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INTERVIEW

Younous Mahadjir : "que le gouvernement comprenne que nous sommes capables de tout"


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 3 Février 2018 modifié le 3 Février 2018 - 08:53

Au Tchad, la grève est intégralement respectée dans tous les secteurs de la santé, selon le syndicaliste Younous Mahadjir.


Younous Mahadjir : "que le gouvernement comprenne que nous sommes capables de tout"
Le président du Syndicat National des Travailleurs, des Affaires Sociales et de la Santé du Tchad (SINTASST), Younous Mahadjir est revenu dans un entretien accordé à Alwihda Info sur l’assemblée générale qu’il a tenue avec ses militants à la bourse de travail, hier, vendredi, pour évaluer la grève dans des hôpitaux publics et surtout adopter une nouvelle conduite à tenir rapport à la liste de présence établie par les autorités dans tous les secteurs publics. Il affirme que la grève est observée à 100% par tous les fonctionnaires et contractuels payés par l’État.

Alwihda Info : Pourquoi vous avez organisé cette rencontre ?

Younous Mahadjir : Notre rencontre va dans ligne droite de la grève qu’a lancé la plateforme. Nous sommes donc affiliés à l’Union de Syndicat du Tchad (UST). La plateforme a décidé de lancer la grève et cela nous concerne en premier chef. C’est pour ça que nous avons organisé une assemblée générale pour sensibiliser les travailleurs, les écouter et leur donner quelques conseils par rapport à la ligne de conduite à suivre conforment à l’action déclenchée par la plateforme. Nous avons informé les travailleurs puis écouté les petits problèmes qu’ils ont posés et nous avons cherché à leur donner des conseils pour qu’ils puissent aller dans le sens de ce que veut la plateforme.

Parmi les problèmes que vos militants ont soulevé, il y a certainement celui de la liste de présence visant à identifier les grévistes ?

La liste de présence, lorsqu’on part en grève, il y a tous les risques qui sont là et il faut qu’on accepte d’affronter le risque. Il faut qu’ils acceptent qu’on la donne pour ceux qui veulent travailler. Que le gouvernement fasse sa liste de présence. Nous ferons notre propre liste pour tous ces agents qui vont travailler, nous avons notre liste et le moment venu, ces gens, nous ne les défendrons pas parce que nous aussi, nous sommes une institution comme l’État.

Donc vous allez faire également dressez une liste de ceux qui ne respectent pas la grève ?

Nous allons faire notre liste pour identifier ces agents qui viennent travailler alors que nous avons lancé la grève. Où bien ils sont syndicalistes, ils ont nos cartes et respectent le mot de la grève, au cas contraire, ils ne détiennent pas nos cartes et ils ne respectent pas le mot d’ordre de la grève. Nous n’avons pas le pouvoir de les empêcher. Nous allons établir leur liste et lorsqu’ils auront des problèmes avec l’administration, nous ne les défendrons pas au moment venu. Donc, chacun à sa stratégie qui consiste à dire « liste contre liste ».

La grève est-elle suivie par les agents ?

L’évaluation est satisfaisante parce que tous les agents de service public observent scrupuleusement la grève. Si vous trouvez dans certains hôpitaux des gens qui sont là en blouse, ne vous étonnez pas , ce sont des bénévoles, des contractuels, de personnes sans qualification. Nous avions instauré un service minimum. Nous avons accepté que certains cadres, techniciens partent pour assurer le service minimum. Mais il ne faut pas vraiment vous fier à ces gens parce qu’ils ne sont pas des techniciens. Ces personnes qui ont des blouses sont comme n’importe quelle personne que vous emmenez pour soigner les patients. Elles savent cultiver mais ne savent pas soigner.

Ne vous fiez pas à certains hôpitaux qui semblent être remplies par des personnes en blouse, ce ne sont pas des techniciens, ni des cadres mais ce sont des personnes sans aucune qualification, ni connaissance. Ce sont quelques fois des stagiaires, des étudiants qui ne connaissent pratiquement rien. Je vous dis que la grève est respectée à 100% dans tous les hôpitaux publics où travaillent les fonctionnaires et les contractuels qui sont payés par l’État.

Qu’en-est-il de la grève en province ?

Dans l’étendue du territoire, c’est pire. Au niveau de provinces, les gens sont plus organisés que nous. Ils sont partis en grève avant nous. Ils ne font que respecter ce que nous avons dit alors qu’ils étaient déjà en grève.

Nos militants nous traitent parfois de corrompus tout simplement parce que nous ne sommes pas partis en grève à temps et ils plaident en faveur d’autres actions. Il faut que nous réfléchissions à d’autres actions pour que le gouvernement comprenne que nous sommes capables de tout. Le pays nous appartient à nous tous. Il n’appartient pas seulement à ces hordes de voleurs et de truands qui nous gouvernent.

Propos recueillis par Djimet Wiche