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Tchad : "les gens ne vont pas mourir de faim continuellement", averti Issa Abdelmamout


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 24 Août 2018



Le ministre des Finances et du Budget lors d'une descente inopinée dans les différents services des finances et des douanes.
Le ministre des Finances et du Budget lors d'une descente inopinée dans les différents services des finances et des douanes.
Sur les antennes de la RNT, le ministre des Finances et du Budget, Issa Mahamat Abdelmamout, s'est expliqué pendant une vingtaine de minutes sur les pratiques néfastes qui détruisent l'économie tchadienne. Selon lui, "certains ministres des Finances ont délaissés, peut-être par méconnaissance ou négligence, les rouages du ministère des Finances. Ils pensaient peut-être que l'ANIF ne pourrait pas faire grand-chose, ni l'Inspection générale des finances".

Revenant sur sa visite inopinée à la douane, le ministre des Finances et du Budget a raconté une anecdote :
 
"Par surprise, on était tombé sur quelqu'un qui importait de l'alcool frelaté et qui ne dédouanait pas. Il marchait devant les agents de l'État, la police, les militaires, en tout cas toute cette chaine. Ce monsieur déambulait tranquillement et quand on a demandé au policier qu'on a trouvé en premier, il nous disait que ce sont les militaires qui les empêchent. Chacun jette la responsabilité sur l'autre. Quand sur la chaine, on voit quelqu'un qui passe avec des choses aussi dangereuses que l'alcool frelaté qui peut tuer comme une arme, et que personne ne dit rien, c'est que tout le monde a touché quelque chose."


Selon le ministre, des réseaux organisés font entrer de la drogue et des armes au Tchad :
 
"Quand un ministre ou un général t'appelle et te dit place mon fils dans tel coin, c'est pour aller voler. Pourquoi il ne veut pas que j'envoie son fils à l'INSEED, au budget ou à la direction des études et des prévisions, là où il y a l'intelligence, où les gens sont modestes, réfléchissent intellectuellement, deviennent des grands cadres, savent les enjeux. Pourquoi ne pas envoyer ton parent là où il y a l'intelligence et peut être que demain il peut même être recruté par une grande institution et gagner dignement et honnêtement des millions. Non, ils préfèrent qu'on envoi leur fils au bureau chargé des conteneurs, ou autres.

Il y a des choses que je ne savais même pas, des réseaux pour faire rentrer de la drogue, des armes, de l'alcool frelaté. C'est le malheur du Tchad, les gens sont en ville, ils envoient leurs parents dans les postes de douanes et ils se partagent l'argent. Nous allons tous les balayer. Que ça plaise ou non, nous allons tous les balayer. Si l'on voudrait assainir vraiment les douanes, et que notre douane soit à la hauteur des douanes de la sous-région ou des pays sahéliens qui ont la même nature économique que nous, il faudrait d'abord se défaire de tous ces personnes qui sont à N'Djamena, des hauts-cadres qui sont mêmes déjà suffisamment riches. Le plus incroyable, c'est que ces gens, qui sont très riches, demandent encore d'envoyer leurs proches dans un coin où ils vont encore brasser plus."


Pour le chef du département des Finances, les tchadiens ne vont pas mourir de faim continuellement. La pauvreté nourrie l'insécurité, a-t-il mis en garde :
 
"Toi, tout riche, dans un pays où il y a trop de pauvres, tu ne peux pas vivre. Ça c'est ce que les gens ignorent. S'il y a trop de pauvres, un jour les pauvres vont rentrer chez toi. Ils peuvent même te tuer, prendre et manger, par la force. Les gens ne vont pas mourir de faim continuellement. Donc il faudrait accepter de bouffer un peu, et bouffer avec tout le monde. Seulement, la répartition des richesses dans le pays c'est le minimum, afin de marcher en sécurité, de se promener en sécurité. La pauvreté nourrie l'insécurité, la violence, le désordre, donc en conclusion, nourrie l'instabilité.

Envoi moi aux douanes, au Trésor, envoi mon fils à Mao, à Bol, là où il y a de l'argent, c'est tous les hauts cadres qui ont déjà suffisamment bouffer ce pays qui veulent que leurs enfants, leurs familles soient dans ces coins. C'est eux seulement."


Lors de sa visite au Trésor, le ministre a affirmé que le département doit revenir aux professionnels du domaine. Il s'en explique :
 
Le trésor doit revenir aux professionnels de ce domaine. Le trésor depuis quelques années, est devenu un repère de délinquance. Si aujourd'hui on a des surfacturations dans le domaine de marché public, c'est parceque au trésor, les gens exigent des pourcentages. J'ai des témoignages, j'ai appelé les gens d'Arab Contractors, Satom, qui ne mentent pas. Des chefs d'entreprises qui sont connus, que je peux désigner, qui peuvent témoigner. Ils ont été appelés par des agents du Trésor : "on va commencer à te payer, tu nous amène tel pourcentage, tels millions". Les commerçants étaient tellement habitués à payer des pourcentages qu'ils prévoient ça dans leurs contrats. La vie chère, c'est ça aussi. Avec toute la chaine, tu vas dépenser jusqu'à 100 millions, donc tu vas surfacturer.

Tout ce désordre-là, c'est élaboré. Aujourd'hui, des individus sont venus s'approprier le Trésor. Des gens sans foi, ni lois qui n'ont pas de principes même de la comptabilité, qui se disent inspecteurs du Trésor. Certains sont partis faire des tours dans certains pays ou dans des instituts, ils ont pris des diplômes mais quand vous les tester, ils n'ont même pas le niveau de CE1. Des titres pompés inutilement, ils n'ont même pas honte. Et ils vont s'asseoir gaillardement dans un bureau, ils sont milliardaires quand vous voyez leur richesse. Le poste qu'ils occupent et leur connaissance réelle, sa frôle carrément la folie.

Ces individus deviennent arrogants. Des chefs de services ne répondent même pas au téléphone du ministre des Finances. Moi-même personnellement j'ai vécu ça. Je cherche des chefs de division, des chefs de service pour monter tel ou tel dossier, ils ne te répondent même pas au téléphone. Il est milliardaire, il n'a pas fait l'école. Il a beaucoup d'argent, il a renvoyé les gens qui ont fait l'école à la maison parce qu’il est venu prendre leur place. 


Issa Mahamat Abdelmamout a révélé que le Tchad a signé des conventions qui "entrainent carrément la mort du pays" :
 
Tout ça, on va corriger, on va les renvoyer. Ils vont aller faire un autre travail, ce n'est pas leur vocation. Ils sont venus uniquement pour l'argent. Aujourd'hui, on ne comprend rien au Trésor. Nous avons des BAP qui sortent à gauche, à droite. Quand vous, vous réunissez pour faire le travail technique des chiffres, parfois on a des maux de tête énormes. Ils sont incapables de te sortir un travail bien élaboré parcequ'ils n'ont pas été réellement à l'école. Ils ont pris des diplômes dans les quartiers, ils se font intégrés avec et après ils font le tour jusqu'au niveau du Trésor.

Par la force des choses, ils occupent un poste et atteignent l'objectif de ramasser vite et beaucoup. Ils n'ont pas besoin de faire carrière, ni de passer la retraite ici. Leur objectif c'est de ramasser.

Parfois on signe des conventions, ensuite on constate que l'on a signé carrément la mort du pays. Ça ce sont les incompétents qui en sont à l'origine. Ce sont des gens qui n'ont même pas été à l'école, on ne devrait même pas les appeler. Des incompétents. Tu discutes avec eux, ni en arabe, ni en français ils n'ont de connaissances de ce qu'ils ont appris à l'école.


Le ministre a également évoqué l'audit diligenté à la direction de la dette :
 

Il y a un désordre géant dans la dette intérieure. C'est pour ça que nous avons engagé un audit. Des chefs de départements avec les comptables se retrouvent et engagent l'État sur des milliards. Si on fait le tour des départements, nous sommes sur des centaines et des centaines de milliards. Il y a de la vraie dette, il y a de la fausse dette, il y a des réceptions fictives, il y a des gens qui ont perçus des avances de démarrage et ils se sont volatilisés. Il y a des gens qui se promènent dans les rues de N'Djamena et chantent partout que l'État leur doit des milliards. On va vérifier tout cela.

Ces auditeurs là, ce ne sont pas des tchadiens. Ce sont des partenaires qui ont financé cet audit, qui nous ont aidé. Ils ont voulu que ça soit des cabinets de renoms, très expérimentés qui auditent cette dette. Dans ces cabinets-là, parfois ce sont des gens qui ne connaissent pas notre réalité. Ce sont des étrangers qui ne peuvent pas concevoir parfois que des gens peuvent faire des réceptions d'un bâtiment qui n'existe pas. Mais au Tchad ici, je soupçonne fort que ça peut exister.

Des rues qui ne sont pas réellement goudronnées mais sont aujourd'hui facturées à l'État, des goudrons qui ont seulement reçu la première couche, sans la deuxième alors que l'État est déjà facturé, des routes en terre battue en province facturées à hauteur de centaines de milliards. Mais on n'en sait rien car ils viennent dire qu'il y a eu plusieurs saisons de pluies donc on peut pas constater. Il y a beaucoup de choses comme ça.
 



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