ANALYSE

Centrafrique : Les atouts gagnants de Touadera


Alwihda Info | Par GBANDI Anatole - 22 Février 2016



Tout à leur joie de recouvrer progressivement la sérénité, tout à leur satisfaction de s'être dotés d'un nouveau président de la République, les Centrafricains ont quasiment enterré à la sauvette la Transition. A quoi bon ressasser un passé sombre et douloureux. Toutes les énergies doivent dorénavant s'investir dans la reconstruction du pays.

Mes compatriotes auraient-ils la mémoire courte ? Même la présidente n'est plus regardée qu'à travers le prisme des élections. En oubliant que celles-ci ont été imposées, en désespoir de cause, par les chefs d'Etat de la CEEAC, fatigués par les atermoiements des autorités centrafricaines.

1. PAIX ARMEE
L'embellie que vit le pays ne doit pas nous faire oublier qu'il est assis sur un baril de poudre. Les observateurs centrafricains avaient écrit, dès l'annonce du retrait des troupes françaises, que celles-ci se retiraient sans avoir accompli leur mission. Aujourd'hui c'est le général Desportes qui abonde dans le même sens : << Nous quittons la Centrafrique non pas parce que la mission est remplie, mais parce que nous n'avons plus assez de troupes et qu'il faut les projeter ailleurs. >>

Quelles que soient les motivations de ce retrait, il nous enseigne à d'abord compter sur nous-mêmes. Quelles que soient les motivations de ce retrait, il fragilise la paix armée, que le président de la République devra consolider coûte que coûte. C'est la priorité des priorité.

Pour asseoir définitivement la paix, Faustin Archange Touadéra bénéficie d'un atout majeur : l'embellie qui perdure, et qui découle, me semble-t-il, d'un concours de circonstances.

D'abord la lassitude : née probablement d'une prise de conscience lucide de l'absurdité de ce conflit. Pourquoi nous battons-nous comme des chiffonniers, comme des barbares ? Pourquoi détruisons-nous notre pays comme des vandales ? Pourquoi produisons-nous des orphelins au lieu de patates douces ? Pourquoi fabriquons-nous des veuves quand nous ne sommes pas capables de prendre soin de nos retraités ? Pourquoi achetons-nous des armes quand nos enfants manquent de professeurs ? Pourquoi nous entre-tuer quand nous sommes, à quelques exceptions près, tous des croyants monothéistes ?

C'est dans ce contexte de questionnement existentiel qu'est intervenue la visite du pape. Serait-il venu si le conflit centrafricain n'avait été qu'une simple guerre civile ? Je pose la question autrement : le pape serait-il venu s'il n'avait pas compris que la religion était instrumentalisée dans le conflit centrafricain ? Sa visite a conforté tous ceux qui, de plus en plus nombreux, aspiraient à la paix, tous ceux dont les aspirations étaient étouffées par les fracas des armes, et qui reprenaient du coup du poil de la bête.

La présence du souverain pontife a déminé le ciel des élections, que tous les observateurs voyaient se couvrir de gros nuages noirs. On peut ne pas aimer les élections, mais les interdire aurait attiré sur les fauteurs de guerre les foudres du monde entier.

Donc une fin d'année faste pour la RCA, qui a renoué avec la paix, grâce à une conjonction d'événements.
J'avais peur que ces élections ne contribuent à réveiller les vieux démons, d'une République couturée sur toute son étendue, et sujette à des réactions épidermiques. Maintenant que les jeux sont faits, je ne reviendrais pas sur les échanges, enrobés de boules puantes, que je mettrais sur le compte de l'apprentissage de la démocratie.

2. LES ATOUTS GAGNANTS DE TOUADERA

1. Le paiement régulier des salaires. Qui n'est pas rien, dans un pays où les allocations familiales n'existent pas, même pas pour les familles nombreuses.

2. L'absence de casserole financière. Dans un pays où il suffit de gouverner pendant deux ans pour en traîner quelques-unes. Les adversaires du nouveau président en étaient réduits à le chicaner sur ses heures supplémentaires !
3. Une discrétion assumée.

4. L'absence d'un parti politique, et donc d'un carcan réducteur.

5. Le ralliement de la plupart des recalés du premier tour.

6. La profession de son adversaire. Un paradoxe que je vais expliquer sans qu'il soit nécessaire de refaire les élections.
Maintenant que les jeux sont faits, il ne servirait plus à rien d'accabler Anicet Georges Dologuélé, qui peut d'ores et déjà se consoler d'être passé premier au premier tour de la présidentielle, en attendant de se représenter dans cinq ans. Il n'aura alors que soixante trois ans.

Je voudrais revenir sur un texte de Jeune Afrique, publié entre les deux tours, et qui a polarisé l'attention des observateurs centrafricains. Ce texte de François Soudan, LE BANQUIER ET L'INGENIEUR, est un petit bijou, non pas de désinformation ( ce serait un comble pour le directeur de J.A. ), mais de parti pris pro-Dologuélé. Ce n'est pas tant la prise de position que sa forme qui m'a poussé à chicaner son auteur.

L'adversaire de Dologuélé : le texte ne le désigne pas nommément. Il apparaît pour ainsi dire furtivement, accidentellement dans l'avant-dernier paragraphe, dans une phrase qui résume à elle seule une démarche manichéenne : << Surtout, il [ Dologuélé ] a été le seul pendant cette campagne a réellement tenir un discours de rassemblement, alors que les partisans de son adversaire pour le second tour développent un discours clivant sur fond de tension entre chrétiens et musulmans. >>

Mais escamoter le visage du challenger ne rehausse que partiellement celui du << favori >>. Pour mieux le << présidentiabiliser >>, François Soudan va le mettre sur un même piédestal qu'un président en exercice, << qui présente >>, écrit-il, << un bilan social difficilement contestable. >>

L'éloge d'un banquier : le problème que pose ce texte, que j'ai lu sur un site d'informations, est celui de sa réception. Comment a-t-il été pris dans les quartiers périphériques de la capitale et dans l'arrière-pays où sévit la misère ? Je comprends que François Soudan souhaite, pour le développement de la Centrafrique, le meilleur des candidats. Mais quel intérêt y a-t-il à faire, dans la maison quasi écroulée d'un indigent, l'éloge d'un banquier ?

La Centrafrique aura besoin de capitaux pour se reconstruire. Mais nous savons tous que les banquiers ne donnent jamais rien sans contrepartie. Les prêts du FMI par exemple sont toujours assortis d'une lourde conditionnalité.
Confrontés à une misère endémique, les Centrafricains regardent généralement d'un œil soupçonneux les banquiers, sur le dos desquels ils prennent parfois plaisir à raconter des histoires.

Les autres textes que Jeune Afrique a publiés sur les élections centrafricaines sont plus objectifs, et donc conformes à son image de grand hebdomadaire africain.

Dans la même rubrique :