Accueil
Envoyer à un ami
Imprimer
Grand
Petit
Partager
ANALYSE

Tchad : la manie du stupide et dangereux divertissement


Alwihda Info | Par Steve Djénonkar - 14 Août 2021

"Aucune d'entre elles ne propose une moindre solution au sanglant conflit agriculteurs-éleveurs. Ces structures sont restées muettes sur les récentes tueries de Moïto".


La ville de N'Djamena. Illustration © B.K./Alwihda Info
La ville de N'Djamena. Illustration © B.K./Alwihda Info
C'est devenu une tradition insensée : lorsqu'une organisation de la société civile perturbe la tranquillité du gouvernement, une meute de personnes en quête de pitance fondent une autre organisation moins hostile pour s'attirer les faveurs du président de la République.

Si l'honneur et la dignité se vendaient, le Magazine Forbes classerait certains leaders des organisations de la société civile tchadienne dans le Top 10 des plus riches de la planète.

À défaut de débusquer l'illégal Conseil militaire de transition (CMT) soutenu malheureusement par la communauté internationale, une pression de la rue est nécessaire pour l'organisation d'un dialogue souverain et inclusif pour permettre au Tchad de repartir sur de nouvelles bases. Les luttes de "Wakit Tamma" sont à cet effet légitimes. Le ridicule ne tuant pas dans ce pays d'exception, des simulacres d'organisations de la société civile ont proliféré pour soutenir naïvement et toute honte bue cette succession monarchique au nom du "vivre-ensemble, de la cohabitation pacifique, de la paix chèrement acquise...". Les leaders de ces plateformes sont soit des ex-ministres en quête de réhabilitation, ou des cadres de l'administration publique voulant à tout prix conserver leur place, des chômeurs mendiant un boulot...

Mais la palme du ridicule et de la mendicité est à décerner au tout nouveau-né de ces collectifs "Lissa Wakit ma Tamma" (Ndlr "il n'est pas encore temps") lancé par le Mouvement citoyen notre Tchad (MONCIT).

La simple évocation de "Lissa Wakit ma Tamma" est à la fois stupide et servile comme imitation. Idiot copier-coller comme si le lexique arabe local tchadien n'était pas varié. N'est-il pas encore temps d'amorcer notre décollage socioéconomique ? Faut-il attendre un petit peu avant de réprimer sévèrement les voleurs de la République ?

La seule jubilation de la population au limogeage de Mahamoud Ali Séid, directeur administratif et financier de la présidence, par ailleurs leader de la Coalition des associations de la société civile pour l'action citoyenne (CASAC) aurait dû susciter la prise de conscience des leaders du ridicule "Lissa Wakit ma Tamma". Sieur Mahamoud a longtemps vénéré le défunt Déby: Dieu l'aurait envoyé pour sauver le Tchad. Une vénération encore reprise par le MONCIT. "Dieu a créé le CMT pour sauver le Tchad", ont tonné les responsables.

Visiblement, l'exemple n'enseigne pas. La bourde se répand au contraire, créant la division au sein de la population. L'on se souvient encore des femmes de ménage embarquées presque de force pour manifester contre Succès Masra il y a quelques mois. Beaucoup d'observateurs ayant condamné cette stupidité l'ont comparée aux causes des fâcheux événements de 1979. L'on se souvient aussi de la multitude des syndicats des travailleurs. En effet, l'Union des syndicats du Tchad (UST), principale organisation syndicale, paralysait l'administration publique de par ses interminables et inflexibles débrayages. Le régime et ses thuriféraires ont créé un "anti-UST" qui appelle à la reprise du travail pendant que l'UST durcit sa position.

La cohabitation pacifique prônée par ces organisations opportunistes basées exclusivement à N'Djamena, tout Tchadien en a besoin, il en rêve. Malheureusement, aucune d'entre elles ne propose une moindre solution au sanglant conflit agriculteurs-éleveurs. Ces structures sont restées muettes sur les récentes tueries de Moïto.