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ANALYSE

(DOSSIER) Centrafrique : « Pourparlers de paix », les bandes armées, la variable négligée


Alwihda Info | Par Gilles DELEUZE – Aline M’PANGBA-YAMARA – V.M – Fernando CANC - 21 Janvier 2019

Dossier collectif : Gilles DELEUZE – Aline M’PANGBA-YAMARA – V.M – Fernando CANCIO – Eve MALONGA – Firmine YABADA

[LNC] – Il existe quelques règles fondamentales à respecter pour parvenir à des négociations réussies, aussi bien amicales, commerciales, militaires, comme politiques et autres. Dont celles-ci. Quelles sont-elles ?


Seul un fou cherche une porte, là où il n'y a qu'un mur

1 – Pour se comprendre dans une négociation, surtout si ardue, il faut savoir de quoi l’on parle.
Ce qui sous entend la même compréhension par les parties en présence du même sujet.
Etre sur la même longueur d’onde.

2 – Avoir une envie commune de discuter. Le compromis est l’œuvre des parties en place. Le fruit de leurs désirs.

3 – Avoir une vision commune de la future solution – conclusion. Satisfaisante pour chacune.

4 – Parvenir à un compromis équitable.

5 – Etre dans une situation de rapports de force égaux

6 – Prévenir les vices d’intentions et de destination.

7 – Avoir une très bonne connaissance du mode de fonctionnement de l’adversaire - de l'autre partie.

ON PARLE DE PAIX EN CENTRAFRIQUE ?

A l’évidence, il ne s’agit pas ici de quête d'arrangements commerciaux, mais, plus comme une sorte "d’armistice-forcé", étant donné le sujet devant être débattu.

On parle toujours de pourparlers de paix dans une situation terriblement conflictuelle, où les gens ne sont justement pas en paix entre elles, et dans laquelle les intérêts des uns et des autres divergent complètement.

En y appliquant la règle 1, le gouvernement centrafricain et les groupes rebelles, sont-ils sur la même longueur d’onde ?

De manière antinomique oui.
L’un veut avoir ce que l’autre possède. Ils sont d’accord au moins sur une chose, n’être d’accord sur rien.

En 2, existe-t’il une envie commune de discuter ensemble ? Certainement pas.
Une partie est contrainte de négocier, au risque de disparaître, car c’est vital pour elle.
Ce qui à l’inverse, comme dans un jeu de vases communicants, laisse la latitude à l’autre de décider, en en devenant la dominante.
Rien que sur ce point, il est aisé de noter que le positionnement de la problématique est d’entrée biaisé.

Les bandes armées ne sont en demande de rien. Ce sont elles qui donnent le tempo.

La situation pourrait se perdurer que cela ne ferait que les arranger.
Optique bien évidemment contraire pour le gouvernement.

En 3, ce qui en découle, il n’y a aucune vision commune d’une potentielle solution.

Pour la bonne raison que le souci de l’un fait l’affaire de l’autre. Et le bonheur de l’autre, fait la détresse de l’un.

Ainsi, rien qu’à ce niveau, on peut déjà prédire que quelque soit la forme des pourparlers, cela ne fonctionnera pas.

En 4, comme un mauvais fil d’Ariane que l’on déroulerait, tout le reste ne fera que confirmer un fiasco annoncé.

l n’y aura jamais de compromis équitable.

Pourquoi les bandes armées chercheraient-elles un ou des compromis, n’étant en demande de rien ?

5 s’explicite par les points précédents.
Les rapports de force sont complètement inégaux.
Et l’histoire nous renseigne sur une chose capitale :
Depuis que le monde est monde, chaque pourparler de paix dans des situations de conflit ou de crise, a toujours abouti au renforcement de la position du dominant.

Un Etat failli, inexistant, qui ne l'est que de nom, en constante mal gouvernance, face à des puissances structurées et militairement au dessus de lui, SE FERA TONDRE COMME UN MOUTON.

Car en réalité, les termes du problème, ou ses codes de langage sont faux !

Il ne saurait être question de « Pourparlers de paix ». C’est aux antipodes de la vérité.
Mais de RENVERSEMENT DES RAPPORTS DE FORCE.

Car, code de langage oblige, parler de « Pourparlers de paix » tend à faire croire que les parties en présence sont non seulement LÉGITIMES mais d’EGALES PUISSANCES.

Une première conclusion à tirer : Négocier avec des « illégitimes » c’est de facto les légitimer, les sanctuariser, mais pire, car très pervers, c’est avouer SA PROPRE FAIBLESSE.

Dans le détail de cette perversité ou inconscience selon, tout « pourparler de paix » dans le cas centrafricain avec ces forces rebelles, ne peut qu’être, et un total déni de justice, un dédain des victimes, et cerise sur le gâteau, l’impunité garantie.

Le fait même d'envisager de négocier avec eux c’est déjà leur assurer l’impunité.

Des gens qui tuent la veille et que l’on embrasse le lendemain ?
Cela défie le sens commun.

Si par ce biais l’on espère « une paix des braves » sur des milliers de cadavres invisibles (La Minusca, pourtant organe majeur dans cette crise ne les comptant pas), alors, c’est du pur cynisme, ou de la politique imbécile à courte vue.

Ou plus encore, repousser le problème à plus tard, pour qu’il revienne plus amplifié.

Qu’est-ce qui empêchera le prochain malotru venu en treillis, en quête d’ambition égotique et d'enrichissement personnel de ne pas penser lui aussi à déstabiliser le pays à son profit, puisque les risques de l’aventure sont nuls ?

6 - « Prévenir les vices d’intentions et de destination » ? Trop tard !
Signification ? Les « intentions », ce sont les visées et ambitions des uns et des autres.
Les « Vices » ? les ruses et désirs contraires cachés.

Concrètement : l’ambition de l’un annule celle de l’autre.
Jolie formule pour dire que le gouvernement, dans un jeu faussement intelligent, pense parvenir à « dissoudre » les bandes armées dans des amusements et autres stupidités onusiennes comme les DDR ou DDRR.
Ou comme déjà pratiqué, croire sottement que les « acheter » par des postes de ministres, les impliquerait et là aussi les ferait « disparaître ».
C’est encore plus stupide que les DDR. Car ne faisant que renforcer les monstres, et surtout, brouiller les frontières entre la légalité et l’illégalité. En clair, un dangereux infantilisme politique.
La compréhension de la « destination » est inhérente de ce qui précède.

7 – « Avoir une très bonne connaissance du mode (opératoire) de fonctionnement de l’adversaire ». C’est très certainement l’aspect le plus désespérant de cette affaire.

Tous ceux qui s’amusent à promener tout le monde dans destinations plus ou moins exotiques, pour parler de la paix en RCA, comme si les centrafricains étaient trop stupides pour régler leurs problèmes eux-mêmes (ce qui n’est pas faux), ne se sont jamais interrogés sur les causes profondes ayant menées à l’existence de ces bandes armées.

Aucune étude sérieuse sur les racines du mal, mais toujours surfer sur les apparences, et calquer des caricatures sur tout ce que l’on refuse de comprendre.

Les Anti-Balaka sont estampillés chrétiens, et les Séléka des musulmans.

A partir de là, avec de telles à-priori, comme les adore les media occidentaux, dès que quelque chose dépasse le bout de leur plume, l’on s’aliène les chances de compréhension des motivations de ces gens là.

L’on se voile le regard sur La compréhension de ce qu’est le Centrafrique, UN PAYS FICTIF QUI N’EXISTE PAS !

Un pays n’étant que SIMPLE EXPRESSION GÉOGRAPHIQUE, terrain de jeu de tous les malfaiteurs venus.
Mât de cocagne de L’IMPUNITÉ ABSOLUE, Et par devers, BOUILLON DE CULTURE DE TOUTES LES FRUSTRATIONS.

Un mal de tête peut être la manifestation d’une maladie bien plus grave.

Tous les « pourparlers de paix » dans ce pays ont échoué lamentablement. N’est-ce pas questionnant ?

Il y aurait un million de casques bleus en RCA que cela ne la guérirait pas de ces maux chroniques.
Les « intelligences » en charge de ce dossier ne peuvent pas ne pas le savoir.

Difficile à faire avaler, qu'avec plus de 3 milliards de $ déjà gaspillés en RCA par l'ONU dans la MINUSCA, l'on ne parvienne pas à éradiquer définitivement quelques milliers de bras cassés, sanglants déstabilisateurs du pays, au point de le mettre par terre.

Difficile à faire avaler, que de tels criminels à qui l'on garantit l'impunité, puissent être considérés comme des partenaires crédibles et fiables, pour parler de ce qui ne les intéresse pas.....LA PAIX !

Difficile de ne pas penser que des agendas cachés ne soient pas actifs derrière tout ce cirque.

D’ou cette question finale : « A QUI PROFITE LA PERPÉTUATION VOLONTAIRE DE CETTE CRISE ? »

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