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INTERVIEW

Tchad : "la crise est généralisée dans les foyers", Abderrahmane Djasnabaille


Alwihda Info | Par Freeman Djiddo - 25 Décembre 2018 modifié le 25 Décembre 2018 - 22:24

L'ex-ministre, homme politique et membre du CNDP, Abderrahmane Djasnabaille appelle l'exécutif à revoir certaines décisions contestées par les tchadiens, notamment le serment confessionnel, dans un entretien accordé à Alwihda Info.


L'ex-ministre, homme politique et membre du CNDP, Abderrahmane Djasnabaille. © Alwihda Info
L'ex-ministre, homme politique et membre du CNDP, Abderrahmane Djasnabaille. © Alwihda Info
Alwihda Info : Quel bilan faites-vous de l’année 2018 ? 

Abderrahmane Djasnabaille : Le bilan qu'on peut faire de cette année 2018, c’est un bilan à l’ambiguë. Il y a des choses qui sont bonnes, il y a d'autres choses où des efforts restent à faire. C'est une année d'ailleurs très difficile compte tenu de la crise mondiale qui persiste et qui fait que le Tchad aussi subit. Nous avons aussi les problèmes internes que nous avons connus. Ce qui a marqué l'année, c'est quand même la grève de la plateforme syndicale qui a durée 5 mois et finalement, on a réussi à nous en sortir. Aujourd'hui les gens sont au dialogue, c'est déjà une bonne chose.

Cette crise, elle est généralisée au niveau des foyers. Aujourd’hui les gens vivent difficilement, donc on ne peut pas dire que l’année 2018 ait été facile. Mais, heureusement, nous voyons des perspectives positives qui s'annoncent. Le fait que la grève ait été levée et que les gens continuent à dialoguer, c'est une bonne chose. 2018, c’est aussi les ordonnances après le forum. Lesquelles ordonnances ont posé des problèmes. Cependant, sur des questions importantes, certaines ordonnances vont être retravaillées, le chef de l'État a accepté de le faire, notamment l'ordonnance n° 20 qui cause beaucoup de problèmes au niveau des partis politiques. Il a cédé aux doléances de ces derniers à travers le CNDP. Aujourd’hui cette ordonnance est en train d’être retravaillée. L’on peut s’en réjouir. J’espère que d'autres ordonnances seront touchées.

Concernant le découpage électoral, la vision qui était annoncée au départ, c'était de réduire les dépenses de l'État. L’ordonnance sur le découpage qui va être revue à travers une loi organique a donné 111 départements aujourd'hui dans les provinces. Si on prend le minimum de 1 ou 2, ça fait déjà le double, ça fait 222. Si on compte encore le nombre de la population, même à raison de 50.000 personnes par député, on va avoisiner les 400, sans compter les suppléants. Je crois que c'est une ordonnance qui est appelée à être revue parce que les charges vont être très fortes pour l'État. Donc il y a des perspectives pour que les choses s'améliorent.
 
"Le chef de l'État lui-même doit garantir à tout tchadien sans distinction cette paix en payant le prix fort par le retrait du serment confessionnel de la constitution."

On a également l’accord avec Glencore qui permettra à l'État de souffler. Maintenant, la question c'est que tous ces efforts là qui sont fait, doivent aller dans la bonne direction notamment dans le domaine de la bonne gouvernance, la question de partage équitable et de la répartition des richesses nationales. Il y a les problèmes des jeunes et des étudiants qui se plaignent, et ça, progressivement, je pense que l'année qui s'annonce va nous permettre de mieux gérer cette situation, de manière à ce que que les gens se retrouvent dans les différents cas que j'ai proposé.

Que faut-il faire pour résoudre cette crise économique et sociale ?​ 

Il se pose un problème de gouvernance. J’entends par problème de gouvernance que des gens qui ont été chargés de gérer les choses n’ont pas bien géré. Quelques fois c’est par incompétence, quelques fois c'est aussi parce qu'ils manquaient d'éthique et de conviction. Si on est nommé quelque part, c'est pour servir l'État et non pas pour se servir. La mal gouvernance a fait que beaucoup de choses qui devraient être faites ne sont pas faites. Actuellement, je pense que nos autorités, notamment le président de la République qui aujourd'hui est le premier responsable de la 4ème République dont nous saluons la venue, ont un nouvel élan et une nouvelle façon de faire en sorte que ce qui a été mal fait soit revu et corrigé.

Le forum ne pose-t-il pas plus de problèmes que de solutions ?

Le forum a voulu être inclusif. D’une manière générale, il a été inclusif. Je le dis parce que beaucoup de partis n’ont pas voulu participer à ce forum et même un certain nombre de membres de la société civile a refusé de participer à cette messe nationale. Je disais à l'époque que les gens qui ne vont pas participer à ce forum auront tort et vont le regretter. Cela s’est concrétisé, beaucoup de ceux qui n'ont pas participé le regrettent actuellement parce qu'ils pensaient que lors de ce forum, l’on venait pour entériner les décisions qui ont déjà été prises. Pourtant ce n’est pas le cas.

Donc l'opposition a eu tort de boycotter ce forum ?

Les 80% des propositions venant du haut comité technique ont été rejetées. Je citerais en exemple la suppression de la Primature qui fût une surprise pour tout le monde puisque ce n'était pas dans les propositions du haut comité technique. L'opposition a rejeté le forum et aujourd’hui, elle travaille sous la 4ème République qui émane de ce forum. Il fallait être là bien avant pour renforcer ce qui devrait arriver et apporter des contributions pertinentes.

Nous devons faire en sorte que tous réunis, nous avançons ensemble. Ils subissent des conséquences et posent des critiques. Ils sont responsables, ils ont regretté et ils regrettent de ne pas participer à ce forum. Toutefois, nous avançons. Les textes de la République ne sont ni la Bible ni le Coran. S'il y a des choses qui doivent être modifiées, nous allons militer pour que cela soit fait et de façon à prendre en compte les préoccupations de la population.

Comme par exemple le serment confessionnel...

Le constat est là. Beaucoup des gens ont été nommés et ont refusé de prêter serment, donc en réalité ce serment divise les tchadiens. Nous l'avons vu au niveau des églises, que ça soit catholiques ou protestantes, elles étaient partantes pour ce forum et maintenant certains membres ou croyants ont regretté. De même, beaucoup de musulmans ne partagent pas le serment confessionnel. Le chef de l'État lui-même, lors d'un conseil des ministres, a dit que les gens ont prêté serment mais qu'ils ne respectaient pas ce serment.

Vous appelez à retirer le serment confessionnel ?

Il y a une nécessité de retirer ce serment pour que les tchadiens se retrouvent dans la fonction publique. La foi, elle est privée, il faut la laisser dans le domaine privé. Au niveau de l'État, nous devons faire en sorte que tous les tchadiens puissent se retrouver dans l'unité du Tchad, la paix et la solidarité. Je pense qu'il serait bon que le président lui-même prenne l'initiative de retirer le serment confessionnel de la constitution.

Aujourd'hui, un certain nombre d'ordonnances signées pose problème, notamment l’ordonnance sur la répartition administrative, que ce soit au Tibesti et partout ailleurs dans les provinces. Il y a lieu de revoir cette ordonnance. Cela permettra de façon sérieuse à chacun de se reconnaitre dans les découpages administratifs parce que si on force, ce n’est pas bien.

Le président, lorsqu'il a dit qu'il n'apporte ni or, ni argent mais la liberté, cette liberté suppose aussi que les gens soient consultés et qu'ils échangent avant de prendre une décision. Mais tel que ça été fait, c’était d'une manière précipitée, sans tenir compte d'un certain nombre de considérations. Que le chef de l'État puisse prendre les choses en mains et dans un nouvel élan, réviser ces ordonnances pour que la paix soit définitive et durable. Cette paix a été chèrement acquise et elle n'a pas de prix. Le chef de l'État lui-même doit garantir à tout tchadien sans distinction cette paix en payant le prix fort par le retrait du serment confessionnel de la constitution.

Les tchadiens peuvent-ils encore espérer quelque chose du PND ?

Le PND a été un succès, le reste c'est un problème de procédure. Ça ne veut pas dire que dès que nous sommes sortis du PND, l'argent va venir puisqu'il repose sur des projets qui doivent être soutenus par certains porteurs après étude. Mais nous avons aussi constaté que parmi beaucoup de ces projets portés par des tchadiens, il n'y a pas une étude permettant à certains investisseurs de s'engager résolument. Ils ont donné leurs engagements, maintenant il faut passer par de procédures. Faire des études, et que ces études permettent de dire que ces projets sont des projets qui sont bons et qui peuvent apporter un plus et peuvent être opérationnels. Mais en même temps, nous avons un environnement hostile. Vers la Libye, la situation est difficile, la frontière avec la RCA, la situation avec Boko Haram. Quand les gens entendent cela, ils sont un peu réticent. C'est pour cela que nous souhaitons que cette paix soit durable et qu'il faut aller plus loin.

Ambassadeur de paix que je suis, je souhaite que le dialogue soit engagé avec tous les tchadiens y compris ceux qui ont pris les armes, pour corroborer l'amnistie générale qui a été prononcée par le Chef de l’Etat. Il doit faire en sorte que ceux qui sont en prison ici, tel que Baba Ladé et Tao qui sont condamnés, soient libérés.

Quels sont vos voeux pour 2019 ?

Je souhaite que tout ce qui est entrepris, que ce soit le PND dont vous parlez ou les lois, soit fait dans la règle de l’art démocratique pour nous permettre tous de vivre en frères et dans la paix. Plus de crise ni de grève et que le gouvernement et la plateforme puissent continuer à dialoguer pour une solution définitive. Je souhaite que l’année 2019 arrive sans 16 mesures.

Entretien réalisé par Freeman Djido.