Président du Conseil Militaire de Transition,

Avant la mort tragique du Feu Marechal IDRISS DEBY ITNO, les dispositions sécuritaires nécessaires ont été prises pour gérer toutes les marches et manifestations. Et nous avons constaté une présence effective de toutes les forces de l’ordre et de sécurité dans les zones stratégiques pour contrecarrer tout trouble à l’ordre public, avec l'interpellation d’une manière continuelle des auteurs de troubles conformément aux textes de la République.

Mais, pendant cette période de transition, nous constatons l’absence totale de mesures préventives au volet sécuritaire en ce qui concerne les marches et manifestations non autorisées. C’est pourquoi, nous demandons votre implication afin que les forces de l’ordre et de sécurité puissent assumer leur responsabilité dans la droite ligne des textes du pays en privilégiant la prévention comme le dit le proverbe : "mieux vaut prévenir que guérir".

Nous vous informons aussi de ces différents conflits communautaires qui ont sécoué les provinces du Borkou, du Ouaddaï et du Moyen Chari. Il est à constater que certaines personnes font juste la promotion des manifestations et des conflits au Tchad car l’on ne peut résoudre le mal par le mal, sauf par le dialogue.

Aucun tchadien n’ignore que les conséquences des manifestations et conflits à N’Djamena, au Borkou, au Ouaddaï et au Moyen Chari n’ont conduit qu’aux pertes des vies. Et ces pertes des vies ne profitent qu’aux auteurs et fauteurs de trouble.

En ce sens, est-ce que des mécanismes de résolution des conflits communautaires et de la cohabitation pacifique sont mis sur pied ? Nous osons dire NON ! Certes, comparaison n’est pas raison ; ni communiquer n’est pas dialoguer ; mais reconnaitre ses erreurs et pardonner franchement ramène au chemin du dialogue. Alors n’est-il pas bon d’oser et adopter la théorie de l’arbre : changer de feuille et garder les racines, changer d’idées et garder les principes ?

Nous avons constaté ce dernier temps la promotion des partis politiques, des associations de la société civile pour des raisons régionalistes, ethniques, communautaires que nationalistes. Ce qui met en déroute la cohésion sociale et la cohabitation pacifique entre les tchadiens. Alors, ces derniers ont-ils une place dans la société tchadienne ? La charte de la transition et les textes qui régissent les partis politiques et les associations de la société civile permettent-ils leur existence ?

Actuellement, l’évolution des conflits sociopolitiques met en mal la cohésion sociale au Tchad. Si l’autorité de l’État ne décide, nous évoluons vers les crises communautaires, les guerres civiles. En bref, nous tendons vers l’interruption de la transition apaisée.

Excellence Monsieur le Président du Conseil Militaire de Transition,

De tout ce qui précède, quelques suggestions sont à entrevoir :
. Faire la promotion des activités citoyennes pour l’inclusion des tchadiens de toute l’étendue du territoire au processus du dialogue national inclusif et d’une transition apaisée ;
. Accompagner les leaders des organisations des jeunes, de la société civile, des partis politiques dans les activités de sensibilisation de masse pour la consolidation de la paix, la promotion du mieux vivre ensemble ;
. Promouvoir l’inclusion des femmes et des jeunes à la gouvernance locale, gage du mieux vivre ensemble au Tchad ;
. Promouvoir le respect des droits de l’Homme et des textes juridiques du Tchad ;
. Promouvoir une application stricte du respect des textes de la république relative aux manifestations et marches pacifiques non autorisées ;
. Promouvoir une application stricte du respect des textes de la République relatifs à la suppression des partis politiques et associations de la société civiles qui ne répondent pas aux normes des textes précités ;
. Prendre des mesures appropriées contre ces hauts placés instigateurs des manifestations pour le retour à l’ordre.

N’Djamena, le 17 février 2022
Pour l’Union Nationale des Jeunes Cadres pour la Consultation et la Cohabitation Pacifique,

Le Président
Me SIDICK SOUGUI LONY