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INTERVIEW

Tchad : les autorités doivent évaluer "l’impact des mesures d’austérité sur les droits humains", Balkissa Idé


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 17 Juillet 2018 modifié le 17 Juillet 2018 - 00:18

Balkissa Idé, chercheuse pour l'Afrique Centrale d'Amnesty International a répondu aux questions d'Alwihda Info à la suite de la publication ce lundi 16 juillet 2018 d'un rapport intitulé « budget en chute, répression en hausse, le coût humain des mesures d’austérité au Tchad ».


Balkissa Idé. Alwihda Info/D.W.
Balkissa Idé. Alwihda Info/D.W.
Alwihda Info : Quel est le contenu du rapport publié ce lundi 16 juillet ?
 
Balkissa Idé : Le rapport que nous venons de publier aujourd’hui qui porte sur la situation des droits humains au Tchad est intitulé « budget en chute, répression en hausse, le coût humain des mesures d’austérité au Tchad ». Ce rapport porte essentiellement sur l’impact des mesures d’austérité sur les populations tchadiennes, notamment les personnes les plus vulnérables et comment ces mesures d’austérité ont entrainées une hausse de la répression par ricochet au Tchad. Pendant les manifestations électorales, la répression était plus dû à des contestations politiques mais depuis mi-2016, on constate que le mécontentement de la population a changé. Ce mécontentement est plus focalisé sur les mesures d’austérité et leur impact sur la population. Donc, les personnes, en étant mécontentes des mesures d’austérité, décident de manifester, de s’exprimer librement en critiquant ce que les autorités font et les autorités en réponse les répriment, leur interdisent de manifester pacifiquement. Quand ils s’expriment publiquement, ils sont parfois arrêtés, détenus et même torturés comme on l’a vu pour le cas de l’artiste-comédien de Moundou et de Alain Didah, porte-parole de Iyina. Tout cela durant le mois de mars de cette année.
 
Le rapport porte vraiment sur cela, il fait des recommandations en direction tant des autorités que de la communauté internationale.
 
Que demandez-vous aux autorités ?
 
Nous leur demandons de mener une évaluation de l’impact des mesures d’austérité sur les droits humains pour vraiment voir comment ces mesures d’austérité ont eu un impact sur la vie des uns et des autres mais surtout des personnes qui sont vulnérables et marginalisés. Elles doivent pouvoir prendre des mesures qui vont les amener à mitiger l’impact sur ces populations là en mettant en place par exemple des alternatives qui ciblent ces personnes démunies et qui leur permet de jouir de leur droit à l’accès par exemple aux soins d’urgence, aux soins de santé et à l’éducation.
 
Pour ce qui est maintenant de la communauté internationale, nous demandons à ce qu’elle veille, lorsqu’elle octroie des prêts ou un soutien budgétaire au Tchad, à ce que les conditions qu’elle met ne favorisent pas la violation des droits économiques, sociaux et culturels des populations. Qu’elle accorde au Tchad un soutien tant financier que technique pour mener ses évaluations de l’impact des mesures d’austérité sur les populations, et qu’elle soutienne le Tchad économiquement pour sortir de cette situation de crise.
 
Vous avez également soulevé dans ce rapport la perturbation des réseaux sociaux. Quelles sont les recommandations qui ont été faites à l’égard de l’État et des opérateurs de téléphonie mobile ?
 
Dans le rapport précédent que nous avons eu à publier en septembre 2017, nous avons eu à documenter qu’une bonne dizaine de sites Internet sont bloqués ici au Tchad. Parmi ces sites internet, il y a ‘Makaila.fr’, un blog. Il y a également le site internet du journal 'Al Wihda Info'. Ils ne sont pas accessibles à partir du Tchad.
 
Nous avions également, dans le rapport précédent, documenté le fait que souvent, avant des manifestations, l’accès à Internet était restreint. Depuis la mi-mars 2018, on constate que l’accès à certains réseaux sociaux comme WhatsApp et Facebook est restreint. Les internautes doivent utiliser un VPN pour pouvoir y accéder. Nous demandons aux autorités de débloquer tous ces sites qui sont bloqués d’accès au Tchad et de permettre aux gens de continuer à accéder aux réseaux sociaux sans pour autant passer par un VPN parce qu’interdire des blogs ou des sites Internet, restreindre l’accès à Internet que ce soit Facebook ou WhatsApp est une restriction du droit à la liberté d’expression.
 
Nous demandons aux autorités de respecter la constitution tchadienne, de respecter les engagements internationaux et régionaux qui ont été pris, et de permettre aux individus, aux citoyens, aux populations d’accéder sans aucune restriction à WhatsApp et Facebook, et de lever l’interdiction sur les sites bloqués.

Propos recueillis par Djimet Wiché